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Edito : Notre Mode de vie influence fortement notre Destin

Selon un récent sondage réalisé par l’Ifop, plus de 70 % de la population place la santé en tête des clés du bonheur, devant l’amour (50 %) et un revenu suffisant 21 %). Mais quelles sont les véritables conditions d’une bonne santé ? A cette question, il est frappant de constater que, pour beaucoup de nos concitoyens, le fait de rester en bonne santé serait essentiellement lié à des facteurs génétiques (bonne hérédité) ou à des causes exogènes, contre lesquelles nous avons peu de prise (pollution, alimentation industrielle, etc…)

Pourtant, si l’on prend le temps d’analyser sérieusement la littérature scientifique et les grandes études épidémiologiques sur le sujet, on constate que la réalité est bien différente et que nos comportements et modes de vie jouent bien un rôle essentiel dans la préservation de notre santé et notre durée de vie.

L'ONU, qui souhaite, d'ici 2030 , réduire de 30 % les décès prématurés dus à des maladies chroniques (cancers, maladies cardiovasculaires, diabète...), vient ainsi de publier une étude qui révèle que ces maladies non transmissibles ont provoqué en 2016 40,5 millions de décès dans le monde (sur un total de 57 millions), soit sept décès sur dix. Ces maladies, dites « de société » sont donc devenues à présent  la principale cause de mortalité au niveau mondial, loin devant les autres causes, comme les maladies infectieuses, telles que les maladies diarrhéiques, la tuberculose, le sida, la rougeole ou le paludisme, qui sont responsables d’environ 14 millions de morts par an.

Une récente étude australienne a  mis en évidence une corrélation entre réduction de la consommation de tabac et d'alcool et mortalité par cancer, en Australie. Cette étude montre clairement qu'une diminution de la consommation d'alcool et de tabac au niveau de la population peut réduire la mortalité globale par cancer, en particulier chez les hommes et les femmes âgés (Voir Eurekalert).

Ils ont ainsi analysé et comparé les données de consommation d'alcool et de tabac et la mortalité par cancer entre 1935 et 2015 d'Australiens âgés de plus de 15 ans. En prenant en compte les effets retardés de la réduction de la consommation de tabac et d'alcool, les auteurs ont estimé qu'une réduction annuelle de 1 litre de la consommation d'alcool par habitant diminue de 3,9 % la mortalité globale par cancer sur une période de 20 ans. De même, une réduction de 1 kg de tabac annuelle par habitant est associée à une diminution de la mortalité de 16 %. Rappelons que l’OMS vient, pour sa part, de publier un rapport dans lequel elle souligne que l’alcool tue au moins trois millions de personnes par an chaque année dans le monde, soit un décès sur vingt à l’échelle mondiale…

Cette étude confirme pleinement les conclusions du rapport très complet publié en 2016 par l'Institut des mesures et évaluations de la santé (IHME) (Voir The Lancet). Ce rapport rappelle que, contrairement à l’opinion la plus répandue, ce ne sont pas les maladies transmissibles qui provoquent le plus de décès dans le monde, mais des affections liées au mode de vie, telles que les pathologies cardiovasculaires, le diabète, ou encore la maladie d'Alzheimer.

Selon cette étude rassemblant les causes de décès de 195 pays et territoires, l'espérance de vie dans le monde a augmenté de plus de 10 ans entre 1980 et 2015, pour atteindre 69 ans en moyenne chez les hommes et 78,4 ans chez les femmes, principalement à cause de la forte réduction de la mortalité pour de nombreuses maladies transmissibles, comme le Sida ou le paludisme. Résultat, sur les 56 millions de décès constatés en 2015, 70 % ont été causés par des maladies non transmissibles, souvent liées au mode de vie (alimentation, activité physique, tabac, alcool, etc.).

Il est vrai que depuis une trentaine d’années, le surpoids et l’insuffisance d’activité physique, accélérés par l’avènement de la société numérique et l’invasion des écrans portables sont devenus de véritables fléaux sociaux et sanitaires, puisque les maladies coronariennes et les accidents vasculaires cérébraux sont à présent les premières causes de mort prématurée. Une récente étude souligne qu’au niveau mondial, près de 31 % des adultes âgés de 15 ans et plus manquaient d’activité physique en 2008 (hommes 28 % et femmes 34 %).

