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L'incidence des cancers en France a augmenté de 63 % en vingt-cinq ans

Le renforcement de la surveillance épidémiologique est l'un des premiers objectifs du Plan cancer. L'enjeu est de mieux connaître l'évolution des cancers pour affiner les stratégies de prévention et de prise en charge. Le dernier rapport de l'Institut national de veille sanitaire constitue dans cette perspective une source précieuse d'informations. Il présente les données de l'année 2000, ainsi que leur évolution entre 1978 et 2000. Dans ce travail ont été mobilisés 9 registres « généraux » dédiés à la collecte d'informations sur l'ensemble des tumeurs malignes d'un département spécifique (Bas-Rhin, Calvados, Doubs, Haut-Rhin, Hérault, Isère, Manche, Somme, Tarn) et 6 registres « spécialisés », ne recensant que les cancers digestifs (Côte-d'Or, Saône-et-Loire et Calvados), les cancers du côlon-rectum et du sein (Loire-Atlantique), les pathologies hématologiques (Côte-d'Or) et les cancers thyroïdiens (Marne et Ardennes). En 2000, ces registres, qui ont été mis en place à des dates différentes, ne couvraient qu'une partie du territoire, de 13,5 à 16 % de la population française. L'originalité de ce travail réside dans la méthode employée pour évaluer l'importance de la pathologie cancéreuse. Elle repose non seulement sur l'estimation de l'incidence et de la mortalité en population générale, mais également sur une modélisation du rapport incidence/mortalité qui tient compte des variables d'ajustement, telles que l'âge, le sexe et la cohorte de naissance. Le rapport présente les résultats de l'année 2000, en nombre de cas estimé pour vingt-cinq localisations cancéreuses, dont quatre sont spécifiquement féminines (sein, col de l'utérus, corps de l'utérus et ovaire). Seul le cancer de la prostate est spécifique à l'homme (le cancer du testicule fera l'objet d'une publication séparée). Les localisations choisies l'ont été en fonction de leur fréquence ou de leur accessibilité à la prévention. Chacune fait l'objet d'une fiche thématique avec les tendances évolutives, selon la cohorte et selon le moment du diagnostic, pour la période 1978-2000. Au total, pour l'année 2000 et pour les deux sexes, le nombre de nouveaux cas est estimé à 280 000, dont 58 % chez l'homme. Cependant, la localisation la plus fréquente est le cancer du sein (42 000 cas), devant le cancer de la prostate (40 000 cas), les cancers colo-rectaux (36 000 cas) et les cancers du poumon (près de 280 000 cas). Parallèlement, 150 000 décès ont été recensés, qui surviennent, là encore, plus fréquemment chez les hommes (61 %). « Tous genres confondus, le cancer le plus fréquent est le cancer du sein. En revanche, le premier "tueur" reste le cancer du poumon, suivi par le cancer colo-rectal. » L'interprétation de ces deux types de données suggère que les cancers sont, chez l'homme, « de plus mauvais pronostic ». Ils constituent d'ailleurs la première cause de mortalité masculine (32 % des décès), et, chez la femme, ils n'arrivent qu'en deuxième position (23 %). Chez l'homme, les cancers de la prostate, du poumon et les cancers colo-rectaux sont responsables de 45 % des décès, alors qu'ils représentent la moitié des tumeurs. Chez la femme, les cancers du sein (32 %) et colo-rectaux ne sont responsables que du tiers de la mortalité féminine, alors qu'ils représentent, eux aussi, 50 % des cancers. Le cancer du poumon devient la troisième cause de la mortalité féminine. Le nombre de morts par cancers du poumon chez les femmes approcherait les 11.800 par an en France en 2015-2019, soit plus du double qu'actuellement. "En 2000, le cancer du poumon a été responsable d'environ 4.500 décès féminins en France. Représentant 1,5 % des décès toutes causes confondues chez la femme. Selon les auteurs du rapport, le poids des maladies cancéreuses pour la santé publique s'est considérablement modifié durant les vingt-cinq dernières années, à la fois quantitativement et qualitativement. Le fait marquant est la « forte divergence entre l'évolution de l'incidence et celle de la mortalité ». Entre 1980 et 2000, le nombre de cancers a augmenté de 63 %, mais le nombre de décès n'a progressé que de 20 %. Là encore, il existe de notables différences entre les sexes, avec 66 % d'augmentation chez l'homme, contre 60 % chez la femme. Il est remarquable d'observer qu'en dépit de cette augmentation du nombre de cancer, la part relative des années potentielles de vie perdues par cancer entre 1 et 64 ans, indicateur qui permet d'évaluer la mortalité prématurée, est restée stable chez l'homme par rapport aux données de 1999 (23 %) et en légère diminution chez la femme (32 % contre 33 %). Entre 1990 et 1999, cette part était en diminution chez l'homme et en augmentation chez la femme. Ni la croissance démographique ni le vieillissement n'expliquent totalement cette hausse. Les cancers de la prostate et du sein sont ceux dont l'incidence s'est le plus élevée, alors que la mortalité liée à ces deux types de tumeur est restée stable. La décroissance relative de la mortalité masculine est essentiellement due à la diminution des tumeurs des voies aériennes digestives supérieures, de l'oesophage et des tumeurs de l'estomac. « Il serait tentant d'attribuer la divergence entre incidence et mortalité aux progrès