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Edito : Climat : où en est-on trois mois avant la conférence internationale décisive de Paris ?

Alors que dans trois mois aura lieu à Paris la conférence mondiale décisive sur le climat « COP21 » qui doit fixer le nouveau cadre d’action contre le réchauffement climatique, les états et gouvernements commencent à se mobiliser et à dévoiler leurs intentions.

Le 8 juin dernier, à l’issue du sommet du G7 en Bavière, les dirigeants des sept pays-membres ont fait savoir qu'ils réclamaient une diminution importante des émissions de CO2 au cours de ce siècle. Concrètement, les sept puissances mondiales se sont engagées, "dans le haut de la fourchette", pour une réduction des émissions de 40 % à 70 % d'ici à 2050, par rapport à 2010. Cet objectif est censé correspondre à une réponse mondiale au changement climatique. 

Mais en calculant les « contributions nationales » annoncées au cours des derniers mois, l’organisme scientifique Climate Action Tracker en arrive à une conclusion beaucoup moins optimiste : les objectifs annoncés devraient repousser l’atteinte d’une hausse de 2°C, par rapport à l’ère préindustrielle, d’à peine deux ans.

Cet organisme indépendant estime en effet que la planète atteindra le point limite du réchauffement fixé par la communauté internationale pour le présent siècle dès 2038. Sans les engagements pris par un total de 36 États depuis le début de l’année, la barre des 2°C serait franchie en 2036. Dans ce contexte, l'attitude des principaux pays pollueurs que sont la Chine, l’Inde, la Russie ou le Brésil sera donc décisive. Il faut en effet rappeler que les pays du G7 (États-Unis, Canada, Japon, France, Allemagne, Italie, Royaume-Uni) ne représentent plus que le quart des émissions de GES. 

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) confirme ce scénario et, dans un rapport publié le 15 juin dernier, elle dresse un premier bilan éclairant des contributions nationales à la COP21 (Voir IEA).

Selon ce travail, si aucune mesure plus forte n’est prise après 2030, le monde va vers une augmentation moyenne de la température de 2,6°C d'ici 2100, et de 3,5°C d'ici 2200. 

Dans la perspective de la COP 21 de Décembre prochain, l’AIE propose pour sa part que la communauté internationale s’engage à stabiliser ses émissions dès 2020, avant d’engager leur diminution. L’Agence souligne avec force que cet objectif peut être atteint sans révolutions technologiques majeures mais en portant l’effort sur l’efficacité énergétique et le développement des, énergies renouvelables. 

Au niveau économique, un consensus de plus en plus fort se dégage pour diminuer puis supprimer les subventions à la production et à la consommation d’énergies fossiles. Un récent rapport du FMI estime le montant total de ces subventions à 5 600 milliards de dollars, soit 7 % du Produit mondial brut. L’argent ainsi dégagé pourrait notamment permettre d’augmenter les investissements en faveur des énergies renouvelables qui devraient atteindre les 400 Md$/an (365,5 Md€) à l’horizon 2030, contre 270 en 2014.

L’AIE préconise par ailleurs de réduire l’utilisation des centrales au charbon à faible rendement avant d’interdire la construction de nouvelles installations. Actuellement, le rendement moyen de ces centrales tourne autour de 33 % : chaque mégawattheure ainsi produit émet 1,6 tonne de CO2.

Les centrales de nouvelle génération, dites ultra-supercritiques, atteignent un meilleur rendement (45 %) et cela diminue sensiblement la pollution induite par une centrale à charbon puisqu’un mégawattheure n’émet plus que 0,7 tonne de CO2. Si l’ensemble de la production électrique à partir du charbon utilisait cette nouvelle technologie, cela permettrait d’éviter le rejet de deux milliards de tonnes de CO2 par an, soit l’équivalent des émissions annuelles de l’Inde…

Pendant ce temps, le réchauffement climatique poursuit son inexorable progression : les derniers relevés mondiaux de température indiquent une élévation moyenne de 0,75°C de la température mondiale pour le mois de juillet, par rapport à la moyenne calculée sur la période 1951-1980. Cette élévation est sans précédent depuis 136 ans ! Si l’on considère la période qui va d’août 2000 à juillet 2015, l’écart par rapport à la moyenne s’élève à 0,80° centigrades. 

C’est dans ce contexte pour le moins alarmant qu’une étude de l’institut Grantham publiée il y a quelques semaines confirme que l’ensemble des engagements des promesses de réduction des émissions de gaz à effet de serre des principaux pays de la planète ne suffiront pas pour limiter à 2°C le réchauffement planétaire.