Une autre étude publiée en 2016 dans le « Lancet » et intitulée « L’activité physique peut-elle compenser la mortalité liée à la sédentarité » (Voir The Lancet) estime pour sa part que la sédentarité est associée à plus de cinq millions de décès dans le monde chaque année. Cette recherche montre toutefois qu’il est possible d’annuler le risque accru de décès lié à une position assise huit heures par jour, en faisant au moins une heure d'exercice quotidien.

Il faut également évoquer une vaste étude très complète, publiée le 4 septembre dernier et qui confirme les ravages de la sédentarité au niveau mondial, en révélant qu’1,4 milliard d’individus ont un risque accru de maladies non-transmissibles (comme le cancer, les maladies cardiovasculaires ou encore le diabète de type 2 et la démence), du fait de leur manque d’exercice physique. Cette étude souligne également que le manque d’activité a progressé de 5 % dans les pays riches entre 2001 et 2016 (Voir The Lancet).

Ainsi, selon ces données recueillies dans 168 pays auprès de 1,9 million de participants adultes, en 2016, 1 femme sur 3 et 1 homme sur 4 ne respectaient pas les recommandations en matière d’activité physique santé. L’OMS conseille en effet de pratiquer régulièrement une activité d’intensité modérée à raison de 150 minutes par semaine, ou d’intensité plus élevée pendant 75 minutes hebdomadaire.

La situation est tout aussi préoccupante en France : selon une récente communication de la Fédération Française de Cardiologie, nos enfants ont perdu en 40 ans un quart de leurs capacités cardio-respiratoires. Là où un collégien moyen mettait 3 minutes pour courir six cents mètres, il lui faut une minute de plus aujourd'hui ! L’étude rappelle également qu’il y a plus de 16 millions de malades chroniques en France et trois Français sur dix en surpoids (31 %).

Selon l'OMS, l'inactivité physique serait déjà responsable de 9 % des décès en France. L'excès de poids accroît en effet le risque de contracter une maladie chronique et de décéder prématurément. Cette sédentarité excessive a aussi un coût social croissant : celui-ci serait de l’ordre de 20 milliards d’euros par an selon une étude réalisée par le Trésor public…

Rappelons qu’en 2015, une étude réalisée par la Direction générale de la santé et l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), sous la direction de l’économiste Pierre Kopp, avait pour la première fois, tenté d’évaluer le coût global du tabac et de l’alcool pour la collectivité nationale.

Selon lui, le tabac coûterait chaque année 120 milliards d’euros à la société française, l’alcool 120 milliards d’euros également, les drogues illicites 8,7 milliards d’euros, soit, au total, un coût faramineux de 250 milliards d’euros pour la collectivité, soit environ 10 % de la richesse nationale créée chaque année ! Pour en arriver à ce chiffre terrible, cet économiste réputé a d’abord pris en compte le nombre de vies perdues chaque année en raison des drogues légales et illégales, soit 49 051 décès liés à l’alcool, 78 966 liés au tabac et 1 605 aux drogues illicites.

Pierre Kopp a également intégré le nombre de malades liés à ces consommations (672 000 pour le tabac, 1,2 million pour l’alcool). Il a recensé les dépenses engagées par l’Etat pour les soins, la prévention et la lutte contre l’alcoolisme et le tabagisme, soit environ 30 milliards d’euros par an. Enfin, ce chercheur a pris en compte les économies de retraites non versées et les recettes apportées par les taxes (13,3 milliards d’euros). Ce travail lui permet de contester formellement l’idée tenace selon laquelle ces deux drogues licites rapporteraient au final à l’Etat plus qu’elles ne coûtent. Comme le souligne Pierre Kopp « En réalité, la taxation sur les alcools ne représente que 37 % du coût des soins des maladies engendrées par l’alcool ».

Au niveau mondial, la situation n’est guère plus réjouissante : Selon le dernier rapport sur l'usage des drogues licites et illicites paru dans la revue Addiction (voir Addiction), l’alcool et le tabac restent de loin les drogues les plus consommées dans le monde et celles qui font le plus de dégâts sur la santé humaine. En analysant les données 2015 de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), une équipe internationale regroupant plusieurs universités notamment celles de Nouvelle-Galles-du-Sud (Australie), de Bristol, et l'University College de Londres (Grande-Bretagne) a confirmé que l’alcool et le tabac sont, de loin, les deux substances qui font le plus de ravages sur la santé humaine.

