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Edito : Science sans conscience...

L'annonce de l'accouchement d'une femme de 62 ans, qui a donné naissance à un petit garçon il y a une dizaine de jours dans une clinique de Fréjus, a provoqué de nombreuses réactions dans le corps médical qui condamne globalement cette dérive dangereuse pour la mère comme l'enfant. Un tel événement était pourtant prévisible en France si l'on considère l'évolution très contestable des pratiques médicales depuis 1992 en Italie ou aux USA qui ont permis à des femmes de 63 ans de devenir mères. A la suite de cette naissance le parquet de Draguignan a saisi les services d'aide sociale à l'enfance "pour connaître l'environnement familial de l'enfant et pour déterminer les conditions dans lesquelles il est venu au monde", a déclaré le substitut du procureur. Ainsi, une enquête va déterminer dans quelles conditions cette femme a pu tomber enceinte : en effet, cette femme ménopausée a dû suivre un traitement aux Etats-Unis car ce dernier est interdit en France. Il consiste à trouver une donneuse d'ovules fécondés par un homme, et à les transplanter chez la femme demandeuse. A cet égard, il fait rappeler qu'en France, le don d'ovocytes est légalement interdit par les lois bioéthiques de 1994. il faut également souligner les risques médicaux réels que présentent ces accouchements chez des femmes qui ont plus de 60 ans. Le professeur Roger Henrion, de la faculté de médecine de Cochin-Port Royal, à Paris, a d'ailleurs souligné les risques d'une telle grossesse. ''A partir du moment où on passe 45 à 50 ans, cela devient vraiment à la limite de l'anomalie avec des conséquences que l'on connaît, et il y a, par ailleurs, les conséquences éventuelles pour l'enfant, là cela s'est peut-être bien passé mais dans d'autres cas, c'est peut-être plus ennuyeux'', a-t-il jugé. Enfin, a ajouté le professeur Henrion, ''il y a le fait d'élever l'enfant, à 62 ans, cela fait quand même une mère qui aura plus de 70 ans lorsqu'il aura une dizaine d'années''. Nous touchons ici à la dimension sociale et morale d'une telle naissance car, au delà de la prouesse technique, et de la sincérité des femmes qui ont recours à de telles méthodes pour avoir un enfant bien après les limites fixées par la nature, il faut s'interroger sur les limites que doit fixer notre société en matière de transgression des lois du vivant. Les progrès extraordinaires de la médecine et de la biologie rendent aujourd'hui possibles des pratiques médicales qui étaient encore impensables il y a 10 ou 15 ans, mais notre société doit admettre que tout ce qui est possible n'est pas souhaitable car de telles pratiques remettent en cause notre conception de la vie et de la dignité humaine. Qu'on ne se méprenne pas : il ne s'agit nullement ici de jeter l'anathème sur des femmes qui ont un profond désir de maternité et qui peuvent réaliser le rêve de leur vie. Mais comment de ne pas éprouver, comme dans la conception du "bébé thérapeutique", dont la finalité était de soigner sa soeur (voir mon éditorial de la lettre 116 du 14 au 20-10-2000

(http://www.tregouet.org/lettre/index.html), un malaise profond en assistant à ces dérives bioéthiques de plus en plus fréquentes. "L'enfer est pavé de bonnes intentions", dit un vieil adage populaire, et c'est effectivement le cas pour ces "mères tardives". Leur sincérité et leur désir d'enfants ne sont pas contestables mais est-ce suffisant pour admettre et, à terme, légaliser de telles pratiques? Quelles seront les conséquences psychologiques pour ces enfants qui risquent de perdre leur mère avant d'être entré dans l'âge adulte? Faut-il aller toujours plus loin dans les sacrifices sur l'hôtel de l'épanouissement individuel qui devient le principe social et moral suprême dans notre société? Si demain la science nous donne les moyens de produire par clonage des doubles de nous même, pour servir de banque d'organes de rechanges, faudrait-il s'en réjouir ou le déplorer? Ces questions n'ont pas de réponses simples mais elles n'en sont pas moins essentielles et il est temps de nous les poser, individuellement et collectivement. "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme", écrivait déjà Rabelais il y a quatre siècles et demi et la fin, et la fin, même la plus estimable, ne justifie jamais tous les moyens. La recherche de la pure satisfaction individuelle, si elle est compréhensible, ne doit pas conduire à instrumentaliser le vivant car nous risquons alors de nous retrouver dans le "Meilleur des mondes" si bien décrit par Huxley. Une société est plus que la somme des individualités et des intérêts personnels qui la composent, et la recherche légitime du bonheur individuel et du progrès technique ne doivent pas nous conduire à renoncer à notre dignité et, en dernier ressort, à notre humanité.

René TRÉGOUËT

Sénateur du Rhône

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