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Edito : Reconstruire le vivant !

Du mythe du Golem à celui de Frankenstein, l'homme n'a cessé d'imaginer qu'il pourrait un jour créer la vie de toute pièce. En 2002, une première étape dans ce sens avait été franchie par des chercheurs japonais de l'Université de Tokyo qui avaient réussi à modifier la structure de l'ADN (Acide désoxyribonucléique) de la bactérie Escherichia coli et à lui faire produire une protéine jusqu'ici inconnue dans la nature. Ils avaient ainsi créé une bactérie artificielle. Dans une autre expérience, l'équipe d'Ichiro Hirao a réussi à incorporer non plus un mais deux acides aminés artificiels dans la protéine.

En 2008, des chercheurs américains de l'institut Venter avaient franchi une étape supplémentaire en fabriquant le premier génome synthétique d'une bactérie, étape cruciale pour la création du premier organisme vivant artificiel. Aujourd'hui, une nouvelle avancée vient d'être accomplie par l'équipe de Jason Chin, du Laboratoire de biologie moléculaire du Medical Research Council, à Cambridge, au Royaume-Uni. Elle a mis au point une technique capable de produire des protéines intégrant des combinaisons d'acides aminés non présents dans la nature.

Dans les cellules, les protéines qui assurent le bon fonctionnement de l'organisme sont fabriquées par les ribosomes. Ces centrales moléculaires produisent des protéines faites d'une chaîne plus ou moins longue d'acides aminés à partir de l'information génétique transmise par un ARN messager.

Dans chaque ribosome, des ARN de transfert (ARNt) reconnaissent les lettres de l'ARN messager, ou codon, et lui font correspondre un acide aminé. Les acides aminés vont alors se fixer sur l'une des branches d'un ARN de transfert grâce à des enzymes spécifiques, les aminoacyl-ARNt synthétases, qui peuvent reconnaître le bon ARN de transfert. À chaque acide aminé correspondent ainsi un ou plusieurs ARN de transfert et une aminoacyl-ARNt synthétase.

Parallèlement à ces travaux, l'équipe américaine de Peter Schultz, au Scripps Research Institute de La Jolla, en Californie, est parvenue à faire synthétiser par les ribosomes de diverses cellules (bactéries, levures, cellules de mammifères) des protéines comprenant des acides aminés non naturels.

L'équipe britannique de Cambridge a également réussi à produire des ribosomes capables d'incorporer un acide aminé non naturel dans une protéine en formation. Ces chercheurs ont pu vérifier la capacité de l'un de ces ribosomes, mis en place dans la bactérie Escherichia coli, à fabriquer une protéine incorporant des dérivés de deux acides aminés naturels, la phénylalanine et la lysine. La bactérie a bien produit cette protéine avec ces deux acides aminés non naturels.

Selon l'équipe de Cambridge, cette technique devrait permettre à terme de fabriquer des protéines ayant des propriétés inédites. Ces avancées scientifiques montrent qu'il sera possible un jour de produire à volonté des protéines n'existant pas dans la nature et dotées de propriétés particulières. A quelles échéance ? Personne ne peut encore répondre à cette question tant les obstacles techniques à surmonter restent importants.

Mais on imagine sans peine les immenses conséquences qu'ouvrirait une telle maîtrise du vivant dans tous les domaines d'activités humaines, à commencer bien sûr par la médecine et la biologie. Mais ces avancées vertigineuses de la science soulèvent des enjeux industriels économiques, juridiques, politiques et sociaux majeurs et doivent être encadrées et accompagnées par un véritable contrôle démocratique qui leurs assigne des finalités sociales et éthiques claires.

Plus que jamais, face à la puissance prométhéenne que l'homme est en train d'acquérir sur la nature et sur sa propre évolution en tant qu'espèce vivante, notre société doit imaginer de nouveaux modes de concertation, de réflexion et de contrôle pour que la science reste au service de l'homme.

René Trégouët

Sénateur honoraire

Fondateur du Groupe de Prospective du Sénat

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