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Edito : Le réchauffement climatique a déjà des conséquences irréversibles sur la nature

Dans son dernier rapport, publié le 8 mai sous  l'égide du Professeur Jorgen Randers et intitulé " Prévision globale pour les quarante prochaines années" (Voir The Club of Rome) ,le célèbre Club de Rome confirme que la hausse attendue des émissions humaines de CO2 devrait bien provoquer une augmentation de 2°C de la température mondiale d'ici 2050 et de 2,8°C d'ici 2080 et cela même en tenant comte des facteurs de pondération que sont la décélération démographique (8 milliards d'habitants prévus en 2040 et la stabilisation de la croissance économique dans les pays développés).

Cette étude rappelle que l'homme émet à présent, en incluant la déforestation, prés de 10 milliards de tonnes de carbone par an (10 fois plus qu'en 1940), soit plus de deux fois la quantité que peut absorber la Terre dans ses sols, ses océans et ses forêts. Or, compte tenu de l'inertie des systèmes et processus de décisions et même si un nouveau traité international ambitieux prend la suite des accords de Kyoto, il faudra au moins 20 ans pour que nos émissions de gaz à effet de serre commencent à baisser au niveau mondial.

C'est dans ce contexte alarmant qu'il est intéressant de mettre en relation plusieurs études scientifiques internationales qui montrent que le réchauffement climatique accéléré (augmentation des températures moyennes mondiales de 0,8°C depuis un siècle et de 0,2°C par décennie depuis trente ans) a déjà des conséquences majeures et irréversibles sur la nature et l'ensemble du vivant.

Réalisée en 2005, la première étude concerne l'impact en Europe des canicules à répétition sur les plantes et plus généralement sur le cycle global du carbone. Cette étude montre que les canicules répétées ont entraîné une profonde modification des échanges gazeux et une diminution d'un tiers de la productivité végétale et agricole au cours du dernier siècle. Concrètement, les sols et forêts européennes ont émis plus de 500 millions de tonnes de CO2 en 2003, ce qui correspond à quatre ans de stockage de carbone par le milieu naturel européen.

Face à l'augmentation annoncée du rythme des fortes chaleurs et canicules, cela signifie que notre continent risque de devenir rapidement une source d'émission de carbone, ce qui ne ferait qu'aggraver encore le réchauffement général de la planète.

Une autre étude publiée dans la revue "Science" en 2009 montre que l'immense forêt tropicale d'Amazonie a stocké deux milliards de tonnes de CO2 par an en moyenne depuis 30 ans mais a émis trois milliards de tonnes de CO2 au cours de l'année 2005, particulièrement chaude et sèche. Au final, le bilan fait apparaître un solde négatif de cinq milliards de tonnes de CO2 relachées dans l’atmosphère, ce qui correspond à environ 15 % de l'ensemble des émissions humaines annuelles de CO2 en 2010 ou encore à l'ensemble des émissions annuelles européennes et russes de CO2.

Cette étude confirme les derniers travaux du GIEC (Groupe Intergouvernemental d’Etude sur le Climat) qui montrent que le réchauffement accéléré du climat risque de provoquer sur à peine un demi-siècle le remplacement des forêts tropicales par de la savane dans tout l'est de l'Amazonie, ce qui se traduira par une augmentation très sensible des émissions de gaz à effet de serre qui viendra en retour aggraver le réchauffement climatique.

Une autre étude, publiée dans "Science" en juin 2008 par des chercheurs de l’INRA et du CNRS a porté  sur l'adaptation  de 171 espèces des plantes au changement climatique depuis un siècle. Elle montre que les espèces végétales sont remontées, en moyenne, de 30 mètres tous les 10 ans pour tenter de s'adapter aux nouvelles conditions thermiques et climatiques (Science). Cette étude montre que si certaines espèces parviennent à s'adapter tant bien que mal à ce changement climatique, d'autres ont beaucoup plus de mal à survivre et sont globalement menacées dans leur existence.

Un article publié en octobre 2011 dans la revue Nature Climate Change montre que le réchauffement climatique est en train de provoquer une réduction sensible de la taille d'une grande quantité d'espèces animales et végétales. Il semble que la raréfaction de l'eau et des éléments dont se nourrissent les plantes soit à l'origine de ce phénomène de rétrécissement des végétaux.

Dans le milieu marin, l'acidification des océans provoquée par l'augmentation de la concentration de CO2 est également en train d'entraîner une réduction de la taille des espèces marines, comme le confirme  une étude publiée en 2009 par le biologiste Martin Daufresne.

Enfin, une récente étude publiée dans la revue Nature confirme les conséquences biologiques majeures du changement climatique sur les espèces végétales (Voir Etude). Cette étude qui porte sur 1 600 espèces de plantes montre notamment que les plantes fleurissent beaucoup plus rapidement que les modèles de prévisions admis par les scientifiques. L'étude montre que  la floraison et l'apparition des feuilles se déroulent en moyenne cinq jours plus tôt par degré d’augmentation de température. Dans l'est des Etats-Unis, on observe par exemple que les  cerisiers fleurissent une semaine plus tôt qu'en 1970 !

Cette évolution rapide peut sembler anodine, il n'en est rien. Elle risque en effet d'avoir des conséquences très dommageables sur l'ensemble du biotope car dans la biosphère, tout se tient : l'alimentation et la reproduction des espèces animales sont étroitement liées aux cycles de floraison des plantes.

