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Des études qui réhabilitent le maïs OGM

« Nous disposons de données chiffrées qui montrent que les risques pour l'environnement du maïs génétiquement modifié Bt sont faibles et parfaitement gérables », a expliqué, Guy Riba, directeur scientifique à l'Inra (1), lors des dernières Rencontres Internationales de Prospective du Sénat du 7 février 2002, intitulée " L'alimentation du futur : production, qualité, sécurité". (voir la lettre @RTFlash 178 du 19 au 25-01-2002 http://www.tregouet.org/lettres/rtflashmail.asp?theLettre=192). Premier constat : ces maïs, porteurs du gène de la bactérie Bacillus thuringensis (Bt), qui leur permet de sécréter une substance insecticide, sont d'une redoutable efficacité. En l'espace de deux jours, 99 % des larves de pyrale de premier stade sont éliminées, au lieu de six jours avec les meilleurs insecticides chimiques. Mais, surtout, la probabilité que cette efficacité soit contournée par l'apparition d'individus résistants est très réduite. Denis Bourguet, chercheur à la station Inra de la Minière (Yvelines), et David Andow, de l'université du Minnesota (États-Unis), ont analysé pendant deux ans la descendance de 1 200 lignées de pyrales femelles prélevées dans le milieu naturel. Ces papillons provenaient, d'une part, de la « Corn Belt », une région des États-Unis où le maïs Bt est cultivé à grande échelle depuis cinq ans, et, d'autre part, du sud-ouest de la France où les agriculteurs ne sèment pas de maïs transgénique. Les résultats de cette étude, qui vient d'être soumise à publication dans la revue Theoritical Applied Genetics, sont rassurants : la fréquence des gènes de résistance dans les populations française et américaine est, dans les deux cas, inférieure à un pour mille. Sachant que seuls les individus homozygotes ceux qui possèdent deux copies du même gène) sont capables de survivre dans le milieu naturel, le risque qu'une résistance au maïs Bt se développe est de l'ordre de un sur un million. « Certes, la probabilité n'est pas et ne sera jamais nulle, compte tenu de l'extrême variabilité génétique de ces populations d'insectes, explique Denis Bourguet pour qui, « le problème n'est pas d'éviter la résistance mais de la maîtriser ». En effet, en partant d'un niveau aussi faible, il devient possible de contrôler le phénomène moyennant la mise en place d'un dispositif de biovigilance dans les zones de culture. En France, le service de la protection des végétaux du ministère de l'Agriculture s'y emploie depuis plusieurs années. Si la proportion d'individus résistants vient à augmenter, il suffira, pour enrayer l'évolution, de stopper la culture du maïs Bt l'année suivante dans la zone incriminée et de revenir à la lutte chimique classique. « Nous disposons d'un temps de réaction suffisamment grand, surtout en France où nous avons la chance de n'avoir qu'une génération de pyrales par an, contre trois aux États-Unis et sept en Chine, souligne Guy Riba. Autre résultat positif pour les promoteurs d'OGM : le maïs Bt préserve les insectes non-cibles. Il y a trois ans, une étude publiée dans Nature (2) avait déclenché une vive polémique en laissant entendre que cet OGM pouvait menacer la survie du papillon monarque, qui jouit d'une immense popularité outre-Atlantique. Mais, en septembre dernier, une série de cinq autres études publiées dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences démontrait le contraire. Explication : en mettant artificiellement en contact des chenilles de monarque avec des doses très élevées de pollen transgénique, il était prévisible que les chercheurs qui ont réalisé la première étude constatent des taux de mortalité élevée. La toxine Bt agit en effet spécifiquement sur les papillons, sauf que, dans les conditions naturelles, cette situation ne se produit quasiment jamais. Les larves des monarques vivent en effet sur des feuilles d'asclépiade, une sorte de laiteron très commun en Amérique du Nord qui pousse en bordure ou à l'intérieur des champs de maïs, et non sur le maïs transgénique insecticide. « De ce fait, elles sont bien plus exposées aux traitements chimiques déversés par avion ou hélicoptère, qui ont un spectre d'action beaucoup plus large et dont les dommages sur les insectes sont avérés », explique Denis Bourguet, qui s'apprête à publier, dans la revue Environnemental Biosafety Research, une étude qui démontre l'absence d'« effets collatéraux » du maïs Bt sur les insectes non-cibles. « En France, l'utilisation de ces variétés transgéniques permettrait de se passer une bonne fois pour toutes d'insecticides chimiques sur près de 600 000 hectares de maïs », déclare Guy Riba, qui se défend d'être un partisan du « tout OGM » : « Les données dont nous disposons concernent uniquement le maïs Bt en France contre la pyrale. Pour le reste, il faut analyser chaque situation au cas par cas. Ensuite, ce n'est pas parce qu'une technologie est performante et sans risque qu'elle est nécessaire ou pertinente. C'est à la société d'en décider, pas aux scientifiques. » De ce point de vue, les producteurs de maïs maintiennent le moratoire de fait qu'ils se sont imposé depuis deux ans : pas question pour eux de se lancer dans le maïs Bt, dont la culture est pourtant autorisée en France depuis 1998. Explication claire donnée par un porte-parole de l'Association générale des producteurs de maïs : « Le marché n'en veut pas. »

Le Figaro :

http://www.lefigaro.fr/sciences/20020409.FIG0109.html

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