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Les maîtres du temps

Maîtriser le climat des villes, c'est possible dès aujourd'hui. Et c'est urgent pour certaines grandes métropoles où le réchauffement de la planète est déjà une réalité. Dans les centres urbains, on enregistre en effet des températures de 1,5 à 5,5 °C supérieures à celles de la campagne environnante. Paris a ainsi connu une augmentation moyenne de ses températures de 2,2 °C en un siècle. Depuis quatre-vingts ans, les records de chaleur enregistrés à Shanghai, Tokyo ou Baltimore augmentent d'environ 0,5 °C tous les dix ans. Cette canicule peut être assassine : 700 personnes sont mortes en 1995, lors de la vague de chaleur qui s'est abattue sur Chicago. Pourtant, il ne suffit pas de le dire pour convaincre les dirigeants municipaux. Mieux vaut les quantifier. C'est ce qu'ont fait des chercheurs du centre spatial Marshall de la Nasa - moyennant un million de dollars - pour Salt Lake City, la future ville olympique des Jeux d'hiver de 2002. Satellites, avions équipés de caméras infrarouges et mesures sur le terrain leur ont permis de dresser une carte détaillée des températures de la ville. Ils ont ainsi mis en évidence " scientifiquement " ce que tout piéton expérimente lors de la traversée d'une ville en été : les rues goudronnées, les aéroports et les parkings sont de véritables fours pouvant atteindre des températures de près de 50 °C ; les toitures et les façades sombres ou noircies par la pollution emmagasinent la chaleur et peuvent atteindre des températures supérieures de 40 °C à celles des surfaces blanches. A Sacramento (Californie) des chercheurs américains du Heat Island Group ont contrôlé la construction d'édifices dont les toits à peine colorés et réfléchissants se sont révélés plus économes de 40 % en énergie utilisée pour la climatisation que leurs homologues à toits sombres. Ces mêmes chercheurs collaborent également avec les industriels pour mettre au point des tuiles claires autonettoyantes. Car avec le temps, le plus clair des matériaux finit par noircir. De leur côté, les chercheurs du Lawrence Berkeley National Laboratory (Californie) travaillent actuellement sur la fabrication d'un asphalte légèrement coloré, ainsi que sur des tuiles de différentes couleurs pour sélectionner celle qui réfléchit le mieux les rayons infrarouges. Reste les rues en asphalte et les parkings cimentés, véritables plaques chauffantes sous le soleil. Là, il ne s'agit plus d'une affaire de couleur, mais de matière. La véritable innovation en ce domaine vient de l'autre côté du Pacifique. Depuis plusieurs décennies, les villes japonaises essuient régulièrement de violentes pluies estivales, provoquées par le phénomène d'îlots de chaleur. Selon Naoki Sato, du Center for Climate System Research de l'université de Tokyo, ces pluies torrentielles ont représenté, depuis le début des années 80, près de 20 % du total des précipitations dans Tokyo, et près de 50 % dans les années 90. Dans le même temps, elles restaient étrangement stables à la périphérie de la ville. Les grands centres urbains sont en effet capables d'engendrer leur propre régime de précipitations. En dégageant la nuit de la chaleur accumulée pendant la journée, les toits et la chaussée réchauffent au-dessus d'eux une couche d'air. Ce phénomène entraîne la formation d'une brise thermique, c'est-à-dire un vent vertical, qui fait monter les masses d'air chaud. En s'élevant, celles-ci se refroidissent, se condensent et retombent en pluie sur place. Cela a été relevé en 1996 à Atlanta, lors des jeux Olympiques. Suivant le même processus, de violentes pluies d'orage ont emporté 10 vies et ont entraîné l'évacuation de 6100 personnes en septembre 2000 dans la région du Tokai, au Japon. Si ces pluies étaient tombées sur Tokyo, de nombreux quartiers de cette mégalopole de 30 millions d'habitants auraient disparu sous deux mètres d'eau. Les tunnels du métro et les centres commerciaux souterrains, lieux à forte densité humaine, auraient été inondés. Pour se prémunir de telles catastrophes, les Japonais ont entrepris de recouvrir les rues tokyotes d'un revêtement spongieux, aussi absorbant que des couches-culottes. Actuellement, plusieurs centaines de kilomètres de rues, avenues et autoroutes bénéficient déjà de ce revêtement perméable, qui permet à l'eau d'être ensuite absorbée par la terre. Mieux : en conservant longtemps l'eau au ras du sol, ce nouveau revêtement des rues contribue au refroidissement de l'air, par l'évaporation lente de l'eau. Précisément, c'est cette évaporation rafraîchissante que procurent les espaces verts et les pièces d'eau. Deux ingrédients urbains simples, mais souvent ignorés. Ainsi Atlanta, ville américaine bien trop chaude l'été, a-t-elle vu, depuis 1973, sa population augmenter de 30 % tandis que sa forêt était grignotée de 17 %. Pourtant, une simulation du Lawrence Berkeley National Laboratory a montré qu'il suffirait de planter environ 10 millions d'arbres à Los Angeles, soit 5 % de la surface de la ville pour abaisser sa température estivale de 2 °C.

Sciences & Avenir : http://www.sciencesetavenir.com/dossier/page72.html

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