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La clef du climat est au fond des mers

L'échec de la conférence de La Haye sur le climat était prévisible. Non seulement parce que les Américains refusaient de diminuer leurs émissions de gaz polluants. Mais aussi parce que l'Europe et les Etats-Unis n'étaient pas d'accord sur l'importance des forêts dans la régulation des gaz à effet de serre. Or, pour les scientifiques, ce n'est pas tant le rôle des arbres qui pose un problème que celui des océans. Quand on saura comment ces 1 320 millions de kilomètres cubes d'eau salée réagissent aux variations de température de l'atmosphère, on aura la clef du changement climatique. Si les politiques en avaient le courage, ils auraient, depuis longtemps, augmenté les moyens de comprendre le fonctionnement de ce formidable moteur thermique, qui couvre 70% de la surface de la Terre. En effet, le principal danger, pour la planète, vient de la mer. Certes, la fonte de calottes glaciaires provoquerait une montée du niveau des océans. Mais il y a pis: le réchauffement pourrait induire une modification, peut-être irréversible, des grands courants océaniques. A commencer par le Gulf Stream, qui baigne les rivages de l'Europe. Si notre continent bénéficie d'un climat aussi clément jusqu'aux hautes latitudes, c'est grâce à cette branche de l'immense fleuve invisible - baptisée «circulation thermohaline» - qui transporte le froid et le chaud d'un bout à l'autre du globe. Après avoir accumulé de la chaleur sous les tropiques, le Gulf Stream la restitue entre la Scandinavie et la péninsule Ibérique, au moment de plonger vers les grands fonds atlantiques. Plusieurs équipes d'experts ont montré comment, si les humains émettaient trop de gaz à effet de serre et si les océans en étaient saturés, le Gulf Stream - et probablement l'ensemble de la circulation océanique - pourrait ralentir, ou même cesser sa ronde bienfaitrice. La France connaîtrait alors le climat du nord du Québec. Une catastrophe. Selon Jean-Claude Duplessy, directeur de recherche au CNRS, cette perturbation pourrait avoir déjà commencé. Pour le vérifier, il faudrait multiplier les observations sur la température des eaux, leur salinité, leurs courants et leur richesse biologique. Seulement, examiner tous les paramètres qui caractérisent les océans est bien plus compliqué que d'accumuler des données sur les variations de l'atmosphère. Dans un livre essentiel, La Machine océan (Flammarion), Jean-François Minster, patron de l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer), explique comment l'océanographie est passée du domaine des naturalistes à celui des physiciens et des chimistes. Qui, à leur tour, démontrent comment le transport des eaux de surface, riches en gaz carbonique, vers les régions profondes, où ce gaz est stocké, empêche pour l'instant le réchauffement d'être aussi rapide que les calculs l'avaient prévu. Ce mystère du stockage des gaz dans l'eau est crucial. Il faudrait mettre en oeuvre une panoplie de moyens, satellites océanographiques, bouées, modélisations mathématiques, pour l'éclaircir. En 1992, Français et Américains lancent le satellite Topex-Poseidon, pour mesurer les températures, les vents et les modifications les plus infimes de la surface des océans. De quoi décoder le fonctionnement de phénomènes jusqu'alors incompréhensibles, comme El Niño, ce mouvement qui entraîne, tous les cinq à sept ans, une masse d'eau chaude installée au milieu du Pacifique depuis les abords de l'Indonésie jusqu'aux rivages américains. Les caprices d'El Niño annihilent les moussons bienfaitrices en Asie, provoquent des ouragans et des inondations en Amérique du Sud, causent des milliers de morts et des millions de dollars de dégâts. On a récemment mis en évidence un phénomène de même nature dans l'Atlantique Nord. C'est dans cet extraordinaire système thermodynamique que constituent les océans que se trouve les clés de ces changements de climat.

Express :

http://www.lexpress.fr/Express/Info/Sciences/Dossier/climat/dossier.asp?nom=mers

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