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Edito : Une nouvelle révolution de la Biologie

Décidément la biologie est bien en train de connaître la plus grande révolution de son histoire et chaque mois qui passe révèle de nouvelles et extraordinaires possibilités de duplication et de régénération du vivant. Après les fantastiques propriétés de régénération et de restauration fonctionnelle des cellules-souches embryonnaires et adultes, mises en évidence au cours de

ces derniers mois et souvent évoquées dans notre lettre (voir dans la rubrique médecine de notre lettre n°206 l'article sur le traitement révolutionnaire de l'artérite par injection de cellules souches de moelle épinière et sur les potentialités des cellules-souches pour traiter les maladies des yeux) c'est à présent la découverte de l'existence d'un mécanisme universel, jusqu'alors ignoré, gouvernant le vivant et sa reproduction, qui vient bouleverser les sciences de la vie. Ce mécanisme baptisé "ARN interférents" par les scientifiques, permet de "mettre en veille" certains gènes pathogènes responsables du déclenchement de graves maladies. La compréhension et la maîtrise de ce mécanisme ouvrent des perspectives aussi immenses qu'imprévisibles en ce qui concerne les génomes végétaux, animaux et humains. Cette découverte, diffusée au grand public, samedi 10 août, par le quotidien anglais The Independent ( Independant du 10-08-2002 http://www.independent.co.uk/story.jsp?story=323027) pourrait donner naissance à des outils thérapeutiques d'un nouveau type contre les maladies infectieuses et virales mais aussi contre les cancers. Bien qu'il soit encore trop tôt pour mesurer la portée exacte de cettedécouverte, la communauté scientifique est persuadée que cette possibilité de désactivation des gènes par interférence de l'ARN ouvre des perspectivesthérapeutiques nouvelles qui viennent prolonger et amplifier celles déjà entrevues par le séquençage de la totalité du génome de l'espèce humaine. La révolution a débuté, en 1990, avec les expérimentations sur les mécanismes moléculaires de coloration des pétunias du professeur Richard Jorgensen de l'université de l'Arizona, à Tucson. A partir de la technique génétique dite "antisens", il était parvenu à obtenir un changement de couleur de ses pétunias en intégrant dans leur patrimoine héréditaire des gènes capables de modifier la lecture des gènes végétaux naturellement impliqués dans la coloration. Comme cela est souvent le cas en science, le professeur Jorgensen venait, sans le savoir, d'utiliser le mécanisme d'"interférence de l'ARN". Ce n'est qu'en 1998, avec les travaux conduits sur un ver (Caenorhabditiselegans) et sur une mouche (la drosophile) publiés dans la revue scientifique Nature, que l'existence généralisée de ce mécanisme de désactivation des gènes a pu être mis en lumière dans d'autres genres vivants. Depuis, les travaux des équipes dirigées par Gordon Carmichael (université du Connecticut) et Philip Sharp (Massachussets Institute of Technology, Cambridge) ont révélé l'existence de minuscules fragments d'informations génétiques, présents dans les cellules sous la forme d'ARN - la molécule qui traduit l'ADN en protéines - capables d'"interférer" dans la lecture de l'information biologique contenue dans l'ADN.

l'ARN interférent est sans doute le plus ancien moyen de lutte contre les agents infectieux, et l'un des mécanismes fondamentaux de la vie. Mais au fil de l'évolution, les vertébrés ont abandonné ce système de défense archaïque au profit des anticorps et des interférons. Aux origines de la vie, ces petits ARN venaient se coller aux ARN viraux, neutralisant ainsi les virus. Les plantes et les invertébrés s'en servent toujours ainsi. Chez les humains, ces éléments se sont reconvertis en

«horlogers des gènes» : les ARN interférents allument ou éteignent les gènes en fonction des besoins de l'organisme. Ces équipes américaines ont révélé, récemment, dans la revue Nature, qu'un tel mécanisme pouvait être utilisé à des fins thérapeutiques. Ces deux équipes viennent en outre de démontrer in vitro qu'elles pouvaient, en utilisant ce mécanisme, prévenir l'infection de cultures de cellules humaines par des virus responsables, d'une part, de la poliomyélite et, d'autre part, du sida. Cette nouvelle découverte éclaire le décryptage du génome humain d'une lumière nouvelle car, outre les 30 000 gènes dont la cartographie complète est attendue en 2003, les chercheurs vont également devoir décrypter ces innombrables fragments d'ARN qu'ils ont longtemps négligés. A présent les chercheurs vont accélérer les essais visant à introduire ces minuscules fragments d'ARN dans le noyau cellulaire afin d'essayer de commander la désactivation des gènes les plus pathogènes, notamment ceux qui permettent le déclenchement de graves maladies virales ou de cancers. Il ne fait désormais plus aucun doute que l'on parviendra, à terme, à contrôler de manière de plus en plus fine et sélective l'activation et la désactivation d'un nombre croissant de gènes, et ce contrôle de l'activité génétique deviendra évidemment un fantastique outil thérapeutique dans le traitement d'une multitude de maladies de nature bactérienne, virale ou cancéreuse. Si l'on imagine les extraordinaires possibilités thérapeutiques ouvertes par l'utilisation de ces interrupteurs génétiques et les potentialités régénératrices des cellules-souches, qui ne cessent de se confirmer et de s'étendre, on peut, même en faisant preuve d'un optimisme prudent et en tenant compte des difficultés techniques de maîtrise de ces nouvelles connaissances fondamentales, prévoir que la biologie, la médecine, et plus largement la santé et les conditions de vie de nos populations vieillissantes, vont connaître au cours des 20 prochaines années une révolution aux conséquences sociales, économiques et morales sans précédent dans la longue histoire de l'humanité. Grâce à ces progrès décisifs dans la connaissance et la maîtrise des mécanismes fondamentaux du vivant, l'espérance de vie sans incapacité (EVSI), qui constitue un indicateur fondamental de qualité de vie, va très probablement continuer accroître encore plus vite que l'espérance de vie à la naissance (c'est déjà le cas actuellement), qui augmente d'un an tous les 4 ans, en France. Dans cette perspective, il est plus que jamais essentiel que notre pays prenne toute sa place dans cette aventure scientifique et humaine exaltante et consacre à la recherche, notamment dans ce domaine des sciences de la vie, des moyens exceptionnels, à la hauteur des enjeux et des espoirs immenses

qui s'annoncent.

René TRÉGOUËT

Sénateur du Rhône

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