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Edito : Y aura-t-il encore des hivers en Europe à la fin du siècle ?

L'Europe se réchauffe plus rapidement que le reste du monde et les hivers froids risquent de ne plus être qu'un lointain souvenir vers 2080, selon une étude publiée le 18 août par l'Agence européenne pour l'environnement. Ce rapport alarmant prévoit que les vagues de chaleur et inondations se produiront plus fréquemment, menaçant ainsi les personnes âgées ou faibles, et les trois quarts des glaciers alpins suisses risquent de fondre d'ici à 2050 (AEE). Tout comme dans les 100 dernières années, le réchauffement sera surtout marqué au XIXe siècle dans le sud (Espagne, Italie, Grèce) et le nord-est de l'Europe. Les précipitations continueront d'augmenter dans les pays du Nord et de baisser dans les pays méridionaux. Chez ces derniers, la sécheresse sera sévère en été, avec "des conséquences considérables pour l'agriculture et les ressources en eau". La sécheresse sera entrecoupée d'épisodes de pluie intense et brutale. "Ce rapport regroupe un ensemble de données prouvant que le changement climatique est déjà en cours et qu'il a des effets très étendus - d'un coût économique souvent important - sur les personnes et les écosystèmes d'Europe", note Jacqueline McGlade, directrice déléguée de l'AEE. En moyenne, le nombre annuel de catastrophes liées au climat a doublé au cours des années 1990 par rapport à la décennie précédente et leur coût économique s'élève à 11 milliards de dollars environ, selon ce rapport qui est le premier que l'AEE consacre à l'impact du réchauffement climatique sur l'Europe. "D'après les projections, les hivers froids pourraient disparaître presque entièrement d'ici à 2080, tandis que la fréquence des étés chauds, des sécheresses, des phénomènes de fortes pluies ou de grêle pourrait augmenter fortement", dit l'étude de l'AEE, organisme de l'Union européenne siégeant à Copenhague. Les changements climatiques accroîtront sans doute la fréquence des inondations et des sécheresses comme celles qui ont frappé l'Europe ces deux dernières années, portant préjudice à l'agriculture et précipitant l'extinction d'espèces végétales, poursuit le document. Des inondations avaient fait environ 80 morts en 2001 dans onze pays européens. La vague de chaleur de l'an dernier a tué plus de 20.000 personnes en Europe de l'Ouest et du Sud. Les recherches de l'AEE concordent avec celles des chercheurs américains du NCAR (Centre National pour la Recherche Atmosphérique) qui viennent de présenter, le 12 août, les résultats d'un nouveau modèle climatique global. (Voir article dans la rubrique sciences de la terre de ce numéro). Selon ce modèle, les vagues de chaleur deviendraient plus nombreuses du fait du réchauffement du globe. Ces chercheurs soulignaient que des régions déjà soumises à la chaleur par intermittence, par exemple le Middle West américain ou la partie méditerranéenne de l'Europe, auraient à subir des épreuves encore plus marquées. Les concentrations de gaz carbonique - l'un des gaz à effet de serre reconnus comme facteurs du réchauffement de la planète - se situent actuellement, en basse atmosphère, à leur niveau le plus élevé depuis 420.000 ans et à 34 % au-dessus de ce qu'elles étaient durant la révolution industrielle du 19e siècle, indique le rapport de l'AEE. Selon l'étude, les températures ont augmenté en moyenne de 0,95 degré Celsius en Europe au cours des cent dernières années et l'on s'attend à les voir encore s'accroître de 2 à 6,3 degrés durant le siècle actuel en raison de l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre. A titre de comparaison, les températures se sont accrues de 0,2 à 0,7 degré à l'échelle mondiale durant le siècle écoulé, et l'on s'attend à les voir augmenter de 1,4 à 5,8 degrés durant ce siècle, précise le rapport. Ils jugent probable que les niveaux de la mer en Europe augmentent à un rythme deux à quatre fois plus rapide que l'accroissement observé au siècle passé - ce qui fait planer une menace sur des régions comme celle qu'occupent les Pays-Bas, où la moitié de la population vit au-dessous du niveau de la mer. Les chercheurs du NCAR mettent également l'accent sur la canicule historique que vient de connaître le Japon : plus de 30° C depuis 38 jours consécutifs, ce qui a entraîné, comme en France l'été dernier, de nombreux décès et hospitalisations depuis le début du mois. Tokyo cet été, la France en 2003, Chicago en 1995 : si l'on en croit ces chercheurs du NCAR (Gerald Meehl et Claudia Tebaldi) les vagues de chaleur devraient s'intensifier au cours du XIXe siècle. Les deux chercheurs américains ont intégré dans leur modèle mathématique les événements climatiques extrêmes qu'ont connus Chicago en 1995 et Paris en 2003. Selon leurs prévisions climatiques, ces vagues de chaleur devraient être non seulement plus intenses et plus fréquentes, mais elles pourraient également durer plus longtemps. D'après le modèle climatique des chercheurs américains, qui suppose que les rejets de gaz à effet de serre poursuivront leur tendance actuelle, ces futures vagues de chaleur sont directement liées au changement climatique mondial.

