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Edito : De « Huygens » à « Deep Impact », l'exploration spatiale est en train d'accomplir un pas de titan !

La sonde européenne Huygens a réussi une mission d'une complexité sans précédent en commençant à révéler les secrets de Titan, la plus grande lune de Saturne à 1,5 milliard de Km de la Terre, à l'issue d'un extraordinaire périple interplanétaire de plus de sept ans. La sonde européenne est entrée le 14 janvier dans l'atmosphère de Titan comme prévu à 10h13 GMT, et elle a déclenché quelques minutes après un signal qui a pu être capté sur Terre pendant plus de cinq heures, jusqu'à 15h55 GMT, soit bien après que Huygens se fut posé sur Titan. Les responsables de la mission étaient tout sauf sûrs que la sonde, un engin de 319 kilos et d'une envergure de 2,7 m, ne s'écraserait pas sur Titan, dont ils ne savent même pas si la surface est liquide ou solide. Surtout, Huygens a atteint l'objectif ultime de sa mission, puisque les premières données qu'elle a enregistrées tout au long des 2h15 de sa descente vertigineuse sur Titan commençaient à tomber vendredi soir sur les ordinateurs de l'ESA, via le vaisseau Cassini et les stations de la NASA.

Pendant sa descente, la sonde a commencé à déterminer la composition atmosphérique, à mesurer vents, pression et précipitations, et bien sûr prendre des photos de la surface de Titan. Les premières images prises par la sonde Huygens sur Titan, font apparaître une surface de couleur orange pâle, recouverte d'une épaisse brume de méthane. D'autres images révèlent une surface de Titan qui semble "boursouflée" et parcourue de réseaux dendritiques évoquant des écoulements. De même, de vastes zones sombres semblent recueillir le produit de ses écoulements et font penser à des lacs.

A la vue de ces magnifiques photos, les scientifiques de la mission Huygens, qui travaillent depuis 25 ans à ce projet, ont laissé éclater leur émotion et ont pleuré de joie. "C'est un succès fantastique, d'abord, pour l'industrie européenne qui a fourni un engin très complexe qui a bien fonctionné avec ses six instruments scientifiques, dans un environnement très dur, pour révéler le secret de Titan", a souligné Jacques Dordain, directeur général de l'ESA. Les instruments ont fonctionné à merveille", s'est félicité John Zarnecki, un des scientifiques de l'ESA en charge du programme. "Pas une donnée ne manque. La transmission et la qualité des données sont absolument magnifiques". L'une des images montre des lignes noires, suggérant la présence d'une substance liquide coulant vers une zone sombre, qui pourrait être une mer de méthane liquide (voir les magnifiques photos sur les sites de l'ESA et sur le site de la NASA. En moins d'une semaine, Huygens a déjà fourni une telle moisson de données scientifiques que trois générations de chercheurs devront se succéder pour les décrypter et révéler les secrets de cette mystérieuse lune, copie "congelée" de notre Terre avant l'apparition de la vie.

L'exploration de cette lune de Saturne présente un intérêt scientifique majeur car l'environnement de Titan est proche de ce que fut l'atmosphère de la Terre primitive. "C'est comme une machine à remonter le temps, nous devrions trouver sur Titan les conditions qui ont prévalu sur Terre il y a 3,8 milliards d'années, avant l'apparition de la vie", selon Jean-Pierre Lebreton.

Mais alors que la sonde européenne Huygens était sur le point de commencer sa descente vers Titan, une autre sonde, baptisée « Deep Impact » partait pour son voyage de six mois en direction de la comète Tempel 1. La sonde de la NASA a été lancée avec succès mercredi 12 janvier à 18h47 GMT, depuis la base de Cap Canaveral, en Floride. Le but de cette mission est d'en savoir plus sur la composition des comètes et par conséquent sur les origines du système solaire. Ces boules de glaces et de roches contiendraient en effet les matériaux originels de notre système. Deep Impact est composé d'un vaisseau-mère et d'un impacteur qui doit s'écraser sur la comète afin de mettre son noyau à jour. La sonde porte le nom d'un film-catastrophe américain sorti en 1998 et dans lequel un météore menaçait la Terre. Elle sera placée sur la trajectoire de la comète Tempel 1 qu'elle rencontrera le 4 juillet, alors qu'elle se trouvera à environ 132 millions de km de la Terre. Vingt-quatre heures plus tôt, "Deep Impact" lâchera un projectile auto-propulsé de 372 kg composé de plaques de cuivre, d'un mètre par un mètre, qui percutera le noyau de la comète à la vitesse de 37.000 km (23.000 milles/heure). Une caméra placée sur le projectile transmettra des images jusqu'au dernier moment avant l'impact à la sonde qui passera à 500 km au large de la comète, transmettant les données vers la Terre.

Selon certains scientifiques, la comète pourrait littéralement voler en éclat. Des caméras et d'autres instruments de mesure, à bord de "Deep Impact", observeront et analyseront l'impact, tandis que les télescopes spatiaux Hubble, Chandra et Spitzer seront mobilisés pour saisir l'événement. De cette collision, on devrait en savoir un peu plus sur la composition des comètes depuis leur formation, il y a plus de 4,5 milliards d'années. Les comètes ont très peu évolué. Elles renferment donc les traces du système solaire primitif, et peut-être le secret de nos origines. L'enjeu scientifique de cette expérience est donc complémentaire de celui de Huygens.

