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Le projet MyLifeBits veut compiler nos vies sur disque dur.

A 68 ans, l'Américain Gordon Bell a entrepris de se débarrasser de ce qui encombre ses tiroirs et sa vie : lettres, factures, photos, disques, vidéos, etc. Ce n'est pas pour le simple plaisir de faire place nette. Ces reliefs de son existence, Bell les transfère sur un disque dur (après numérisation si nécessaire) afin de bâtir une mémoire multimédia de sa vie, infaillible et facile à fouiller avec un moteur de recherche. Mon anniversaire en 1995? Instantanément ressurgissent du «cerveau de secours» les photos de la fête, les petits mots envoyés à l'occasion, les notes de l'agenda et les conversations téléphoniques du moment - car Bell jette également dans son puits numérique ses coups de fil (il les enregistre tous), ses e-mails, fax et tutti quanti. Toute une vie au bout des doigts, mise en toile avec son et images, que les descendants de Bell pourront consulter après sa mort. Baptisé MyLifeBits (les bouts de ma vie), le projet est mené par cinq chercheurs au sein d'une petite structure, le Media Presence Research Group, basée au coeur de San Francisco. MyLifeBits est infiniment séduisant: belle simplicité conceptuelle, pas d'obstacle technique majeur. Son initiateur est un homme respectable : Gordon Bell fut un des pères du mini-ordinateur chez Digital Equipment, puis conseiller de l'administration américaine pour les stratégies informatiques, visionnaire des technologies et auteur prolixe. Mais le plus spectaculaire est peut-être que ce travail est entièrement financé par Microsoft. Le Media Presence Research Group est en effet une unité du BARC (Bay Area Research Center), l'un des cinq laboratoires de recherche du géant du logiciel. Bell pense que le Memex est désormais à notre portée. «Dans cinq ans, des disques durs d'une capacité d'un téra-octet (mille milliards d'octets) seront disponibles pour moins de 300 euros.» De quoi stocker des dizaines de milliers de documents divers, en évitant toutefois d'abuser de la vidéo (de loin la plus forte consommatrice de mémoire). Aujourd'hui, Bell achève de numériser et stocker sa «vie multimédia», soit environ 20 000 documents écrits, 40 000 e-mails, 8 000 photos, 7 giga-octets de musique et 3 giga-octets de vidéo. Plus, évidemment, tout ce qu'il continue de collecter chaque jour. Pour former une «toile intelligente», ces documents doivent être annotés avec quelques mots clés (automatiquement ou manuellement). Demain, sans doute, nos appareils photo, caméras et PC feront-ils le travail tout seuls, au moment même de la saisie des documents. Mais cette aventure, qui pourrait tous nous concerner à terme, est aussi d'une redoutable radicalité. Ces «cerveaux de secours» ne sont pas destinés à rester à domicile sur nos PC, mais à être stockés en ligne sur des serveurs d'Internet. Car, quitte à tout flanquer à la corbeille, autant se débarrasser des disques durs par la même occasion. Or, des cerveaux virtuels éparpillés sur le réseau ne manqueraient pas de soulever des problèmes de confidentialité, avec des risques importants d'exploitation malveillante.

Libération : http://www.liberation.com/page.php?Article=75015

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