Comme un malheur n'arrive jamais seul, une étude de l'Unesco vient de montrer qu'au cours des 50 prochaines années, les océans vont connaître une augmentation de leur acidité supérieure à toutes celles qu'ils ont subies au cours des derniers 20 millions d'années ! (Voir article détaillé dans la rubrique « Sciences de la Terre de ce numéro). Selon cette étude, si la concentration de gaz carbonique atteint 800 ppm d'ici la fin de ce siècle, la dissolution de ce dioxyde de carbone dans les océans risque de diminuer la concentration en carbonates de 60 %, ce qui pourrait avoir des effets catastrophiques sur de nombreux organismes marins qui utilisent ces carbonates pour fabriquer leur squelette ou leur coquille calcaire. A terme, c'est l'ensemble de la chaîne biologique marine qui serait gravement affecté par cette augmentation excessive de l'acidité des océans.

Enfin, dernier signe alarmant révélé début août par une étude américaine (voir article dans la rubrique « Sciences de la Terre de ce numéro), il y a aujourd'hui deux fois plus d'ozone dans la basse atmosphère de notre planète qu'au siècle dernier. Cet ozone de surface, contrairement à l'ozone de la stratosphère, entraîne des effets de plus en plus néfastes pour la santé humaine et notamment une diminution de la fonction pulmonaire les jeunes enfants. Cet ozone de surface s'attaque également à la végétation. Dans les années 50, on estime que seulement 9 % des forêts tempérées étaient touchées par des pics d'ozone. Un quart des forêts mondiales sont aujourd'hui concernées. En 2100, la moitié des forêts pourrait subir des dommages.

Face à ces perspectives très sombres, mais hélas de plus en plus confirmées par des études scientifiques rigoureuses, nos pays développés vont devoir prendre très rapidement des mesures de grande envergure pour réduire de manière beaucoup plus importante les rejets de gaz à effet de serre. A cet égard il faut savoir que les modestes objectifs du Protocole de Kyoto ne sont plus à la hauteur des défis écologiques que notre planète va devoir relever. Nous allons très rapidement devoir mettre en oeuvre, au niveau européen et mondial, de nouvelles politiques énergétiques globales qui intègrent les secteurs des transports, du logement et de l'industrie. Au niveau individuel, nous allons devoir également modifier profondément nos modes de vie et nos habitudes de consommation si nous voulons éviter des catastrophes climatiques majeures -dont le coût humain, social et économique serait insupportable- d'ici la fin de ce siècle. Le temps des tergiversations et des discours est à présent révolu et nos dirigeants doivent comprendre que leur volonté et leur capacité de prendre à bras le corps cette question du réchauffement climatique, même si cela doit entraîner des mesures difficiles et impopulaires, vont devenir des enjeux électoraux et démocratiques majeurs dans les années à venir.

René Trégouët

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