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Edito : L'infomédecine va révolutionner les soins et la santé

Bouleversées par l’accélération des avancées scientifiques et techniques mais également par l’évolution des besoins en matière de soins, la médecine et la santé sont en train de vivre une des plus grandes mutations de leur histoire et seront dans moins d’une dizaine d’années entrées dans une nouvelle ère dont se dessinent déjà les contours.

Parmi les révolutions médicales qui s’annoncent, l’une des plus importantes est sans conteste l’arrivée du séquençage ultra-rapide de l’ADN qui va se généraliser d’ici quelques années et va permettre l’avènement d’une médecine à la fois préventive et prédictive.

A titre d’exemple, il y a quelques semaines, une société  anglaise, « Oxford Nanopore » a présenté un séquenceur d'ADN qui peut décoder  un génome humain complet en moins d’une demi-heure !

Mais devant cette avalanche de nouvelles données biologiques à classer, à recouper et à traiter, tant dans le domaine de la recherche, avec l’inventaire de tous les gènes, de toutes les protéines existantes et toutes les bactéries connues, que dans le champ thérapeutique, avec la nécessité de maîtriser toutes les interactions entre des milliers de molécules médicamenteuses, la médecine est confrontée à un nouveau défi : celui de la gestion et de l’utilisation intelligente de cette masse croissante d’informations.

C’est à ce niveau qu'interviennent l’infomédecine et l’intelligence artificielle. Aux Etats-Unis, l'hôpital Cedars-Sinai de Los Angeles va utiliser le supercalculateur Watson d'IBM pour aider les médecins à choisir les meilleures options thérapeutiques pour les malades.

Watson, qui a réussi la prouesse de battre des humains au jeu « Jeopardy » en 2011, va être alimenté en informations par l’énorme base de données de cet établissement hospitalier réputé dans le traitement du cancer. Il va ensuite, à l’aide de programmes spécifiques, recouper et comparer cette masse immense de données et proposer aux médecins un diagnostic et une première approche thérapeutique.

Grâce à sa mémoire gigantesque et à sa capacité d’apprentissage et d’inférence, Watson devrait être capable de poser des diagnostics de maladies rares et peu rencontrées par les médecins ; il pourra également intégrer une multitude de paramètres personnels liés au patients pour affiner ses propositions de traitements, en tenant compte bien sûr des dernières avancées médicales et des interactions entre les médicaments envisagés. 

Ces systèmes informatiques d’assistance médicale intelligente sont appelés à se développer très rapidement car leur coût devrait diminuer avec les progrès de l’électronique. En outre, si Watson est hébergé dans un superordinateur, il est évidemment consultable à distance, via un mobile, une tablette ou un smartphone. Enfin, ce type de système est prévu pour intégrer également l’arrivée des dossiers médicaux personnels informatisés qui deviennent enfin une réalité à l’hôpital.

D’ici 2020, IBM prépare en outre une autre révolution, celle des superordinateurs exaflopiques. Ces machines qui reposeront sur l’emploi de puces CMOS, combinant électronique et optique et sur des connexions photoniques, devraient pouvoir atteindre, sans augmentation excessive de taille et de consommation, la puissance de calcul phénoménale d’un milliard de milliard d’opérations par seconde, c'est-à-dire 1000 fois plus que les machines pétaflopiques les plus puissantes actuelles.

Avec une telle puissance de calcul, il deviendra possible de concevoir très rapidement de nouvelles molécules ou de simuler des interactions biologiques extrêmement complexes, ce qui aura un impact majeur dans la connaissance des systèmes biologiques et dans la mise au point de nouvelles approches thérapeutiques.

En France, la grande révolution médicale en cours est l’arrivée du dossier médical personnel, un projet qui entre enfin dans sa phase de décollage après de nombreux déboires dus non à des obstacles technologiques mais à des freins culturels et à une mauvaise organisation des différents acteurs concernés.

Heureusement, le DMP progresse et, depuis quelques mois, un nombre croissant d’établissements de santé sont en mesure de proposer systématiquement aux patients la création d’un DMP.

Les informations contenues dans ce dossier informatique sont triées et hiérarchisées en fonction de leur intérêt médical et le patient doit bien entendu donner son accord formel pour la création et la consultation de ce DMP et il garde un droit de regard sur les informations qui y sont placées. Concrètement, ce dossier informatique contient plusieurs « armoires » bien distinctes. Certaines sont réservées aux comptes rendus médicaux, d’autres aux examens, d’autres encore aux traitements, et le patient doit obligatoirement disposer dans son dossier d’un espace personnel. 