Mais à ces connaissances fondamentales s'ajoute un intérêt pratique : protéger à terme notre planète contre les effets dévastateurs d'une collision avec un astéroïde de grande taille. Statistiquement, on sait en effet qu'une collision avec un "géocroiseur" (astéroïde de grande taille) finira par se produire. Le problème est que personne ne peut dire si cette catastrophe aura lieu dans 10 ans ou dans 10 000 ans ! Ce qui est certain, en revanche, c'est que dans le passé, de telles rencontres ont certainement été la cause de désastres de grande ampleur pour la vie terrienne. C'est peut-être une collision de ce type qui a mis fin, il y a 65 millions d'années, au règne des dinosaures sur la Terre. Le dernier cataclysme date de 1908, lorsqu'un corps céleste s'est désagrégé en altitude au-dessus de la Toungouska en Sibérie, provoquant la dévastation de 2 000 kilomètres carrés heureusement inhabités. Au niveau scientifique, ce risque est pris très au sérieux et il existe déjà un réseau mondial d'observation qui tente de répertorier et de surveiller en permanence tous les corps célestes de plus d'un kilomètre de diamètre afin de prévoir longtemps à l'avance leur orbite et le risque de collision avec la Terre. Mais dans le cas où un de ces géocroiseurs risquerait d'entrer en collision avec la Terre, que faire pour empêcher la catastrophe ?

Il semble envisageable, si le géocroiseur menaçant est détecté plusieurs années à l'avance, de modifier légèrement sa trajectoire par différents moyens. Mais si ces méthodes échouent, il faudra bien se résoudre à détruire l'astéroïde ou à essayer de le fragmenter en morceaux beaucoup plus petits dont l'impact serait, peut-être, moins destructeur. Dans tous les cas de figure, il est indispensable de connaître beaucoup mieux la composition et la structure des comètes et des astéroïdes pour employer, le cas échéant, les méthodes de destruction les plus efficaces possibles. L'expérience de Deep Impact devrait donc permettre d'en savoir plus sur la réaction au choc d'une comète. A plus long terme, la sonde de l'Agence spatiale européenne Rosetta (lancée par Ariane le 2 mars 2004) doit se mettre en orbite autour de Churyumov-Guerassimenko en 2014 et y poser un petit robot. Nous devrions donc, dans une dizaine d'années, connaître suffisamment la nature et la réaction de ces corps célestes pour pouvoir s'en prémunir et peut-être parvenir à trouver les moyens de les détruire en cas de menaces pour la Terre.

Enfin, en ce début d'année, décidemment particulièrement faste pour l'exploration spatiale et la cosmologie, la découverte d'une planète soeur de la Terre dans un autre système solaire de notre galaxie où la vie serait possible mobilise l'énergie de la communauté astronomique où l'on juge cette possibilité probable à un horizon pas si lointain. "Les ingrédients de la vie sont abondants dans l'univers et dans les vingt prochaines années nous serons peut-être en mesure de savoir s'il y a des organismes microbiens, des animaux, voire des créatures intelligentes sur d'autres planètes", a expliqué Geoffrey Marcy, un astrophysicien de l'université de Californie lors de la convention de la société américaine d'astronomie réunie la semaine dernière à San Diego. Il avait annoncé en septembre, avec une équipe d'astronomes américains, la découverte de deux planètes se rapprochant de la Terre en taille et tournant autour d'étoiles situées respectivement à 33 et 41 années lumière dans les constellations du Zodiaque et du Cancer.

Trouver des planètes en dehors de notre système solaire n'est pas chose facile puisqu'elles n'émettent pas de lumière, reflétant seulement les rayons lumineux de l'étoile autour de laquelle elles gravitent. Elles sont de ce fait quasiment invisibles même aux télescopes les plus puissants d'aujourd'hui. Dans ce but, la Nasa, l'agence spatiale américaine et son homologue européenne, l'ESA, préparent plusieurs missions destinées à spécifiquement trouver des planètes similaires à la Terre.

La première exploration sera lancée par l'agence spatiale européenne, l'ESA, en 2006 avec Corot, un satellite qui scrutera la luminosité des étoiles pour détecter toute légère diminution périodique d'intensité de la lumière et trouver des planètes de plus petite dimension en orbite autour de ces soleils lointains dans notre galaxie, la Voie Lactée. Corot sera suivi en 2007 par l'envoi de Kepler, un télescope spatial de la Nasa, ultra-sensible qui observera, selon la même méthode, la luminosité de centaines de milliers d'étoiles. La Nasa estime que Kepler devrait découvrir de nombreux astres en orbite autour d'étoiles. Son photomètre a une sensibilité telle qu'il peut repérer une planète de la taille de la Terre passant devant une étoile pendant seulement quelques heures. Enfin avec "Terrestrial Planet Finder", dont le lancement est prévu entre 2012 et 2014, la Nasa sera capable de voir directement des planètes de la taille de la Terre. Il sera suivi en 2015 par Darwin de l'ESA, qui grâce à une flottille de petits télescopes formant un puissant interféromètre, pourra analyser l'atmosphère de ces planètes.

Depuis l'extraordinaire moisson scientifique récoltée tout au long de l'année 2004 sur Mars, par le robot américain Opportunity, et la sonde européenne Mars Express, nous savons déjà que de l'eau en grande quantité a un jour coulé sur la planète Mars et que les conditions de la vie ont pu y exister. Mais avec cette fantastique exploration de Titan qui commence, la rencontre prochaine de la sonde « Deep Impact » avec la comète Tempel et, d'ici 10 ans, le déroulement successif des projets Corot, Kepler, Rosetta, TPF et Darwin, l'humanité va accomplir de véritables pas de géants, dans la connaissance et la compréhension de notre système solaire, de sa naissance, de son évolution et de la façon dont le miracle de la vie a pu naître sur notre Terre mais aussi, probablement ailleurs dans l'Univers.

René Trégouët

Sénateur honoraire

Fondateur du Groupe de Prospective du Sénat

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