En effet, si ces engagements qui serviront de base aux négociations lors de la conférence de décembre prochain sont effectivement mis en œuvre, les émissions mondiales continueront d’augmenter pour atteindre 60 gigatonnes en 2030 (contre 50 gigatonnes en 2014). Or pour avoir de bonnes chances de limiter à 2°C le réchauffement climatique mondial, les émissions de CO2 doivent impérativement descendre à moins de 36 gigatonnes à l’horizon 2030. 

Le climatologue de réputation mondiale Jean Jouzel confirme la gravité de la situation en rappelant que l’Humanité doit réduire au moins de moitié ses émissions de gaz à effet de serre d’ici le milieu de ce siècle, ce qui suppose que chaque terrien devra diviser en moyenne par 2,5 ses émissions de CO2 d’ici 2050, compte tenu de la progression démographique mondiale. Cette réduction drastique des émissions anthropiques de CO2 est d’autant plus impérieuse que de récents travaux ont montré que la capacité d’absorption du carbone par les océans et les forêts tropicales (qui absorbent ensemble et stockent environ 60 % du CO2) avait atteint ses limites et avait même probablement diminué d’environ 10 % au cours du dernier demi-siècle. 

Et pourtant, l’équation climatique et énergétique est à présent bien cernée et elle est imparable : comme l’a montré l’AIE qui rappelle dans son étude World Energy Outlook 2012, que l’Humanité doit absolument laisser dans le sol plus des deux tiers des réserves prouvées de combustibles fossiles pour avoir une bonne chance de limiter le réchauffement global à deux degrés. Cette étude est très claire et rappelle que « notre consommation, d'ici à 2050, ne devra pas représenter plus d'un tiers des réserves prouvées de combustibles fossiles afin de ne pas dépasser les 2°C de réchauffement global maximal d'ici la fin du siècle ». 

Pour en arriver à cette conclusion, l’AIE a repris les travaux du Potsdam Institute for Climate Impact Research qui ont montré qu’il ne fallait pas émettre plus de 565 gigatonnes de CO2 ou équivalents CO2 d'ici à 2050 pour avoir quatre chances sur cinq de ne pas dépasser la barre fatidique des 2°C. Or, la combustion de toutes les réserves prouvées de pétrole, charbon et gaz de la planète engendrerait 2 795 gigatonnes de CO2, soit cinq fois plus.

Cela signifie que 80 % des réserves d'énergies fossiles actuelles ne doivent pas être extraites et consommées si l'on veut respecter les objectifs de stabilisation du climat fixés par la communauté internationale. 

Ce constat de l’AIE est globalement partagé par l’OCDE qui souligne, dans un récent  rapport intitulé « adapter les politiques à une économie à faible intensité carbone » (Voir Rapport) que les Etats ont des politiques énergétique qui manquent de cohérences et de vision à long terme : ils cherchent à introduire un prix sur le carbone mais, dans le même temps, ces états consacrent encore aux énergies fossiles les deux tiers des investissements réalisés dans le secteur énergétique.

Ce rapport confirme également que « La consommation de combustibles fossiles par l'industrie, pour la production d'électricité ou le chauffage, « est très peu taxée au regard de leurs émissions de CO2 ». Autre incohérence, un tiers de la production agricole vivrière produite annuellement est perdu et n’arrive pas jusqu’au consommateur final. Eviter ce gaspillage permettrait donc de réduire sensiblement la part mondiale des émissions de CO2 provenant de ce secteur d'activité, qui s’élève aujourd’hui à plus de 25 %. 

Les travaux de l’OCDE montrent également que la part d'argent public injecté dans la R&D dans le domaine énergétique a été divisée par trois depuis 1985 et cet organisme souligne que sans un prix fort du carbone, on ne parviendra pas à décourager l'investissement dans les combustibles fossiles. "La tonne de CO2 qui ne vaut que 8 euros, devrait coûter 40 euros pour décourager le charbon au profit du gaz », souligne ce rapport.

L’OCDE rappelle qu’investir dans des infrastructures faiblement carbonées est une nécessité absolue pour contenir la hausse du réchauffement climatique dans la limite acceptable des 2°C. Pour atteindre cet objectif, l’OCDE préconise d’actionner simultanément quatre leviers principaux : alourdissement des coûts d’émission de gaz à effet de serre, fin des subventions à la consommation d’hydrocarbures et de charbon, incitations fiscales spécifiques en faveur des technologies propres et bien sûr hausse des objectifs nationaux et mondiaux de réduction des émissions de GES.

Comme le souligne avec conviction Robert Stiglitz, Prix Nobel d’économie, la lutte contre le réchauffement climatique peut en outre à la fois renforcer l’économie mondiale, accélérer la sortie de crise et réduire les inégalités sociales. Cet économiste réputé pense qu’il faut dépasser l’approche du protocole de Kyoto, qui était fondé sur des mécanismes de marché carbone, l’allocation des droits d’émissions et des objectifs de réduction basés sur des niveaux antérieurs d’émissions.

