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Un développement numérique à deux vitesses

Les inquiétudes suscitées par l'écart technologique grandissant entre les pays riches et les pays pauvres - souvent appelé “fracture numérique” - attirent de plus en plus l'attention des gouvernements et des entreprises technologiques. Les pouvoirs publics reconnaissent que les programmes de développement ignorant les inégalités technologiques sont voués à l'échec, car l'accès aux télécommunications et à Internet est un aspect essentiel de l'économie mondiale. Les entreprises y voient, quant à elles, de bonnes possibilités d'expansion ainsi que de nouveaux marchés pour vendre leurs produits et leurs services dans les économies émergentes. Lors d'une mission en Inde mandatée par l'ONU, j'ai pu observer les problèmes les plus évidents posés par cette fracture numérique. Cette mission, dont l'objectif était de développer le cadre juridique d'Internet et du commerce électronique, comprenait des séances de formation à Bombay, le centre financier de l'Inde, et à Bangalore, son pôle technologique. En discutant avec des avocats, des étudiants en droit, des hommes d'affaires et des représentants du gouvernement, j'ai vu tomber un certain nombre de mes préjugés. J'ai pu constater, en observant le secteur indien de la haute technologie, à quel point le commerce des technologies s'était mondialisé et à quel point les entreprises qui se contentaient d'assurer une présence locale risquaient de faire face quelques années plus tard à une rude concurrence. L'impact de la mondialisation m'a semblé particulièrement flagrant lors de ma première journée dans cette ville, à l'occasion d'une séance de formation d'avocats et d'ingénieurs indiens. Peu de temps après la première pause, plusieurs personnes sont sorties précipitamment et sont revenues plus tard dans la journée. Lorsque je les ai interrogées sur la raison de ce départ, elles m'ont expliqué que, à cause du décalage horaire, le matin en Inde correspondait à la fin de la journée de travail en Amérique du Nord. Et leurs correspondants américains avaient pris l'habitude d'envoyer en fin de journée la liste des bogues et autres problèmes à résoudre. La leçon n'était pas difficile à comprendre : pendant que les Américains dorment, les programmeurs indiens travaillent. Le soleil ne doit jamais se coucher pour les entreprises technologiques qui veulent rester compétitives. L'analyse du cadre juridique pour le commerce électronique en Inde a constitué un bon indicateur de la portée du droit du commerce électronique mondial. La législation canadienne sur le commerce électronique présente de nombreuses similitudes avec la loi indienne sur les technologies de l'information. La raison en est simple : toutes les deux ont été élaborées à partir de la loi type des Nations unies qui fait autorité en matière de législation internationale sur le commerce électronique. Les avantages de ce cadre juridique commun sont évidents : les entreprises du secteur peuvent de plus en plus s'appuyer sur un ensemble cohérent de dispositions et de principes juridiques pour la rédaction de contrats. L'attitude des Indiens face au droit de la propriété intellectuelle a sans doute été pour moi la révélation la plus intéressante de ce voyage. Alors qu'on imagine que le piratage est un phénomène très courant dans les pays en voie de développement, j'ai appris au cours de mes conversations avec des étudiants en droit et des législateurs qu'en Inde le droit de la propriété intellectuelle était scrupuleusement respecté. Les représentants du gouvernement se sont efforcés d'attirer l'attention sur la politique de tolérance zéro appliquée à l'égard du piratage informatique, tandis que les étudiants ont aussi indiqué qu'ils respectaient les lois relatives au copyright. Cependant, et c'est très intéressant, ce respect de la loi n'a pas pour autant conduit les étudiants à acheter des logiciels. Beaucoup d'entre eux ont préféré se tourner vers les logiciels de type Linux, qui peuvent être utilisés gratuitement par les utilisateurs en bout de chaîne. Les étudiants ont fait remarquer que, si les universités bénéficiaient de réductions pour les logiciels, les prix restaient inaccessibles pour la majorité des utilisateurs des pays en voie de développement. Leur décision de se conformer aux programmes de lutte contre le piratage ne les conduit donc pas à acheter des logiciels, mais plutôt à privilégier des solutions alternatives. Pour finir, j'ai également compris le danger que représentait un commerce en ligne mondial doté d'une même stratégie commerciale lors d'une discussion avec le dirigeant d'un grand site indien de commerce en ligne. Ce site, qui sert des centaines de clients par jour, a étudié les réussites et les échecs du marché nord-américain mais a finalement constaté que leur entreprise évoluait dans un contexte commercial différent. Les supermarchés en ligne par exemple, sont devenus une activité essentielle de l'entreprise du fait des différences dans le marché de la livraison. Contrairement à l'Amérique du Nord et à l'Europe, où le prix de la livraison varie en fonction des distances, de nombreuses entreprises indiennes de livraison facturent un prix identique quel que soit le lieu de destination du produit. L'entreprise peut ainsi desservir l'ensemble du marché indien à partir d'un nombre limité de centres de distribution. Les législateurs et les entreprises technologiques attendent beaucoup du potentiel à long terme des énormes marchés que représentent l'Inde et la Chine, mais ils feraient bien de s'y rendre d'abord. Ils remettraient ainsi en question certaines de leurs idées reçues sur le droit, les stratégies à adopter et le marché des hautes technologies.

Courrier International : http://www.courrierinternational.com/

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