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Avenir

Edito : Et si c'était les robots qui devenaient humains...

Il y a 2 ans, j'évoquais dans mon éditorial la présentation par Honda de la première version du robot Asimo et je faisais alors le pari que, dans 10 ans, les robots seraient largement sortis des laboratoires et des usines pour se banaliser dans les lieux publics et nos foyers. (Lettre 127 du 30-12-2000 http://www.rtflash.fr/newsletter/127). Cette prévision, qui pouvait encore sembler audacieuse il y a 2 ans seulement, est pourtant en train de se réaliser. Honda Motor Co., division automobile du géant nippon, a dévoilé mercredi 11 décembre à Tokyo, une nouvelle version d'Asimo (Advanced Step in Innovative Mobility), son robot humanoïde de la taille d'un enfant (1 m 20 pour 43 kg).  http://www.world.honda.com/news/2002/c021205.html). Comme le premier modèle lancé en novembre 2000, ce robot est capable de se déplacer sur un terrain plat, de monter et descendre des escaliers, le tout en évitant les obstacles immobiles ou en mouvement. La grande nouveauté est qu'Asimo interagit désormais, non plus uniquement avec son environnement matériel, mais également avec les humains évoluant autour de lui. Il évalue leur vitesse de déplacement et la distance à laquelle ils se trouvent. Il peut ainsi les éviter ou les suivre, indique Honda dans un communiqué. Le robot utilise pour cela une caméra numérique logée dans sa tête. Il dispose également d'un système de reconnaissance faciale qui lui permet d'identifier son interlocuteur. Il mémorise ainsi jusqu'à 10 visages, indique Honda. Asimo identifie par ailleurs les gestes qu'un humain lui fait et les postures qu'il adopte : bonjour de la main, pointer du doigt un objet... Contrairement à l'homme, qui grandit de génération en génération, le robot, lui, se miniaturise. Asimo est tout petit, 120 cm seulement, pour un poids de 43 kg. Un nain à côté de son père, P3, qui mesurait 180 cm et pesait 130 kg lors de sa naissance, en 1997. Cette taille de 120 cm est considérée comme optimale pour appuyer sur les touches des appareils ménagers, atteindre les poignées de porte ou effectuer diverses tâches domestiques. Car Asimo n'est pas un robot industriel, mais plutôt une sorte d'homme à tout faire. Ce petit gabarit implique une amplitude augmentée du mouvement des membres supérieurs. Asimo peut en effet lever les bras, là où ses ancêtres n'étaient capables que de les allonger à l'horizontale. Mais la plus grande performance technologique d'Asimo, c'est sa commande de mouvement anticipé, c'est-à-dire son aptitude à prévoir le mouvement suivant et à déplacer son centre de gravité en conséquence. C'est ce qui lui donne cette démarche souple et naturelle, permettant au robot de s'adapter au relief et de changer de direction en douceur. En utilisant l'information visuelle saisie par sa caméra placée au niveau de sa tête, Asimo peut détecter les mouvements de plusieurs objets simultanément, évaluant leurs distances et leurs directions. Asimo interprète le positionnement et le mouvement des mains, identifie les postures et les gestes. Ainsi, il peut réagir non seulement aux commandes de voix, mais également aux mouvements classiques des êtres humains. Par exemple, Asimo est capable de serrer la main d'une personne quand une poignée de main lui est offerte ou de saluer une personne qui approche en se basant sur l'information visuelle. Asimo peut évaluer son environnement immédiat, mais aussi évaluer la position des obstacles et les éviter. Ainsi, il a la faculté de s'arrêter mais aussi d'éviter un être humain ou tout autre objet mobile qui apparaît soudainement sur son chemin. Il sait aussi identifier les objets immobiles sur sa trajectoire et se déplacer autour d'eux. Asimo est également capable de distinguer les voix parmi les bruits et peut reconnaître son nom et se tourner pour faire face à la source du bruit. Mais c'est dans le domaine de la