Il propose, pour atteindre l’objectif des 2°C de réchauffement par rapport au niveau préindustriel, de mettre en place progressivement une tarification mondiale du carbone, que chaque pays pourrait mettre en œuvre sur son territoire comme il l’entend : par des réglementations contraignantes, par un marché d’émissions ou par une taxe carbone… Stiglitz propose également la mise en place d’une taxe carbone aux frontières, afin que les pays fassent payer le coût en carbone des biens qu’ils importent.

Une partie des sommes récoltées par ce mécanisme pourrait notamment alimenter le Fonds vert, à destination des pays en développement. Dans ce système global et cohérent, les pays qui voudraient rester à l’écart de cet effort de réduction des émissions verraient leurs produits taxés aux frontières, en fonction de leur coût excessif en carbone.

Pascal Canfin, Conseiller du World Resources Institute, est d’accord avec cette nouvelle approche et propose, pour sa part, la constitution d’un club de pays volontaires, -ceux qui taxent déjà les émissions de CO2 ou qui ont ouvert un marché de quotas d’émissions - ayant la volonté de faire converger les prix entre 14 et 18 € la tonne, en 2020, puis 54 à 72 € en 2030. Mais pour lui, ce signal prix ne sera jamais intégré à un accord international et doit donc être négocié de manière spécifique.

Dans un article publié il y a quelques jours, Michel Barnier rappelle pour sa part à juste titre que pour être efficace le prix du carbone devrait se situer dès maintenant autour de 25 à 30 euros, alors que ce prix se maintient depuis 2012 à moins de 8 euros, ce qui incite notamment l’Allemagne, qui possède quatre des cinq centrales à base de charbon les plus polluantes en Europe, à accroître sa production d'électricité à base de charbon.

Michel Barnier souligne également avec beaucoup de bon sens que le marché du carbone n'a aucune utilité s'il ne garantit pas un niveau de prix élevé afin de décourager les activités et les technologies les plus polluantes et de donner aux entreprises une « visibilité » à long terme suffisante en matière d’investissements. L’ancien Commissaire européen propose que l’Europe s’engage dès à présent en faveur d’une taxe-carbone aux frontières, taxe qui viendrait se substituer au système européen d’échanges de quotas d’émissions qui a montré ses limites et ses insuffisances en dépit de plusieurs tentatives de réformes… 

Un autre instrument innovant pourrait jouer un rôle non négligeable dans cette lutte globale contre les émissions de carbone : le compte épargne CO2. Il s’agit d’une solution d'épargne originale, qui permet de calculer ses émissions de dioxyde de carbone puis de mettre de côté les émissions non émises. Le compte épargne est crédité en kilos de CO2, pour chaque démarche tendant à économiser du dioxyde de carbone. Promu en France par la start-up brestoise « 450 », le compte épargne CO2 permet de transformer en espèces sonnantes et trébuchantes ses kilos de CO2 non émis, en les revendant à des entreprises, qui compensent alors leur propre bilan carbone. Le compte épargne permet aussi, lorsque des CO2 ont été économisés, de bénéficier de chèques pour faciliter certains achats.

Mais la réduction massive des émissions de GES et la lutte contre le changement climatique passe également par un développement considérable et une diversification des sources d’énergies renouvelables. A cet égard, une étude publiée en juin dernier dans la revue Energy and Environmental Science balaie certaines idées reçues.

Cette étude très sérieuse, menée par l'équipe de Mark Jacobson, Professeur d'ingénierie civile et environnementale à l'Université de Stanford, montre en effet qu’il est possible de couvrir complètement les besoins énergétiques aux Etats-Unis à partir d'énergies renouvelables à l'horizon 2050 (Voir Stanford).

L'étude de Mark Jacobson se trouve confortée par un rapport publié en juin 2015 par le Brattle Group, entreprise d'expertise et de conseil, et commandé par The Advanced Energy Economy Institute en réponse aux commentaires de la North American Reliability Corporation (NERC) qui estimait au début de l'année que le Clean Power Plan de l'administration Obama pourrait menacer la sécurité énergétique du pays en favorisant l'utilisation des énergies renouvelables.

Ce rapport souligne, en s’appuyant sur des exemples concrets, qu'il est aujourd'hui possible d'intégrer massivement sur le réseau électrique américain les énergies renouvelables sans que cela nuise à la fiabilité et la sécurité énergétique. Mais Mark Jacobson estime que cette révolution ne pourra pas se faire sans une volonté politique forte.