L’intérêt de ce dossier est triple : d’abord, il permet d’unifier et de regrouper dans un seul espace virtuel l’ensemble de l'historique et des données médicales d’un patient qui étaient auparavant dispersées entre de nombreux acteurs et établissements.

Deuxième avantage, ce dossier informatique crée une nouvelle et puissante synergie médicale entre les hôpitaux, les médecins et les professionnels de santé qui peuvent agir de manière beaucoup mieux synchronisée et plus efficace.

Enfin, ce DMP devrait également permettre, à terme, d’améliorer considérablement le rapport coût-service médical rendu pour le malade et devrait donc devenir un outil essentiel dans la nécessaire maîtrise des dépenses de santé qui consiste non pas à rationner les soins mais à les rationaliser, de façon à améliorer la prise en charge individuelle tout en réduisant, en valeur relative, le coût collectif des dépenses de santé.

Il est très intéressant de constater que les trois quarts des dossiers médicaux informatiques ouverts concernent pour l’instant des patients atteints de maladies chroniques qui ont tout de suite perçu l’intérêt de ce système pour améliorer le suivi de leur santé et de leurs soins. Il y a aujourd'hui en France près de 150 établissements hospitaliers équipés et la barre des 300 000 DMP devrait être atteinte début 2013, pour un objectif de deux millions de dossiers ouverts fin 2013.

De manière complémentaire au DMP et à l’infomédecine, un autre service médical très innovant est également en train de bouleverser la médecine et le soin : il s’agit de la télésanté, qui possède un cadre légal depuis la loi du 21 juillet 2009 et qui intègre à la fois la télémédecine, la télé chirurgie et la téléconsultation.

Notre pays est confronté à trois évolutions convergentes : un vieillissement accéléré de sa population, un nombre de médecins et de spécialistes qui diminue par rapport aux nouveaux besoins de santé et, spécificité française, une faible densité de population dans de vastes régions rurales. Ce cadre français est donc particulièrement adapté à l’essor de la télésanté.

On compte aujourd'hui environ 250 expérimentations et projets en cours de télémédecine en France et, selon les médecins associés à ces projets, la moitié des patients qui se déplacent actuellement régulièrement, dans le cadre d'un suivi médical, pourraient bénéficier de télésoins, ce qui économiserait du temps, de l'argent et de la fatigue inutile pour les malades.

Partout en France on voit fleurir des expérimentations et projets de télésanté d’autant plus remarquables qu’ils sont souvent conçus et mis en œuvre « d’en bas », c'est-à-dire par de petites structures de santé ou même de simples médecins. C’est ainsi qu’un cardiologue de la Haute-Vienne, Patrick Dary, a mis en place son propre système de télésurveillance pour plus de 300 patients vivants en milieu rural et souffrant de pathologies cardio-vasculaires lourdes. Ce système original s’articule autour d’un réseau constitué de trois maisons de santé, deux maisons de retraite et une dizaine de médecins. Il aurait déjà permis de réduire de plus de 10 % le nombre d’hospitalisations et remporte un franc succès auprès des malades, souvent âgés et isolés, qui évitent de nombreux déplacements inutiles et fatigants et se sentent mieux suivis que par le passé.

Autre exemple, la plate-forme de télésanté COMEDI-e, lancée il y a un an en Picardie, à l’initiative de plusieurs acteurs institutionnels de la santé dans cette région rurale. Ce système qui associe des technologies existantes et éprouvées, se distingue par sa simplicité et sa fiabilité. Le médecin dispose de trois écrans : le premier lui permet de voir le patient, le deuxième de consulter son dossier médical et le troisième d’afficher les résultats des éventuels examens que peut réaliser le télé-assistant qui se trouve aux côtés du patient.

Le premier bilan d’utilisation de cette plate-forme COMEDI-e est très positif. Non seulement le nombre de consultations a régulièrement augmenté chaque mois pour atteindre plus de 1000 aujourd’hui mais le système est largement plébiscité par les patients qui se sentent en confiance et peuvent dialoguer de manière très conviviale avec leur médecin.  

Autre avantage de ce projet, il permet une grande réactivité dans des cas où surviennent des pathologies aiguës qui nécessitent des examens rapides et une prise en charge thérapeutique immédiate mais sans forcement qu’il y ait hospitalisation.