La prévalence (nombre de cas d'une maladie dans une population donnée) estimée parmi la population adulte est, en effet, la plus élevée pour la consommation excessive d'alcool, avec 18,3 % (un adulte sur cinq) suivi de près par le tabagisme quotidien (15,2 %) soit un adulte sur sept. Vient ensuite le cannabis, avec 3,8 %, suivi des amphétamines (0,77 %), des opioïdes (0,37 %) et de la cocaïne (0,35 %). L’étude précise qu’en 2015, l'alcool et le tabac ont coûté à la population humaine mondiale plus d'un quart de milliard d'années de vie en bonne santé. Enfin, le taux de mortalité attribuable à ces substances est également le plus élevé pour le tabac (110,7 décès pour 100 000 personnes), suivi de l'alcool et des drogues illicites (33,0 et 6,9 décès pour 100 000 personnes, respectivement).

S’agissant des conséquences sur notre santé d’une alimentation trop riche et déséquilibrée, le célèbre gérontologue italo-américain et professeur de biologie, Valter Longo, a récemment publié un essai remarqué qui fait le point sur ses trente ans de recherches (Voir Science Translational Medicine). Selon cet éminent scientifique, il est primordial de réduire sa consommation de protéines animales, afin de favoriser l'ingestion de bonnes graisses : 0,7g de viande par kilo et par jour serait ainsi suffisant. A titre d'exemple, une femme de 60 kg devrait manger 42g de viande par jour et un homme de 80kg devrait se contenter de 56g. Valter Longo recommande de privilégier le poisson, les fruits de mer, les légumes, les céréales, les fruits secs et l’huile d’olive, en espaçant les trois repas quotidiens (petit-déjeuner, déjeuner et dîner) sur une amplitude minimale de 12 h.

Citons également une récente étude réalisée par le Département de santé publique de l’Ecole Médicale de Londres. Ce travail portait sur 1 264 hommes britanniques âgés de 66 ans en moyenne, sans perte d’autonomie au départ de l’étude. Il s’agissait de savoir si leur alimentation avait un impact sur leur mobilité 15 ans plus tard (Voir European Journal of Nutrition).

L’alimentation a été analysée en tenant compte de deux critères. D’abord, le critère alimentaire qui mesure la proximité des habitudes avec le régime méditerranéen (fruits, légumes, légumineuses, pain sous forme complète, autres céréales, huile d’olive, produits laitiers maigres, poisson, et prise modérée de viande, pour le « Elderly Dietary Index » (EDI). L’autre critère pris en compte est nutritionnel et concerne la limitation en graisses saturées, sucres et cholestérol, la consommation en protéines, glucides, fibres et graisses polyinsaturées et la consommation de fruits. La limitation de la mobilité a été évaluée à partir de la capacité à monter ou descendre les escaliers, ou à parcourir 400 m environ.

Le moins que l’on puisse dire c’est que les conclusions de l’étude sont édifiantes, puisqu’elle montre qu’un score favorable sur les deux critères retenus est associé à une réduction de moitié du risque global de perte de mobilité après 80 ans, y compris en tenant compte des différents facteurs personnels (pratique ou non d’un sport, consommation d’alcool ou de tabac) Mieux, l’étude montre même que, pour les sujets qui ont l’alimentation la moins équilibrée (beaucoup de graisses saturées, peu de fruits et légumes, peu de fibres, beaucoup de viande rouge et d’aliments transformés), ce risque de perte d’autonomie est multiplié par 3,28...

Ce poids de l’alimentation dans les risques de décès prématuré et de pathologies graves vient encore d’être confirmé par une autre étude de l’Inserm (Voir PLOS). Dans ce travail, les chercheurs ont utilisé les données provenant de 471 495 Européens provenant de dix pays différents.

Les participants, qui ont été suivis en moyenne pendant 15 ans, entre 1992 et 2014, faisaient partie de l'étude Epic (European prospective investigation into cancer and nutrition) et avaient répondu à des questionnaires alimentaires. Les chercheurs ont relevé 49.794 nouveaux cas de cancers, parmi lesquels les plus fréquents étaient : 12.063 cancers du sein, 6.745 cancers de la prostate et 5.806 cancers colorectaux. Le régime de chaque participant a été noté à l'aide de l'outil FSAm-NPS qui attribue un score d'autant plus élevé que l'alimentation du participant est mauvaise. Les chercheurs ont enfin recoupé ces scores nutritionnels et les cas de cancers constatés et ont pu montrer qu'il existait un lien de causalité directe entre risque de cancer et mauvaise alimentation.

