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Edito : Voici les raisons pour lesquelles il faut construire un synchrotron de 3e génération en France

Le rayonnement électromagnétique produit par un Synchrotron de 3e génération est mille milliards (1012) de fois plus lumineux que le tube à rayons X qui permet à notre radiologue d'obtenir une photographie précise de notre squelette. Cette brillance extrême dans une large plage de longueurs d'onde qui va de l'Ultraviolet jusqu'aux Rayons X durs (10-11m), et ce en maîtrisant des faisceaux particulièrement fins, permet d'aller analyser la matière dans sa structure la plus intime et la plus élémentaire. Il y a quelques décennies, le rayonnement synchrotron n'intéressait que les physiciens pour mieux comprendre les structures atomiques. Mais depuis, les chimistes mais aussi les biologistes ont découvert toute l'importance des synchrotrons. C'est d'ailleurs dans ce dernier domaine que la demande croît le plus vite, essentiellement pour étudier les structures des protéines. Quand on sait que de la connaissance de ces structures dépendent les avancées essentielles qui seront faites dans ces prochaines décennies pour comprendre le fonctionnement du génome qui porte le secret de notre vie, nous ressentons que le Synchrotron est un outil singulier qui jouera un rôle important pour éclairer l'avenir de l'humanité. Cela est si vrai que de nombreux synchrotrons de 3e génération sont déjà construits ou sont en projet dans de très nombreux pays. Et cela n'est pas vrai seulement pour les Etats-Unis (qui comptent déjà 11 synchrotrons de toutes générations), le Japon (qui en a 16) ou l'Allemagne (qui en a 5) mais même des pays aux budgets plus modestes comme l'Italie, la Suède, la Suisse, l'Australie, la Thaïlande et même Taiwan ont déjà ou sont sur le point de construire des synchrotrons. Il ne faut donc pas confondre les synchrotrons avec les autres très grands équipements (TGE) scientifiques tels que les collisionneurs linéaires ou les satellites qui, certes, sont très importants mais n'intéressent que des communautés scientifiques très spécialisées et réduites. Le Synchrotron peut être comparé à un super laboratoire du futur qui permet à de nombreux chercheurs, physiciens, chimistes, biologistes qui, sans un tel outil, ne se seraient jamais rencontrés. Le Synchrotron est donc un lieu de fécondation singulier, non seulement parce qu'il permet, pour chacun d'entre eux, à quelque 2000 chercheurs venant d'horizons différents de travailler ensemble mais c'est aussi un lieu d'avenir car il réunit dans un même endroit non seulement des chercheurs fondamentaux mais aussi des étudiants (il y en a 1300 au Hasylab à Hambourg) ainsi que les chercheurs de développement des industries du futur. C'est bien ce rôle singulier de fertilisation croisée qui facilite la disparition des cloisons entre les disciplines et qui permet à l'ensemble des acteurs qui construisent l'avenir de nos connaissances, qu'ils soient étudiants, chercheurs ou industriels, de travailler ensemble et de mêler (enfin) leurs cultures, qui donne toute sa dimension de symbole au Synchrotron. Toutes les études montrent que les besoins en rayonnement synchrotron de 3e génération devraient doubler dans ces dix prochaines années. Aussi, au moment où de façon simultanée, la Grande-Bretagne (Daresbury) et la France (Le Lure) vont devoir éteindre leur unique source nationale synchrotron de 1ère et 2e générations devenues obsolètes, il ne serait pas raisonnable de penser qu'il serait suffisant, pour nos deux grands pays, de construire un seul synchrotron, de 3e génération, près d'Oxford. Certes, les anglais pourraient se montrer heureux devant une telle hypothèse puisqu'une nouvelle source synchrotron construite sur leur sol serait cofinancée par notre Pays. Mais cela serait un mauvais coup donné à l'ensemble de la Recherche française car, alors que notre communauté scientifique du synchrotron est l'une des meilleures du Monde, celle-ci risquerait de se disloquer très rapidement tant les offres que nos chercheurs reçoivent déjà d'autres pays sont alléchantes. Nous n'avons pas le droit de casser notre avenir. Or, cela peut être très rapide. L'Italie l'a malheureusement vérifié il y a quelques années quand elle a vu se briser en quelques mois sa communauté neutronique, qui était l'une des plus pointues, lorsque la décision fut prise par le pouvoir politique d'arrêter tous les réacteurs nucléaires. Certains comptables nous affirment que le fait de réserver des lignes de lumière sur le synchrotron anglais et de louer des lignes de lumière sur les synchrotrons suisse et allemand reviendrait moins cher à la France. Comme nous l'avons demandé dans le rapport que je viens de présenter avec mon collègue Député-Maire de Dieppe, Monsieur Christian Cuvilliez, devant l'Office Parlementaire d'Evaluation des Choix Scientifiques et Technologiques, et qui a été adopté à l'unanimité par tous les membres de l'Office, même cette approche est erronée si nous faisons le calcul du coût par unité de temps et par utilisateur et en ne prenant pas seulement en compte les coûts d'investissements. Nous avons montré que ces surcoûts ramenés à l'utilisateur dépasseraient les 50 % si nous comparons ces coûts avec ceux qui devraient être pris en compte sur le Budget national de la Recherche pour un synchrotron de 3e génération construit en France. Certains autres « décideurs » ont imaginé que la France pourrait se satisfaire d'un petit synchrotron de 1,5 GeV (Gigaélectronvolts) au lieu de celui de 2,75 GeV prévu dans le programme Soleil. Ce serait là aussi une erreur car cette machine, incapable de générer des X durs, n'intéresserait plus les biologistes et ne serait donc plus cet outil de fécondation porteur d'avenir. Il faut donc que le nouveau Ministre de la Recherche décide, sans tarder, de reprendre le dossier Soleil qui en était déjà à l'avant projet détaillé quand il a été brutalement stoppé il y a quelques mois et trouve les moyens d'en lancer très rapidement la construction. Pour réussir cette opération déterminante pour l'avenir de la Recherche française, le Ministre doit trouver un scientifique « manager » meneur d'hommes, gestionnaire et visionnaire auquel il devra attribuer de larges délégations pour qu'il prenne à bras le corps cette réalisation particulièrement difficile. Un statut singulier, très différent du statut actuel du Synchrotron du Lure qui le rattache à la fois au Ministère de la Recherche, au CNRS et au CEA, devra être trouvé. La Communauté des chercheurs, ingénieurs, techniciens et administratifs, dont le rôle est essentiel pour faire tourner cette machine du futur, devra également accepter de nouvelles règles du jeu, à condition qu'on sache leur rendre leur honneur et que la nation sache les rémunérer à la juste mesure des efforts qu'ils accomplissent et des espérances qu'ils portent.

René TREGOUET

Sénateur du Rhône

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