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De nouveaux médicaments grâce à la génétique

Comment découvrir de nouveaux médicaments ? L'empirisme, le hasard ou encore le «screening» systématique sur des modèles cellulaires ont permis jusqu'à présent de mettre au point la pharmacopée mondiale actuelle, impuissante encore pour un trop grand nombre de maladies. La société biopharmaceutique Pharnext, créée à Paris par le Pr Daniel Cohen, découvreur du génome humain, s'est lancée un défi de taille : mettre au point des nouveaux médicaments contre les maladies incurables, à partir de l'analyse de leurs caractéristiques génétiques et biomoléculaires. Le premier produit issu d'une telle stratégie baptisée «pléothérapie» destiné à traiter la maladie neuromusculaire de Charcot-Marie-Tooth a été testé chez l'animal avec des résultats tellement satisfaisants, que le laboratoire français Ipsen vient de conclure cette semaine avec Pharnext un accord de recherche et de développement pour ce nouveau médicament.

«La biologie des réseaux, discipline phare de l'ère postgénomique, permet d'abord d'établir l'inventaire des biomolécules impliquées dans les processus physiologiques et pathologiques. Il est désormais clairement établi que les fonctions biologiques dépendent de multiples réseaux moléculaires très intriqués», expose le Pr Daniel Cohen, président de Pharnext.

Ainsi, l'idée classique de ne traiter une maladie que par une seule molécule ne correspond pas à une réalité biologique. «Des médicaments composites, combinant plusieurs molécules restaureraient plus efficacement des réseaux pathologiquement perturbés», poursuit le professeur. Ainsi la démarche de Pharnext vise à identifier toutes les molécules perturbées dans une affection donnée grâce à une analyse génétique complexe, puis de détecter par différents tests, parmi les 1 000 médicaments disponibles hors brevet, ceux qui seraient susceptibles d'avoir une efficacité thérapeutique sur cette pathologie.

Et enfin, de réaliser des essais cliniques avec cette combinaison de molécules à faibles doses, sur des modèles animaux, dans un premier temps, pour confirmer l'impact de la thérapie sur la pathologie ciblée. C'est ce schéma qui vient d'être appliqué avec succès pour l'instant sur la maladie de Charcot-Marie-Tooth et qui en train d'être élargi à nombre d'autres maladies.

La maladie de Charcot-Marie, une affection neurologique grave, concerne 30 000 personnes en France et trois millions dans le monde.

Il s'agit d'une altération des nerfs périphériques d'origine génétique très invalidante pour laquelle aucun traitement n'existe jusqu'à présent. «Le réseau des perturbations biomoléculaires a été reconstruit à partir des 30 gènes humains en cause dans cette maladie, précise le Pr Cohen. Différents mélanges de médicaments existants destinés a priori à une autre maladie ont été retenus et ont produit en expérimentation cellulaire et animale des résultats impressionnants. En particulier, des animaux, handicapés par une affection similaire ont réussi à remarcher.»

De tels mélanges, assemblés en un seul comprimé, devraient présenter un bon profil d'innocuité, car ils sont composés de médicaments déjà autorisés et chacun est administré à très faible dose (jusqu'à cent fois moins que pour leur indication usuelle) selon Pharnext. Cette diminution de dosage serait possible grâce à la synergie entre les médicaments combinés.

En plus de la maladie de Charcot-Marie-Tooth, Pharnext a développé un pipeline breveté de «pléomédicaments», pour plusieurs maladies graves, et principalement la maladie d'Alzheimer. Les premiers tests sur l'homme dans la maladie de Charcot-Marie-Tooth devraient débuter dans quelques mois.

Figaro

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