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Le transfert de gènes est-il un facteur important de l'évolution ?

Imaginez qu'un quart de vos gènes proviennent d'un apport récent de bactéries. Science-fiction ? Pas tout à fait. Le numéro de Nature du 27 mai révèle qu'un quart de tous les gènes d'une bactérie exotique, Thermotoga maritima, ressemblent de très près aux gènes d'organismes qui portent le nom d'archaébactéries. Bien que les archaébactéries et la famille dite des eubactéries " - à laquelle appartiennent Thermotoga et bien des microbes - soient toutes unicellulaires et microscopiques, la ressemblance est trompeuse. Eubactéries et archaébactéries sont deux groupes d'organismes très anciens qui se sont distingués l'un de l'autre voilà des milliards d'années. Sur le plan évolutif, ils sont aussi éloignés l'un de l'autre que les archaébactéries le sont des organismes eucaryotes (champignons, plantes, animaux et homme). Une semaine auparavant, un article de John E. Losey et de ses collègues de l'université Cornell, à Ithaca (Etat de New York), publié le 20 mai dans Nature, soulignait les risques potentiels présentés par le fait que le maïs transgénique (Zea mays) soit porteur d'un gène de la bactérie Bacillus thuringiensis. Ce gène fait produire au maïs une protéine fatale aux insectes nuisibles, et ces chercheurs montraient comment la dispersion de pollen de maïs génétiquement modifié pouvait tuer des insectes hors des sites réservés. L'intérêt des médias pour cet article a été tel que le serveur de Nature a été submergé. Aujourd'hui, l'heure est venue de ramener le débat à ses justes proportions. L'ADN est très semblable d'un organisme à l'autre, et il n'est en général question chez les scientifiques que du transfert de gènes isolés. Imaginez à présent que non pas un ou deux gènes, mais quelque vingt-cinq mille d'entre eux - un quart peut-être de l'ensemble de votre génome - proviennent d'un apport récent de bactéries. Voilà de la modification génétique à grande échelle ! Une telle découverte prouverait que le débat actuel sur les OGM n'est, en fait, qu'exagération. Montrer, en conséquence, qu'un quart de tous les gènes de Thermotoga sont d'origine archaébactérienne revient à dire qu'un quart des gènes humains pourraient être d'origine bactérienne - ce qui constitue le meilleur exemple possible de transfert horizontal d'un gène, autrement dit, de la modification génétique des organismes. Le fait que ce processus soit entièrement naturel et qu'il soit survenu - il y a probablement des milliards d'années - sans aucune intervention humaine donne à réfléchir. Il dénonce comme sans fondement l'affirmation selon laquelle l'ajout d'un seul gène de bactérie à un autre organisme serait " contre nature ".

Le Monde/3/06/99 http://www.lemonde.fr/article/0,2320,dos-2485-9290-QUO-1-2077-,00.html

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