reconnaissance des visages que cette nouvelle version d'Asimo a fait le plus de progrès. ASIMO peut en effet identifier des visages, même lorsque la personne ou lui-même se déplace. Il peut ainsi identifier les visages des personnes qui ont été pré-enregistrées en s'adressant à elles par leur nom, en leur communiquant des messages et en les guidant. Enfin, Asimo peut bien entendu être connecté au Net, ce qui lui permet d'acquérir en permanence de nouvelles informations et de se mettre à jour régulièrement afin de pouvoir répondre aux questions de ses interlocuteurs. Honda Motor envisage de louer le nouvel Asimo dès janvier prochain pour 162000 dollars par an. Le constructeur automobile loue déjà la version précédente à sept entreprises, dont IBM, qui l'utilisent comme réceptionniste. De son côté, l'AIST japonais (National Institute of Advanced Industrial Science and Technology) vient de présenter, le 9 décembre, la version finale de son robot HRP-2 (Humanoid Robotics Project). HRP est un projet soutenu par le gouvernement au travers de l'AIST. Comme Asimo, le robot HRP-2 est une structure humanoïde, il mesure 1,54 m et pèse 58 kg. Le robot peut marcher et utiliser ses bras munis de mains préhensibles. La puissance et l'autonomie de ses batteries lui permettent de déplacer des charges de 6 kg avec ses deux bras en marchant pendant environ 2 heures. Le projet a débuté en 1998 et représente un budget global de 4,5 milliards de yens (environ 36 millions d'euros). L'objectif du HRP est de concevoir un robot humanoïde dont les fonctions lui permettront d'apporter une aide aux travailleurs humains. Sony, pour sa part, remporte un réel succès commercial avec Aibo, le chien-robot
( http://www.aibo-europe.com/fr/index.html). La société japonaise vient d'ailleurs d'annoncer la création d'une division dédiée au développement des robots ludiques, l'Entertainment robot company, à l'occasion de la présentation du petit frère d'Aibo. Plus "évolué" et habillé d'un nouveau pelage doré, en plus de l'argenté et du noir, Aibo répond maintenant au nom que vous lui avez donné. Il apprend aussi beaucoup plus vite et réagit aux caresses grâce à ses nouveaux capteurs sur le menton et le dos. Il est intéressant d'observer que Sony et Honda ont choisi des stratégies opposées en matière de robotique de compagnie. Honda semble s'orienter en priorité vers un robot "aide ménagère" avec la dernière version de son robot humanoïde Asimo. Sony, de son côté, met en exergue le SDR-4X, deux fois plus petit que l'Asimo, mais capable de danser et de chanter, et destiné avant tout à distraire ses propriétaires. Présenté pour la première fois en mars 2001, le SDR-4X marche, danse, chante, peut s'allonger ou s'asseoir et se relever tout seul, ou encore évoluer sur une surface accidentée. Il réagit quand on l'appelle. Son vocabulaire étendu lui permet de simuler un dialogue ou de requérir l'attention de l'interlocuteur. Ainsi, du haut de ses 60 cm, SDR-X4 peut demander à un convive de ne pas bouger le temps qu'il mémorise son visage. Car, comme Aibo, SDR-4X est doté de fonctions de reconnaissance visuelle grâce à deux caméras CCD qui lui permettent de distinguer les volumes, les distances et les couleurs. Il sait ainsi faire la différence entre une table et un tapis, par exemple, ce qui lui évite de se heurter aux obstacles. La reconnaissance vocale est également au programme avec sept micros disposés de manière à déterminer la provenance de la source sonore. Il est également possible de relier SDR-4X au PC pour le synchroniser avec un logiciel de reconnaissance vocale afin d'enrichir son vocabulaire. On peut imaginer que la prochaine étape de la robotique "grand public" sera la fusion en un seul et même robot de la fonction utilitaire développée par Honda et de la fonction distractive et ludique développée par Sony. Ce robot domestique polyvalent pourrait commencer à entrer dans nos foyers et nos bureaux au cours de la prochaine