Ce basculement massif vers les énergies renouvelables pourrait être bien plus rapide que prévu non seulement à cause de l’efficacité et de la rentabilité accrue de ces sources d’énergie - qui deviendront globalement compétitives par rapport aux énergies fossiles au cours de la prochaine décennie - mais également grâce à une percée techno-industrielle majeure en matière de stockage et de régulation, dont on ne mesure pas encore toutes les potentialités considérables : le « Power to Gas » (PtG).

Cette technologie, à présent bien maîtrisée, permet de transformer et de stocker à très grande échelle l'excédent d'énergie renouvelable sous forme d’hydrogène ou en méthane de synthèse qui peuvent, sans difficultés majeures, être injectés dans le réseau de gaz naturel afin de ne pas gaspiller le surplus. Des démonstrateurs voient le jour un peu partout dans le monde, principalement en Europe, en pointe sur cette technologie. L'Allemagne est ainsi dotée de 18 pilotes à ce jour, dans des secteurs aussi variés que les transports, le logement ou encore l'industrie.

En France, l'Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie (ADEME) a publié en avril 2015 un rapport fournissant des recommandations sur la manière dont le pays pourrait avoir 100 % de son énergie provenant de l'énergie verte d'ici 2050. Selon l'ADEME, un tel objectif est tout à fait réaliste car le « gisement » exploitable de production d'énergies renouvelables est de l’ordre de 1268 Terrawattsheure (TWh) en France, pour une consommation moyenne annuelle d’environ 480 TWh. Le scénario proposé par l'ADEME implique cependant l'implantation de 46000 nouvelles éoliennes terrestres, 5000 éoliennes de mer et de nombreuses centrales solaires au sol. Mais le plus étonnant est que le coût de ce basculement vers le tout renouvelable, dans le scenario qui privilégie l’éolien terrestre, ne serait pas beaucoup plus élevé que le prix actuel de l'énergie : 119€/MWh, à comparer avec 91/MWh aujourd'hui…

A ceux qui s’inquiètent du coût excessif de la transition énergétique en France, il faut par ailleurs rappeler que, dans son rapport du 15 juillet dernier, intitulé « Pollution de l’air : le coût de l’inaction » la commission d’enquête du Sénat estime que la pollution de l’air coûterait plus de 100 milliards d’euros par an à la France, en dépenses de santé, absentéisme dans les entreprises, ou baisse des rendements agricoles. Le passage sur 20 ou 25 ans à un système de production d’énergie très largement décarbonée pourrait donc au final avoir un coût collectif négatif, si l’on soustrait le coût sanitaire et environnemental considérable lié à l’utilisation énergétique des énergies fossiles et si l’on tient compte également des nombreux emplois qui pourraient être créés dans ce secteur stratégique.

Mais il faut bien comprendre que la transition énergétique massive vers les énergies propres et décarbonées, pour indispensable qu’elle soit, ne représente au mieux qu’un tiers de l’immense défi planétaire qui nous attend. Le deuxième tiers de ce défi mondial est celui du doublement de l’efficacité énergétique de notre système économique et social, dans les domaines de la production, des transports et du chauffage des bâtiments. Il s’agit en effet de proposer au consommateur final plus de services et plus de confort en consommant toujours moins d’énergie, ce qui est à présent possible, en combinant les technologies numériques, l’emploi des nouveaux matériaux intelligents et les nanotechnologies.

Enfin, le dernier tiers, mais non le moindre, concerne la réorganisation et la réorientation des activités agricoles et la reforestation qui peuvent permettre, pour un coût global modeste, de lutter de manière très efficace à la fois contre le changement climatique et les inégalités d’accès aux ressources alimentaires, ces deux défis étant intimement liés.

Si nous savons adopter cette vision globale et multidimensionnelle, inscrire notre action dans la durée, faire preuve d’audace et d’imagination et nous affranchir des dogmes et des idéologies du passé qui nous empêchent trop souvent de penser la complexité du monde qui est en train de naître sous nos yeux, je suis certain que nous parviendrons à accomplir d’ici le milieu de ce siècle cette mutation historique sans précédent qui transformera notre civilisation et nous permettra de laisser à nos descendants un monde plus propre mais également plus prospère et plus juste.

René TRÉGOUËT

Sénateur honoraire

Fondateur du Groupe de Prospective du Sénat

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  • Gérard Lesage

    4/09/2015

    Pour sauver la planète, il faudrait réduire la population.
    C'est la surpopulation qui est à la base de tous les problèmes : pollution, dilapidation des ressources, conflits, manque d'espace, disparition des espèces, etc.
    Malheureusement, on entendra jamais les politiques dire "faites moins d'enfants".
    Il ne reste plus à la planète qu'à régler elle-même ce problème avec une grosse catastrophe...

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