thérapeutiques. Malheureusement, ils ne jouent qu'un rôle modeste dans cette évolution, même si ces progrès sont bien réels », notent les auteurs. « La raison essentielle de cette divergence est le remplacement de cancers de pronostic médiocre par des cancers de bon à très bon pronostic. La recherche systématique des tumeurs (prostate et sein) ou leur découverte fortuite grâce à une utilisation de plus en plus fréquente de système d'imagerie sophistiqué ont fortement contribué à cette évolution. » Il est intéressant d'examiner les conclusions de ce rapport de l'Institut national de veille sanitaire à la lumière d'une autre étude, publiée le même jour par le BEH (Bulletin épidémiologique hebdomadaire). Cette étude qui compare les décès par cancer en Europe, révèle que les hommes français ont le taux de décès par cancer le plus élevé des pays de l'Union européenne. «Pour les hommes, écrivent Eric Jougla (Inserm) et ses coauteurs, c'est en France que l'on observe, toutes localisations confondues, le taux de décès par cancer le plus élevé. Viennent ensuite la Belgique et les Pays-Bas. Les taux de décès les plus faibles s'observent en Suède, en Finlande, et en Grèce.» Le niveau de mortalité est supérieur de 50 % en France par rapport à la Suède et de 20 % par rapport au Royaume-Uni. Cette surmortalité des hommes français s'explique essentiellement par le poids du cancer des voies aérodigestives supérieures (bouche, lèvres, pharynx), du foie et du poumon. Ainsi, pour les cancers des voies aérodigestives supérieures, la France occupe en terme de mortalité la première place au sein de l'Union européenne, avec un écart très important avec les autres pays. Pour ce qui est du poumon, la France se situe dans la moyenne européenne. Mais une mise en perspective montre que «l'on observe dans de nombreux pays une diminution des cancers du poumon, alors que les taux français ne baissent pas». Et surtout, la France est dans le peloton de tête pour la mortalité avant 65 ans par cancer du poumon. Pour ce qui concerne les femmes, il faut savoir que pour les Françaises, le taux de décès par cancer du poumon progresse le plus rapidement, par rapport aux autres femmes d'Europe. Ce sujet de préoccupation majeure mis à part, contrairement aux hommes, les Françaises se situent dans une position globalement favorable au sein de l'UE. Ainsi, les taux de décès féminins par cancer sont les plus élevés au Danemark, en Irlande, au Royaume-Uni et aux Pays-Bas. Pour le cancer du sein, les taux de décès les plus importants sont observés au Danemark et au Royaume-Uni. Globalement, le taux de mortalité chez les femmes par cancer au niveau de l'Europe a tendance à diminuer, même si ce taux stagne plutôt en France. Cette stabilité s'expliquerait par les mauvais résultats des femmes françaises pour ce qui concerne les cancers des voies aérodigestives supérieures. Enfin, les taux de décès par cancer du sein et de l'utérus sont stables en France et diminuent dans la plupart des pays européens. «La mauvaise position de la France en matière de décès par cancer chez l'homme s'explique en grande partie par des décès très augmentés pour les cancers du poumon, des voies aérodigestives et du foie, soulignent les auteurs dans leurs conclusions. On sait que ce type de cancers est fortement lié à deux facteurs de risque : la consommation excessive d'alcool et le tabagisme.» Les morts par cancer représentent un quart du total des décès qui surviennent chaque année dans l'Union européenne, d'après cette enquête portant sur l'année 1999. Parmi les décès survenant avant 65 ans, 37 % sont imputables au cancer qui représente la cause de mortalité la plus fréquente, avant les maladies cardiovasculaires. Pour les hommes, toujours à l'échelle de l'Europe, les tumeurs du poumon représentent 28 % de l'ensemble des décès dus au cancer, avant celles de l'intestin (11 %) et de la prostate (10 %). Pour les femmes, le cancer du sein prédomine (20 % des décès par cancer), suivi de celui de l'intestin (12 %) et du poumon (11 %). Globalement les taux de mortalité liés à certains cancers (estomac, vessie, rein) en Europe ont diminué entre 1994 et 1999. Les taux stagnent pour ceux du pancréas, du foie, des voies aérodigestives supérieures (lèvres, bouches, pharynx) et des leucémies. Ils sont en augmentation pour le cancer du poumon chez la femme. Ces deux études complémentaires sont riches d'enseignements et montrent qu'une diminution sensible et tendancielle de la mortalité par cancer ne peut être obtenue par les seuls progr7s thérapeutiques (même si ceux-ci sont réels) et doit s'appuyer sur une politique globale et ambitieuse de prévention généralisée, de détection précoce, et d'éducation pour inciter nos concitoyens à adopter une meilleure hygiène de vie. Ces études viennent conforter les options du plan anti-cancer mis en oeuvre avec détermination par le gouvernement et confirme le bien fondé de la lutte totale contre le tabagisme et l'alcoolisme engagée par les pouvoirs publics. Ces études confirment enfin l'urgence de la mise en place d'une prévention généralisée des cancers du sein, du colon, et de la prostate dans notre pays.

Brève rédigée par @RT Flash

Quotimed : http://www.quotimed.com/personnalise/index.cfm?=35345483

Figaro : http://www.lefigaro.fr/sciences/20031021.FIG0264.html

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