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Edito : Sachons nous ressaisir

En France, en ce début d'automne 2003, un vif débat oppose les pessimistes que certains appellent défaitistes, et les optimistes qui, contre vents et marées, défendent mordicus que nous n'avons pas de craintes à avoir pour l'avenir de notre Pays. Il est indubitable que de nombreux facteurs naturels et acquis donnent une place enviable à notre vieille Gaule. La richesse et la diversité de ses sols, son climat tempéré, mais aussi son Histoire depuis 20 siècles avec son patrimoine et sa grandeur donnent une place singulière à la France dans le concert des Nations. Mais nous aurions tort de nous endormir sur ces acquis. Alors que l'évolution agraire s'est appuyée sur les deux derniers millénaires pour lentement s'adapter, que la révolution industrielle a bouleversé notre planète en moins de deux siècles, tout laisse à penser que les prochaines révolutions ne prendront plus un millénaire ou même un siècle pour faire le tour du cadran, mais que la décennie leur suffira. Ainsi, dans cette société de l'information où l'imagination avec son chapelet d'innovations a remplacé la terre nourricière de l'ère agraire et les minerais de l'ère industrielle, notre Pays met beaucoup trop de temps pour se plonger dans ce bain de la modernité. Loin de considérer les diverses analyses internationales qui placent à un rang peu enviable notre Pays, depuis quelques années, comme autant d'éléments participant à un défaitisme ambiant, il nous faut sortir de nos certitudes et accepter, avec réalisme et objectivité, les causes de notre glissement actuel. Quand la Commission Européenne affirme que la France n'arrive qu'à la douzième place dans le classement de la richesse par habitant sur les quinze pays de l'Union, pourquoi n'y prêtons-nous pas plus d'attention. Il s'agit là d'une véritable régression puisqu'en 1991, selon la même Commission, notre Pays se classait au 2e rang pour le PIB par habitant au sein de l'UE. De 1980 à 2000, le PIB américain par habitant est passé, en dollars constants, de 22.000 à 32.419 dollars, alors que le PIB français par habitant passait de 17.250 à 22.255 dollars. Le revenu par tête d'un Français représentait 50 % de celui d'un Américain en 1945, 80 % en 1990, 63 % en 2002... Diverses études récentes de l'OCDE mettent en évidence que le retard pris par notre Pays dans la mise en place et l'utilisation des Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication (NTIC) expliquent pour un tiers ce différentiel d'évolution entre la France et les Etats-Unis. Les TIC n'auront contribué que pour 0,2 à 0,3 % par an, dans ces 20 dernières années, à la croissance du PIB en France, alors que, à cette même période, cette contribution dépasse les 1 % par an aux Etats-Unis. Selon le dernier rapport de Mc Kinsey, la France qui avait presque retrouvé le niveau de productivité des Etats-Unis en 1995 est de nouveau en train de se faire distancer. Non seulement le nombre d'heures travaillées régresse dans notre Pays, alors qu'il augmente aux Etats-Unis, mais la productivité horaire augmente dorénavant davantage de l'autre côté de l'Atlantique (+2 % par an) qu'en France (+1,1 %). N'oublions pas que dans les décennies précédentes, la France progressait plus vite que les Etats-Unis... Cette étude Mc Kinsey rejoint les conclusions d'Alan Greenspan qui pense que le décollage de la productivité américaine depuis 1995 a été provoqué, non par les ordinateurs de bureau, mais par une deuxième vague IT bien plus décisive : celle des réseaux numériques. Selon le récent rapport publié par l'OCDE intitulé « Le renouvellement de l'ancienne économie : étude comparative internationale », si on ne tient pas compte de la croissance des secteurs de le Nouvelle Economie, les USA auraient eu une croissance industrielle à peine plus forte que celle de l'Europe. La phase difficile que traverse actuellement l'industrie automobile américaine à Détroit semble confirmer cette analyse. Il en résulte que les 2 % d'écart dans la croissance annuelle du PNB entre l'Europe et les USA s'expliquent pratiquement intégralement par la présence des secteurs des Nouvelles Technologies. Si elle ne se ressaisit pas, l'Europe risque fort de s'enfoncer dans un déclin irréversible et fatal au XXIème siècle selon un récent rapport de l'IFRI (Institut Français des Relations Internationales). Cette étude montre en effet, de manière implacable, que si les tendances lourdes actuellement constatées se prolongeaient, la croissance moyenne de l'Union Européenne plafonnerait à 2,3 % l'an jusqu'en 2020, puis chuterait à 1,1 % entre 2020 et 2050. En conséquence, son poids dans la production mondiale passerait de 23 % en 2000 à 21% en 2020 pour se retrouver à 12 % seulement en 2050. Une division par deux de notre puissance économique en un demi-siècle ! L'Amérique, en revanche, maintiendrait sa place, passant de 25 % du PIB mondial en 2000 à 24 % en 2020 et 23 % en 2050. Dans le même temps, l'Asie monterait en puissance, en passant de 35 % en 2000 à 43 % en 2020 puis 45 % en 2050. « L'Union Européenne pèserait de moins en moins sur le cours de la mondialisation », selon l'IFRI. Mais, soyons en bien convaincus, la situation n'est pas irréversible. Comme je le préconisais, il y a plus de 5 déjà, dans mon ouvrage : « Des pyramides du Pouvoir aux Réseaux de Savoir »

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et

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html #heading167 ), l'Europe a une réelle chance pour l'avenir si, après avoir réussi sa monnaie commune, elle sait mettre en synergies et valoriser toutes les expertises acquises par notre vieux continent depuis plus de deux millénaires. Hier, il nous a fallu faire des guerres et coloniser une partie du Monde pour trouver et exploiter les minerais nécessaires à la révolution industrielle. Aujourd'hui, grâce à notre long passé culturel, scientifique et social, c'est sur notre Continent Européen que se trouve la plus haute densité de la matière première de l'économie du futur : je veux parler de la connaissance et de l'expertise. Ne laissons pas en jachère ces terres intellectuelles si fertiles, et sachons exploiter ce savoir-faire acquis depuis des siècles, et je suis convaincu que derrière les sombres nuages actuels nous verrons rapidement briller un soleil nouveau.

René TRÉGOUËT

Sénateur du Rhône

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