Enfin, si ce système fonctionne aussi bien et emporte une large adhésion des malades, c’est aussi parce qu’il a été imaginé et développé de façon à permettre une communication simple et efficace entre tous les acteurs concernés : hôpitaux, cliniques, médecins libéraux, infirmiers…Chacun de ces acteurs peut en effet se connecter au système en s’identifiant avec sa carte professionnelle et un mot de passe et chaque acteur est informé en temps réel de l’évolution de l’état de santé du patient et des actes et interventions réalisés par les autres professionnels de santé impliqués. 

A la lumière de ces nombreuses expérimentations, il est intéressant de souligner que les freins à la généralisation de la télésanté ne sont plus technologiques, car les outils informatiques et les réseaux de communications sont à présent très performants. Ils ne sont pas non plus d’ordre juridique car il existe à présent un cadre légal complet concernant notamment l’accès aux données médicales et la responsabilité médicale.

Ces freins ne sont pas davantage à chercher du côté des patients qui, dans l’ensemble, jugent ces outils de manière très positive et y voient un réel progrès. En fait, les principales réticences au développement de la télésanté viennent des professionnels de santé eux-mêmes et cela peut parfaitement s’expliquer !

En moins de deux générations, l’espérance de vie a progressé de plus de 10 ans en France et la rançon de ce progrès historique et indéniable est qu’aujourd’hui, un tiers des personnes adultes doivent vivre avec des maladies chroniques et évolutives.

Ces types de pathologies, cancer, maladies cardio-vasculaires, maladies neurodégénératives et inflammatoires, sont à présent à l’origine de la première demande de soins dans notre pays. Or, face à ces maladies complexes, multifactorielles et souvent invalidantes, le schéma classique de la relation personnelle entre le patient et le médecin ne suffit plus et la médecine devient une activité coopérative qui ne peut fonctionner efficacement qu’en réseaux. C’est donc bien la conception, l’organisation et la pratique de la médecine qui sont en train de connaître une mutation sans précédent depuis des siècles.

Enfin, la dernière révolution, mais non la moindre, qui va bouleverser la médecine d’ici 10 ans, est la généralisation de la télé chirurgie virtuelle. Depuis le début de cette année, plusieurs interventions chirurgicales ont été réalisées avec succès par l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) de Strasbourg et l’IRCAD, qui sont en pointe mondiale dans le domaine de la téléchirurgie grâce à l’action pionnière du Professeur Jacques Marescaux.

L’IHU de Strasbourg a notamment réalisé cet été une première mondiale tout à fait remarquable qui préfigure ce que sera la chirurgie dans moins d’une décennie. Cette intervention a permis l’ablation d’une tumeur du foie chez un malade grâce à un robot assistant le chirurgien en réalité augmentée.

Concrètement, le chirurgien peut visualiser et préparer à l’avance son intervention très technique en utilisant un logiciel de reconstruction 3D qui recrée l’organe de manière plus vraie que nature, en intégrant non seulement le réseau vasculaire et les nerfs, mais en simulant même la déformation des tissus provoquée par l’action du robot au moment de l’acte chirurgical !

Ces quelques exemples montrent à quel point la santé et la médecine sont en train d’être bouleversées, dans leurs fondements mêmes, par ces ruptures technologiques qui sont à l’œuvre et relevaient encore de la science-fiction il y a moins de 20 ans.

Mais, au-delà de la dimension scientifique et cognitive fascinante de cette révolution, il est capital que notre société s’interroge sur les choix sociaux d’organisation, de financement et de finalité des soins et de la santé afin que chacun, quels que soient ses revenus et son lieu de résidence, puisse demain pleinement bénéficier de cette « infomédecine » à un coût économique qui soit supportable par notre collectivité.

René TRÉGOUËT

Sénateur Honoraire

Fondateur du Groupe de Prospective du Sénat

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  • Jacques Tesseire

    30/11/2012

    Attention, toutes ces prouesses techniques ne doivent pas faire oublier, comme le disait le physicien Patrick Drouot :
    - la médecine Niveau II (corps / esprit, cause première d'auto-guérison, parfois immédiate si on s'aime entier !),
    - ni la médecine de Phase III (quantique et non locale, toutes dimensions "invisibles" vues unifiées, pour voir l'aura, son mucus bloqué et les résidus des vies antérieures...).

    Même la médecine nanométrique ne fera pas des miracles, s'il n'y a pas une histoire d'Amour (lien quantique tout vu unifié au plus grand bien en chaque instant présent) avec l'intégralité du Soi multidimensionnel (à 12 dimensions).

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