décennie. Il sera non seulement capable de nous assister dans nos tâches ménagères (faire la cuisine, le ménage etc..) et professionnelles mais pourra en outre veiller sur nos enfants en notre absence ou surveiller notre maison pendant les vacances. On peut également imaginer que ce robot exercera une fonction de surveillance médicale et d'assistance personnelle de plus en plus importante, notamment auprès des personnes âgées, malades et handicapées. Mais au-delà de ces fonctions utilitaires, ces robots pourront aussi s'apparenter à un animal de compagnie dont la présence, la capacité de dialogue, et les ressources ludiques deviendront précieuses et sans doute irremplaçables, non seulement pour nos enfants, mais aussi pour les personnes âgées de plus en plus nombreuses, souvent confrontées à la solitude et à l'ennui. Cette dimension conviviale et affective prend, et ce n'est pas un hasard, une place de plus en plus grande dans les recherches en robotique car il est très important que les robots, qui seront demain partout, apprennent à mieux percevoir et comprendre notre état psychologique de manière à pouvoir adapter leur comportement à notre humeur et à nos besoins psychologiques.
Cet objectif vient d'ailleurs d'être placé au coeur d'un important projet de recherche américain annoncé par l'Université Vanderbilt et soutenu par le gouvernement américain. Ce projet est détaillé dans un article publié par la revue Robotica de Décembre
( http://www.sciencedaily.com/releases/2002/12/021216070618.htm). Selon Nilanjan Sarkar et Craig Smith qui dirigent ces recherches, "il s'agit non de donner aux robots une pseudo-sensibilité, comme dans le film IA de Spielberg, mais de permettre aux robots de mieux percevoir nos humeurs et nos états psychologiques, stress, colère, tristesse etc". Pour atteindre cet objectif ambitieux, les chercheurs américains comptent doter les robots de prochaine génération d'une multitude de senseurs et capteurs acoustiques, thermiques ou électromagnétiques. Grâce à ces capteurs couplés à des logiciels appropriés, les robots apprendront à tenir compte de l'humeur de leurs interlocuteurs humains en analysant leurs variations de température ou de rythme cardiaque, leur démarche, leurs intonations ou les expressions de leur visage. A terme, Il ne fait nul doute que ces robots parviendront, grâce aux progrès continus de l'électronique et de l'informatique, à développer des capacités d'apprentissage, de communication et d'adaptation psychologique et cognitive de plus en plus sophistiquées et finiront, dans la plupart des circonstances, par savoir adopter des comportements qui, sans être réellement "intelligents", sauront s'adapter de manière très fine à la personnalité et à l'humeur de leurs interlocuteurs humains. Cet objectif est d'autant plus important qu'il conditionne largement l'acceptation par la société d'une présence de plus en plus nombreuse de robots de toute nature dans tous les domaines de notre vie quotidienne. Parvenus à ce stade d'évolution, ces robots, longtemps présentés par la science-fiction comme des machines froides et sans âme, symbole d'un monde inhumain, pourraient au contraire devenir, si nous le voulons, non seulement des auxiliaires indispensables pour remplir des tâches pénibles, dangereuses ou répétitives, mais également de précieux outils de sociabilité, d'éducation, de soutien affectif et finalement d'humanisation de notre société.

René TREGOUET
PS : Si vous êtes intéressés par le développement de ce monde extraordinaire du robot, je vous invite à aller visiter le site des automates intelligents (http://www.automatesintelligents.com/). Jean Paul Basquiat qui est l'animateur de ce site et que j'ai l'honneur de connaître est un homme passionné... mais aussi, oh combien passionnant !

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  • Durand

    3/08/2011

    Ta pas perdu ton paris ?

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