Citons également l’étude publiée il y a peu et réalisée par des chercheurs de l’Institut Karolinska de Stockholm qui a montré sur 68 000 Suédois âgés de 45 à 83 ans, suivis pendant 16 ans, que les participants qui adoptaient un régime basé sur une forte consommation de fruits, de légumes, de fromage pauvre en graisses, de noix, et qui buvaient régulièrement du thé, du café, du chocolat et du vin rouge en petite quantité, réduisaient leur risque de décès, toutes causes confondues de 18 %. Quant à leur risque de mortalité cardiovasculaire, il était réduit de 20 % et celui de mortalité par cancer, de 13 % (Voir Wiley).

Mais l’étude sans doute la plus édifiante est celle, globale, réalisée en 2016 par des chercheurs canadiens et portant sur les conséquences conjointes du tabagisme, de l’alcoolisme, de la sédentarité et d’une mauvaise alimentation, en matière de mortalité et d’espérance de vie (Voir PLOS). Dans ce travail portant sur plus de 90 000 personnes, ces chercheurs ont pu montrer, en croisant les causes de mortalité et les comportements des personnes incluses dans l’étude, que l’espérance de vie des Canadiens était réduite en moyenne de 6 ans, en raison de la consommation d’alcool, de tabac, de la sédentarité et d’une mauvaise alimentation. Mais cette étude révèle, de manière encore plus éclairante, un écart de presque 18 ans d’espérance de vie entre les personnes qui ont l’hygiène de vie la plus saine (88,2 ans) et celles qui cumulent les différents facteurs de risque (70,3 ans)….

Quant aux bienfaits nombreux de l’exercice physique pour la santé, ils ont été démontrés par de multiples études et des recherches suédoises qui viennent d’être publiées montrent que, contrairement aux idées reçues, il n’est pas nécessaire de pratiquer du sport de manière intensive pour en ressentir les bénéfices. Cette étude portant sur un millier de Suédois, âgés en moyenne de 73 ans et ayant souffert d’un AVC montre en en effet que le simple fait de pratiquer un exercice léger – 35 minutes par jour – suffit à diminuer de moitié les risques d’AVC !

Les derniers chiffres, publiés il y a quelques semaines par le Centre d’Observation de la Santé nous indiquent que l’espérance de vie a augmenté de 14 ans en France au cours des soixante dernières années pour atteindre à présent 82,6 ans. Néanmoins, pour la première fois depuis plus de deux siècles, l’espérance de vie en bonne santé stagne depuis une dizaine d’années, ce qui conforte l’hypothèse du poids des maladies non transmissibles dans la dégradation globale de notre santé et de notre qualité de vie.

Pourtant, toutes les études scientifiques récentes montrent qu’il serait possible de gagner au moins dix ans d’espérance de vie en bonne santé en adoptant, dès l’enfance, quelques règles de vie simples et peu contraignantes. Mais pour qu’une telle révolution sanitaire et sociale puisse avoir lieu, il est nécessaire que nous prenions d’abord conscience que notre santé dépend d’abord de nous. Cela suppose un profond changement de mentalité qui ne pourra avoir lieu que dans le cadre d’une grande politique publique de santé mettant en avant l’information et la prévention active, à tous les âges de la vie. Cette nouvelle politique de santé ne devra pas seulement augmenter sensiblement les moyens financiers dédiés à la prévention (seulement 7,5 % des dépenses totales de santé en 2017), elle devra également mettre en place, en s’appuyant sur les nouveaux outils numériques et l’intelligence artificielle, une prévention ciblée et personnalisée qui intègre à la fois le profil génétique des patients et leur parcours de vie. Ayons bien à l’esprit qu’en investissant aujourd’hui un euro dans cette prévention individualisée, c’est au moins dix euros que la société n’aura pas à dépenser dans vingt ans pour prendre en charge les pathologies lourdes de plus en plus nombreuses liées au vieillissement de notre population.

La médecine sait, grâce à des progrès extraordinaires, de mieux en mieux guérir, ce qui nous permet aujourd’hui de vivre deux fois plus longtemps que nos ancêtres, il y a deux siècles. Mais elle doit à présent relever un nouveau et passionnant défi : apprendre à prévenir la maladie avant même qu’elle ne survienne et nous apprendre à rester le plus longtemps possible en bonne santé physique et mentale.

René TRÉGOUËT

Sénateur honoraire

Fondateur du Groupe de Prospective du Sénat

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