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Peut-on reconnaître les différents troubles autistiques d’un simple regard ?

Chez les personnes souffrant de troubles du spectre autistiques (TSA), le cervelet - une structure cérébrale impliquée dans de nombreux processus cognitifs - présente des anomalies morphologiques qui pourraient contribuer aux difficultés que rencontrent ces personnes pour focaliser leur regard sur le visage de leurs interlocuteurs et reconnaître leurs émotions.

Pour la première fois, une équipe de chercheurs de l'Inserm (Etude sur l'autisme au service explorations fonctionnelles et neurophysiologie en pédopsychiatrie, équipe "Autisme" de l'unité 930 "Imagerie et cerveau", Centre hospitalier universitaire Bretonneau, Tours) vient de décrire qu’il était possible de corréler ces anomalies cérébrales, identifiables à l’IRM, aux résultats d’analyse du regard, obtenus par oculométrie (ou eye tracking). Pour obtenir ce résultat, cette équipe a procédé en trois étapes :

La première a consisté à comparer les IRM de personnes souffrant de TSA à celles de sujets témoins. Après un travail ardu d’identification des sous-régions du cervelet, facilité par des méthodes informatiques automatisées, les chercheurs ont montré que, si son volume global était conservé, certaines zones du cervelet étaient plus petites en cas de TSA.

Dans un second temps, les chercheurs ont conduit l’analyse par eye tracking, afin d’étudier le temps de fixation du regard lorsque des visages exprimant typiquement la peur, la joie ou la colère étaient présentés aux participants. À partir de ces deux séries d’expérimentations, les chercheurs ont pu montrer que le temps de fixation du regard mesuré grâce à l’eye tracking était corrélé à la morphologie du cervelet chez les patients souffrant de TSA.

Les troubles du spectre autistique sont particulièrement hétérogènes. Certaines personnes souffrent de déficience mentale ou d’un langage peu développé, alors que d’autres présentent une intelligence supérieure à la normale. Un point commun existe malgré tout : les troubles des interactions sociales, qui se manifestent notamment par des anomalies du regard. "L’hétérogénéité clinique des présentations de la maladie rend les recherches complexes", explique Charles Laidi qui a mené ce travail.

Jusqu’à présent, la majorité des travaux concernant la maladie ont été conduits chez l’enfant ou l’adolescent. Or, à cet âge, "le travail est encore plus ardu car ces sujets peuvent suivre des trajectoires d’évolution distinctes, depuis l’amendement des principaux symptômes jusqu’à leur aggravation.

Conduire cette étude chez l’adulte nous a permis de nous affranchir de cette variabilité, poursuit-il. En reliant une simple mesure clinique du regard avec la morphologie du cerveau des patients, nous pouvons envisager de faciliter la compréhension des mécanismes de l’autisme, de disposer d’outils diagnostiques fiables, voire, à terme, d’ouvrir de nouvelles pistes thérapeutiques en essayant de stimuler les zones altérées".

Dans ce travail, les chercheurs se sont penchés sur le cervelet, une structure localisée sous les hémisphères cérébraux et qui participe à la fois à la coordination fine des mouvements et de la posture et à un grand nombre de processus cognitifs. Dans le même temps, la même équipe s’est intéressée à une autre région du cerveau : le sillon temporal supérieur qui est connecté au cervelet et impliqué dans la cognition et l’interprétation des émotions lors des interactions sociales.

De la même façon, leurs travaux montrent une corrélation entre les résultats d’eye tracking et les anomalies de ce sillon observé à l’imagerie IRM. Pour Charles Laidi, "l’axe cervelet – sillon temporal supérieur pourrait à terme constituer une cible thérapeutique dans les troubles du spectre autistique", par exemple en utilisant des méthodes de stimulation cérébrale non invasive.

Article rédigé par Georges Simmonds pour RT Flash

Inserm

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