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Edito : Avec Galileo, l'Europe se dote d'un outil majeur pour affirmer son indépendance technologique et sa puissance politique

Après des années d'hésitations et de revirements, les ministres des Transports de l'Union Européenne ont enfin donné, mardi 27 mars, leur feu vert définitif au lancement de Galileo, le programme européen de navigation par satellite qui doit permettre à l'Europe d'avoir, à partir de 2008, un système équivalent au GPS américain. L'Europe a finalement donné son feu vert définitif à ce projet, dont le coût total est estimé entre 3,2 milliards et 3,6 milliards d'euros, jusqu'à sa mise en service en 2008. Les Quinze sont désormais quasiment d'accord sur la manière dont va être géré le projet. Les 1,1 milliard d'euros que coûtera la phase de développement du système, jusqu'à la fin 2005, devraient être couverts à parité par l'Agence spatiale européenne (ESA) et le budget communautaire, à travers une société contrôlée par l'ESA et l'UE et qui sera chargée de porter Galileo pendant ses premières années. La décision prise à Bruxelles permettra dans un premier temps de débloquer 450 millions d'euros de crédits "gelés" depuis près d'un an, pour amorcer la phase de développement, prévue pour coûter au total 1,1 milliard. Pour parvenir à cette somme, l'UE apportera 100 millions supplémentaires et l'Agence spatiale européenne 550 millions. Dès la fin 2002, cette société lancerait l'appel d'offre pour désigner le futur concessionnaire du système Galileo. La Commission espère à ce moment là "sélectionner deux, voire trois consortiums industriels, qui seraient mis en concurrence pendant une, deux ou trois années", avant que le choix ne soit fait, selon une source proche du dossier. A partir de début 2006, le concessionnaire finalement retenu prendrait les rênes du projet, et aurait la responsabilité de conduire la phase de déploiement de Galileo (lancement des 30 satellites), avant le début du fonctionnement du système en 2008. La phase de déploiement coûtera de 2,1 et 2,5 milliards d'euros. Le financement devrait être couvert "au moins" au deux tiers par des fonds privés apportés par le concessionnaire, et "au plus" par un tiers de fonds publics. Après 2008, les Quinze continueront à financer pendant quelques années le concessionnaire, pour l'aider à couvrir les coûts d'exploitation du système. Estimés à 220 millions d'euros par an, ces coûts ne pourront pas, au moins au début, être entièrement couverts par les recettes commerciales de Galileo. Mais au-delà de l'organisation budgétaire et industrielle, l'Union Européenne va devoir s'employer à calmer les inquiétudes des Etats-Unis quant aux implications militaires et stratégiques de Galileo. "Galileo est un système civil, contrôlé par des civils", répète-t-on à la Commission européenne. La Commission précise toutefois que les militaires pourront utiliser Galileo moyennant rétribution. Galileo doit être plus précis et plus fiable que le GPS, tout en étant interopérable avec lui, pour permettre aux utilisateurs de combiner les informations fournies par les deux systèmes et arriver à une précision encore meilleure. L'origine du concept de GPS remonte à Spoutnik 1, le premier satellite artificiel lancé par les Soviétiques en 1957. Les scientifiques, constatant que la fréquence des signaux radio reçus depuis son émetteur variait selon la vitesse de rapprochement ou d'éloignement (effet Doppler), réalisaient très vite qu'un navigateur pourrait facilement retrouver sa position en analysant cette modification. Le principe connut divers développements, jusqu'en 1973 où le Congrès américain décidait la création du programme GPS. Les premiers satellites Navstar-GPS ont été lancés à partir de 1989, et le système entrait en phase opérationnelle en 1992. Il comprend aujourd'hui vingt-quatre satellites parcourant six orbites circulaires à 20.000 km d'altitude, inclinées à 55° sur l'équateur et parcourues en 12 heures. La couverture est ainsi quasi mondiale, chaque point du globe recevant en permanence les signaux d'au moins six satellites. La mesure comparative du temps de propagation des signaux de quatre satellites et leur analyse interférométrique permet à un observateur au sol, muni d'un récepteur d'un volume comparable à un téléphone portable, de connaître sa position exacte, son altitude, sa vitesse de déplacement et son heure locale avec une précision de quelques dizaines de centimètres (0,2 m/sec pour la vitesse) et 0,4 microseconde sur la référence du temps (chaque satellite étant équipé de trois horloges atomiques au césium). Mais le GPS américain, s'il reste accessible sans réserve au monde entier (depuis la suppression de la dégradation volontaire des signaux qui en réduisait autrefois la précision à une centaine de mètres pour les civils), est avant tout un système militaire susceptible d'être brouillé ou crypté en cas de crise internationale, ce qui le rendrait inutilisable en dehors des forces armées US. Et si le GPS reste entièrement gratuit aujourd'hui, il n'est pas du tout certain que cela sera encore le cas dans dix ans, compte tenu de sa position de monopole et des multiples perspectives d'utilisation commerciale. A l'opposé, Galileo est un projet civil offrant les mêmes fonctionnalités et avantages que le GPS, mais dégagé de toute tutelle militaire et assurant l'indépendance totale de l'Europe en matière de positionnement. Bien entendu, même si Galileo ne sera pas sous tutelle militaire, il est clair qu'en cas de crise ou de conflit, il pourra devenir un redoutable outil européen de renseignements et d'observation à finalité militaire. Sur le plan économique, Galileo représente un enjeu considérable : à terme, 140 000 emplois créés et un volume d'activités nouvelles qui devrait se compter en milliards d'euros par an. Lorsque Galileo sera pleinement opérationnel, on peut en effet imaginer le développement de multiples applications encore embryonnaires aujourd'hui : gestion des flottes de poids-lourds, aide à la navigation pour les voitures, localisation personnelle en combinaison avec les mobiles UMTS de 3eme génération et même... repérage des animaux domestiques perdus. Ce double enjeu majeur, techno-économique et politique, qui est celui de l'indépendance de l'Europe en matière d'infrastructures d'observation et de détection spatiale, n'a d'ailleurs pas échappé aux Etats-Unis qui ont tout mis en oeuvre pour tenter de torpiller Galileo, qui marquera la fin de leur domination exclusive en matière de GPS. Après les réussites incontestables d'Airbus et d'Ariane, les 2 grandes aventures techno-industrielles européennes, l'avalisation définitive de Galileo par l'Union européenne représente donc une étape symbolique importante vers la constitution d'une entité politique européenne susceptible de contrebalancer l'hégémonie technologique et politique absolue des Etats-Unis et de constituer un puissant pôle d'équilibre et de stabilité planétaires.

René TREGOUET

P.S. : Nous sommes en pleine campagne électorale. J'ai rédigé un édito que je réservais à @RT Flash. Mais, finalement, le sujet étant trop sensible, politiquement, et ne correspondant pas à la ligne éditoriale que dès l'origine j'ai tenu à faire respecter par notre Lettre hebdomadaire, vous pourrez lire cet édito intitulé "Peu à Peu, le Gris l'emporte ..." en lisant ma Lettre politique @Acropolitis n° 9 du 5 avril sur le site suivant :

http://www.tregouet.org/lettre2/2002/9.html">

http://www.tregouet.org/lettre2/2002/9.html

René TRÉGOUËT

Sénateur du Rhône

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