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Edito : Face à la maladie d'Alzheimer, nous devons penser et mettre en oeuvre une nouvelle politique de santé publique

Dans notre pays vieillissant, l'extension de la maladie d' Alzheimer constitue un des plus redoutables défis médical, social et économique de ce début de XXIe siècle. On estime aujourd'hui en France à au moins 450000 le nombre de personnes atteintes par cette maladie neuro-dégénérative et chaque année 10000 nouveaux cas surviennent. Pour l'instant, on ne dispose d'aucun traitement efficace contre cette maladie mais, depuis 1995, on utilise deux catégories de médicaments (qui agissent sur deux neurotransmetteurs, l'acétylcholine et le glutamate) pour retarder la progression du mal. Les premiers essais de vaccin commencés fin 2001 en France ont été suspendus en janvier 2002 après la survenue d'une inflammation inexpliquée du système nerveux chez certains patients. De nouveaux médicaments sont en cours d'expérimentation chez l'animal et d'autres approches vaccinales sont prévues chez l'homme mais personne ne peut dire aujourd'hui combien d'années seront nécessaires pour disposer de traitements efficaces aux stades les plus sévères de la maladie. En tout état de cause, ces traitements, qui auront nécessité des dépenses de recherche considérables, seront très coûteux pour la collectivité. Dans ce contexte, la perspective d'une prévention active, par l'hygiène de vie, de la maladie d'Alzheimer, représente un enjeu majeur de santé publique. Or, on sait à présent qu'en dépit des prédispositions génétiques, il est possible globalement de réduire de manière considérable -peut-être des deux-tiers- l'incidence de cette maladie. Première voie de cette prévention active, la supplémentation alimentaire en acide folique, vitamine B 12 et vitamine E. Des travaux suédois récents sur la vitamine B12 et l'acide folique ont en effet montré qu'un apport trop faible de ces vitamines double le risque de développer cette affection. Quant à la vitamine E, des expérimentations sur des personnes souffrant de formes modérées à sévères de la maladie d'Alzheimer ont montré qu'à des doses importantes, elle retardait l'évolution de la maladie. La deuxième voie de prévention concerne le traitement efficace de l'hypertension artérielle et de l'excès de cholestérol des personnes de plus de 60 ans, qui permettrait de réduire de 50 % l'incidence des démences vasculaires et de la maladie d'Alzheimer. Une récente analyse des travaux publiés sur les statines indique que l'emploi de ces médicaments - destinés à faire baisser le taux de cholestérol sanguin - se traduit par une réduction de l'incidence des démences. Ces travaux montrent à quel point il est capital que notre pays organise un dépistage systématique et une prise en charge précoce de l'hypertension et de l'excès de cholestérol. Le troisième axe de cette politique de prévention concerne l'utilisation des anti-inflammatoires. Une étude hollandaise portant sur près de 7 000 personnes de plus de 55 ans, suivies pendant environ sept ans, a en effet démontré que la prise régulière et massive de ces médicaments pendant plusieurs années diminue de 80 % le risque de développer la maladie. Mais les mécanismes de cet effet bénéfique, qui n'existe que pour une très forte consommation de ces produits, et pas pour l'aspirine, doivent encore faire l'objet de nombreuses études. Quatrième moyen de prévention, une bonne formation éducative et culturelle. Une récente étude a en effet démontré que les personnes qui ont un faible niveau socio-éducatif ont un risque de développer une maladie d'Alzheimer multiplié par 2,6 par rapport aux plus instruites. Cette différence très importante serait due à la « réserve cognitive » qui fait que plus la formation initiale est poussée, plus la maladie commencera tardivement. Enfin, dernier facteur de prévention tout à fait important, l'exercice physique régulier. Une étude américaine, qui a porté sur près de 6 000 femmes de plus de 65 ans, montre que les plus actives sont celles qui gardent les meilleures facultés intellectuelles. Selon cette étude, l'idéal serait de marcher 1,5 kilomètre par jour et chaque mile (1,6 km) supplémentaire de marche par semaine réduit de 13 % les risques de déclin cognitif. Sachant que les facteurs bénéfiques, comme les facteurs de risques, multiplient leurs effets, on se prend à rêver des conséquences positives, à moyen et long terme, d'une grande politique de prévention qui agirait simultanément sur l'ensemble de ces leviers. Les bénéfices d'une telle prévention en termes humains, sociaux et économiques, seraient tout simplement inestimables, et cela d'autant plus que cette prévention active entraînerait également une diminution sensible des maladies cardio-vasculaires et de certains cancers. A la lumière de ces nouvelles connaissances, notre pays doit absolument faire un effort considérable et de longue durée afin de mettre en place cette ambitieuse politique d'éducation sanitaire et de prévention active. Pour le financement dans la durée d'une telle politique, il est capital de sortir de la logique purement comptable qui caractérise la gestion de notre système de santé. Dans ce domaine, il faut cesser de raisonner en terme de dépenses publiques pour penser en terme d'investissement à long terme dont les bénéfices pour notre collectivité seront, pour les générations futures, sans commune mesure avec les moyens financiers engagés.

René TRÉGOUËT

Sénateur du Rhône

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