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Pays en voie de développement : des usines à rosée pour produire de l'eau potable !

La première « usine à rosée » est en construction sur la côte aride du Gujarat (nord-ouest de l'Inde). Déjà 850 m2 au sol condensent la rosée sur ce terril d'une mine à ciel ouvert, remodelé sous forme de grandes rigoles. A terme, ce condenseur géant s'étendra sur 12.000 m2. A première vue, le principe est simple : des tranchées, recouvertes d'un isolant thermique puis d'un film spécial, recueillent la rosée, acheminée vers un réservoir. Filtrée et désinfectée, l'eau est mise en bouteille. Une manne inespérée pour des communautés qui manquent cruellement d'eau.

« L'idée m'est venue en observant de la buée un matin dans ma voiture, raconte simplement Daniel Beysens, initiateur de ce projet et directeur de l'Eseme (Equipe du supercritique pour l'environnement, les matériaux et l'espace), un laboratoire commun CEA-ESPCI-CNRS.

La façon dont les gouttes se formaient, fusionnaient, comment le halo de lumière que j'observais changeait quand je soufflais dessus ! » De la buée à la rosée, il n'y a qu'un pas que ce spécialiste des transitions de phase a vite franchi. Il s'est intéressé au « point de rosée », ce point qu'atteint l'air quand son humidité relative dépasse 100 %. La vapeur d'eau se condense alors. La nuit, il suffit souvent de refroidir une surface de quelques degrés seulement. « Nous avons donc cherché comment réaliser des revêtements qui se refroidissent naturellement, explique-t-il. La clef est venue du refroidissement radiatif, le refroidissement naturel de tout objet lorsqu'il émet des radiations infrarouges. »

L'équipe a ainsi mis au point des revêtements à forte émission infrarouge, incorporables dans des films plastiques (polyéthylène) et récemment dans des peintures. Ils contiennent des microbilles d'oxyde de titane ou de sulfate de baryum, mais aussi un savon alimentaire insoluble pour que les gouttes glissent bien sur la surface. En recouvrant ainsi sols ou toitures, la température du condenseur est abaissée de 4 à 10°C : le point de rosée est atteint dès le coucher du soleil et le rendement de condensation nettement accru, jusqu'à 0,7 litre par mètre carré en une nuit.

Le projet indien, qui devrait à terme permettre de récupérer entre 1.200 et 6.000 litres d'eau potable selon les nuits, est le plus abouti. Il est mené par Girja Sharan, de l'Indian Institute of Management, en partenariat avec l'Opur (Organisation pour l'utilisation de la rosée), association créée en 1999 par l'infatigable Daniel Beysens. Un autre projet de 600 m2 est en construction 40 km plus loin. L'Opur coordonne toutes ces expérimentations, dans le monde entier.

Combien coûte cette feuille radiative si prometteuse ? « En Europe, autour de 2 euros le mètre carré, promet Daniel Beysens. Les peintures seront un peu plus chères, mais beaucoup plus faciles à mettre en oeuvre. » En Inde, en raison du coût réduit de la main-d'oeuvre, les feuilles reviennent déjà à 0,4 euro par mètre carré. Une autre usine à rosée du même type est expérimentée en Israel. Ce système couplé à des capteurs solaires permettrait de produire eau et électricité en plein désert. Pour les pays en voie de développement ce procédé pourrait donc permettre une révolution énergétique.

BE

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