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Les diamides auraient des effets néfastes pour les abeilles…et certains humains

Le chlorantraniliprole a fait l’objet d’une autorisation dans l’union Européenne en 2014, en tant que premier représentant d’une nouvelle classe d’insecticides : les diamides. Les effets de cette substance active sur l’abeille domestique ont été étudiés par les chercheurs du laboratoire Abeilles et Environnement de l’Inra.

Les résultats de ces travaux montrent des déficits locomoteurs durables chez ce pollinisateur même après une exposition unique à une dose sublétale de chlorantraniliprole. Cette classe d’insecticides suscite également des questionnements en santé humaine, chez les sujets atteints de certaines maladies neuromusculaires d’origine génétique.

En l’absence de méthodes officielles suffisamment pertinentes pour effectuer une caractérisation poussée des effets sublétaux du chlorantraniliprole, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a préconisé de veiller à ses impacts éventuels sur les abeilles. Les chercheurs de l’unité Abeilles et Environnement de l’Inra viennent de démontrer l’existence d’effets persistants de cet insecticide sur l’abeille domestique après une exposition unique à une dose qui ne cause pas la mort.

En laboratoire, des déficits locomoteurs surviennent rapidement après exposition au chlorantraniliprole et malgré une apparente rémission, une rechute est observée une semaine plus tard. Les chercheurs montrent que le chlorantraniliprole agit sur les canaux de libération du calcium (aussi appelés RyR, pour ‘Récepteurs à la Ryanodine’) chez l’abeille, tout comme chez les espèces d’insectes contre lesquelles il est utilisé.

Son mode d’action est complexe, puisqu’il conduit également au blocage des canaux calciques activés par le voltage (CaV) du cerveau et des muscles. Les RyR orchestrent la mobilisation du calcium dans les neurones, les cellules musculaires et cardiaques, où ils permettent la contraction musculaire et la plasticité neuronale. Ils sont omniprésents dans l’organisme, par exemple dans les yeux, les antennes ou les cellules sanguines. Les chercheurs montrent que la toxicité de cet insecticide dépend de la voie d’exposition : l’abdomen et les antennes constituant des zones du corps bien plus sensibles que le thorax.

Un couplage des approches cellulaires in vitro et des approches comportementales est à même de mieux anticiper les effets sublétaux non détectés chez les abeilles par les méthodes classiques de la toxicologie actuelle. L’OCDE et l’EFSA envisagent d’ailleurs de se doter rapidement de tests utilisant ces approches.

Compte-tenu des interdictions récentes des néonicotinoïdes en Europe, les diamides pourraient mécaniquement faire l’objet d’une augmentation de préconisation au champ, notamment dans les cultures de légumes et d’arbres fruitiers. Les récents travaux portant sur les abeilles suggèrent qu’une phytopharmacovigilance accrue à proximité des cultures pourrait être nécessaire.

En s’appuyant sur les réseaux d’apiculteurs, il serait possible d’identifier précocement les effets délétères éventuels sur les colonies. L’attention portée à cette classe d’insecticides n’est cependant pas limitée à la santé des pollinisateurs. Les recherches menées par l’Inra et l’Institut Hongrois de Physiologie à Debrecen soulèvent en effet la question de l’innocuité de ces molécules chez les sujets humains atteints de maladies neuromusculaires d’origine génétique.

Article rédigé par Georges Simmonds pour RT Flash

INRA

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