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Ombrea : des ombrières intelligentes pour adapter l’agriculture au réchauffement climatique

L’agriculture est à la fois la première responsable et la première victime du réchauffement climatique. D’après le rapport du Giec, elle est émettrice d’un quart des émissions mondiales de gaz à effets de serre lorsque l’on prend en compte la déforestation, à travers les émissions de méthane des élevages et du protoxyde d’azote lié à l’utilisation d’engrais azotés. Mais toujours selon le Giec, si l’augmentation des températures mondiales venait à dépasser les 2 degrés d’ici 2100, les cultures, telles que nous les connaissons, n’y survivraient pas.

Le secteur agricole est en effet très sensible aux aléas climatiques, surtout dans nos systèmes de production actuels où la monoculture nécessite des conditions stables. Or le réchauffement climatique conduit irrémédiablement au dérèglement du climat. Ce qui nous laisse craindre dans les prochaines décennies la multiplication de phénomènes météorologiques extrêmes comme les canicules, les sécheresses, la salinisation des sols, de grandes variations d’épisodes pluvieux, les inondations ou encore la prolifération des parasites et des maladies.

En France, certains de ces phénomènes ont déjà été observés et semblent s’accélérer depuis le début du siècle. Rien que cette année entre vagues de chaleur successives, sécheresse et épisodes de grêle tardifs au moment de la floraison, les agriculteurs ont été largement éprouvés.

Partout dans le monde, les États devront rendre les systèmes agricoles plus résilients s’ils veulent conserver leur souveraineté alimentaire. Préserver la biodiversité, les eaux et les sols, devient une urgence.

Repenser nos modes de production, de consommation, changer nos pratiques agricoles : les réponses sont multiples. ONG, associations et syndicats agricoles, tous militent pour un changement. Du recul de l’agriculture industrielle au profit de l’agriculture bio, de la permaculture, de l’agroforesterie, à la consommation de produits locaux et de saison. Du côté de l’innovation, l’agri tech française avance et quelques beaux fleurons tricolores émergent. C’est le cas d’Ombrea, une jeune pousse aixoise créée il y a six ans par une famille d’agriculteurs.

C’est en effet par nécessité que cette trentenaire s’est lancée avec son père dans l’entreprenariat en 2016. Cette année-là, Christian Davico avait perdu un quart de sa production à cause de la sécheresse. « On avait beau arroser, les plantes grillaient littéralement sur pied » se souvient-elle. Horticulteur dans les Bouches-du-Rhône, il n’en était pas à sa première calamité. Mais à ce rythme-là, la question de la survie de l’exploitation était bel et bien en jeu. Une inquiétude partagée par de nombreux voisins et membres de la famille, du grand père maraîcher, à l’oncle viticulteur ou la sœur éleveur de chevaux autour de Sainte Victoire et Aix-en-Provence.

Comment s’adapter à ces épisodes de sécheresse de plus en plus fréquents ? Comment protéger les cultures de la chaleur ? D’une question urgente d’agriculteur est arrivée une réponse d’ingénieur : des ombrières mobiles qui protègent quand cela est nécessaire. Le projet, tout d’abord soumis à un bureau d’étude, a donné naissance à un premier projet pilote. Installés sur des rampes coulissantes, des panneaux solaires automatisés s’ouvrent et se ferment à l’image d’un volet quand la température est trop haute. Si dans un premier temps, la réflexion portait sur la modulation des températures pour éviter la sécheresse, très vite l’entreprise comprend qu’il faut aller plus loin.

Les fondateurs d’Ombrea décident alors de former leur propre équipe de recherche et développement et emploient maintenant près d’une cinquantaine de salariés. Docteurs en biologie, agronomes, ingénieurs informatique et mécatronique ont mis au point une technologie de rupture plusieurs fois brevetée qui vise à protéger les cultures, améliorer leur rendement et produire de l’énergie verte.

Les installations que propose aujourd’hui l’entreprise se sont sophistiquées pour s’adapter à tous types de cultures. Des rampes hautes pour la vigne sont devenues rotatives pour les arbres fruitiers. Équipées de capteurs pilotés par intelligence artificielle, les panneaux sont capables de changer de position en temps réel en fonction des conditions météorologiques. Ombrea a créé un outil qui modère non seulement les effets des sécheresses mais qui peut aussi prévenir les gelées ou la grêle et assure au final un bon développement des plantes. « En modifiant l’ombrage, on arrive à modifier la lumière, la température, l’humidité et cela a des conséquences très fortes pour les cultures en dessous. On économise plus de 20 % d’eau en créant un microclimat optimal pour le bon développement de la plante » affirme Julie Davico-Pahin.

Une dizaine d’exploitations agricoles sont aujourd’hui équipées d’ombrières dynamiques. Des exploitations privées, que ce soit du maraîchage en circuit court près d’Aix-en-Provence, des vergers de pruniers ou de grenades dans le Var et des vignobles dans le Sud-Ouest mais également des collectivités locales comme Châteauneuf-le-Rouge, une commune des Bouches-du-Rhône qui a soutenu un projet de maraîchage pour produire des légumes pour la cantine de l’école et de la maison de retraite.

Selon les premiers retours d’expérience, le système de protection climatique d’Ombrea a permis une augmentation de rendement d’environ 20 %, c’est le cas notamment pour l’horticulture. Pour la vigne, les premières données sont également positives. Moins de soleil permet en effet des taux de sucre et d’alcool moins élevés. D’une manière générale, pouvoir réguler l’ensoleillement évite le stress hydrique des plantes et garantit une meilleure qualité des fruits et légumes, estime Pierre-Antoine Chuste, le responsable scientifique d’Ombrea.

Depuis sa commercialisation, Ombrea a équipé de son système d’ombrières dynamiques environ 120 hectares de culture. Son objectif est d’atteindre les 1 000 hectares en 2027. La France est un pays pionnier de l’agrivoltaïsme avec Israël et les États-Unis mais Ombrea affirme être seule à garder une approche agricole. « Nous nous sommes donnés une ligne de conduite très claire » affirme la jeune cheffe d’entreprise. « L’impact doit être positif pour l’agriculture. La production d’énergie solaire n’est pas notre priorité ». Autrement dit, l’algorithme qui pilote les panneaux solaires a été élaboré pour répondre aux besoins des agriculteurs face aux urgences climatiques. La production solaire, loin d’être négligeable, reste toutefois un objectif subsidiaire.

Article rédigé par Georges Simmonds pour RT Flash

Radio France

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