Notre planète forme un système vivant d'une prodigieuse complexité et possède d'extraordinaires capacités d'adaptation face aux grandes ruptures climatiques, comme le montre sa longue histoire. Mais cette fois, la mutation environnementale à laquelle nous sommes confrontés est inédite par son ampleur et sa rapidité et personne n'est en mesure de prévoir comment la nature va réagir à ce bouleversement majeur et irréversible. Ce qui est certain, c'est que le cadre et les conditions de vie de notre espèce vont être affectés bien plus gravement et durablement qu'on ne l'imaginait jusqu'à présent car nous avons sous-estimé l'effet des interactions entre les multiples facteurs et composantes modifiés par le changement climatique. Nous devons également nous rappeler que l'homme fait partie intégrante de la nature et que la technologie, aussi puissante soit-elle, ne pourra pas à elle seul tout résoudre.

Sous l'effet de cette mutation violente de l'environnement, des tensions redoutables pourraient notamment apparaître dans ces prochaines décennies en matière de productions alimentaires car les capacités d'adaptation des milieux naturels et des sociétés humaines ont leurs limites et il y aura deux milliards de bouches supplémentaires à nourrir dans moins de quarante ans, c'est-à-dire l'équivalent des populations de l'Afrique et de l'Inde réunies ! Ces tensions potentiellement porteuses de conflits risquent de s'accompagner de mouvements de population d'une ampleur sans précédent dans l'histoire de l'humanité. Parviendrons-nous à gérer l'accueil de ces centaines de millions de réfugiés climatiques sans faire "exploser" nos sociétés ?

On se rappelle de la célèbre phrase de Levi-Strauss : "La vie a commencé sans l'homme et finira sans lui". Effectivement la vie sur Terre s'adaptera d'une façon ou d'une autre, au changement climatique actuel mais si notre civilisation veut survivre et préserver des conditions de vie supportables pour les générations futures, elle doit prendre toute la mesure du défi climatique et environnemental que nous venons de rappeler et en faire l'enjeu politique et économique majeur de ce siècle.

René TRÉGOUËT

Sénateur Honoraire

Fondateur du Groupe de Prospective du Sénat

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  • jjmm

    20/05/2012

    Le fameux retour des experts en catastrophisme climatique!. Nous avions déjà eu droit au réchauffement climatique qui entraine une baisse des températures dans certaines régions du globe (il fallait oser) et maintenant voila que la forêt amazonienne, le poumon de la terre, renvoie plus de CO2 qu'elle n'en consomme (en quoi le fait que 2005 ait été "particulièrement chaude et sèche" provoque un tel renversement de tendances, il me semblait que cela était plus en rapport avec la durée du jour et la nuit?). "Au final, le bilan fait apparaître un solde négatif de cinq milliards de tonnes de CO2 relachées dans l’atmosphère", mais alors, qu'attend- t-on pour raser entièrement la forêt???
    Je passerai également sur "l'étude concerne l'impact en Europe des canicules à répétition" (ah bon? la dernière canicule en France date de 2003 faut-il le rappeler soit il y a 9 ans).
    Bref une fois de plus on nous prédit la peste et le choléra pour les années à venir, il faudrait quand même rappeler qu'en matière de prévision, les experts n'ont jamais raison, que l'on a beau avoir des ordinateurs surpuissants (et qui consomme beaucoup...), on ne peut après tout guère prévoir ce qui peut se passer l'an prochain, donc pour ce qui sera dans cinquante ans...
    Je n'ai rien contre l'idée du réchauffement climatique, mais plutôt que de prêcher la fin du monde pour bientôt, il faudrait quand même rappeler qu'au fil des siècles il y a toujours eu une évolution du climat, que si le climat se réchauffe, cela présente aussi certains avantages (notamment moins d'énergie pour se chauffer), que l'homme est capable de s'adapter aux nouvelles conditions climatiques et enfin que le progrès technologique entre autres fera qu'heureusement les prévisions de nos fameux experts seront obsolètes dans moins de 20 ans!

  • Le commentateur précédent qui détient la science infuse et se veut plus compétent que tous les experts et scientifiques réunis n'a manifestement pas lu les études rigoureuse et convergentes établissant le lien incontestable entre l'augmentation massive de nos émissions de GES (1 milliard de tonnes de tonnes de carbone en 1950, presque 10 milliards aujourd'hui) et l'augmentation moyenne de la température mondiale depuis un siècle.

    A ce sujet les dernières études remarquable de James HANSEN sont édifiantes mais il n'est de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir...

    Je suis heureuse d'apprendre que ce lecteur "N'a rien contre le réchauffement climatique"

    Le réchauffement climatique n'est pas une opinion mais un fait incontestable et scientifiquement solidement établi même si on ne pourrait jamais empêcher certains, avec une mauvaise foi éhontée, de nier l'évidence!

    Personne ne conteste que le climat a connu au cours de la longue histoire de notre planète, plusieurs changements majeurs avant que l'homme n'apparaisse mais ce qui est nouveau c'est le rôle déterminant des activités humaines depuis deux siècles et le rythme sans précédent de cette évolution climatique!

    Personne ne conteste non plus que nous ne savons pas tout sur l'extraordinaire complexité de la machine climatique et que, bien entendu, les experts peuvent se tromper. Le problème n'est pas là et ce lecteur le sait surement !

    Mais cette évidence doit-elle nous conduire à l'inaction ? Sous prétexte que nous ne comprenons pas encore tous les mécanismes à l’œuvre dans ce changement climatique majeur et qu'il est effectivement très difficile de prévoir l'évolution des systèmes complexes à multiples variables, faut-il se complaire dans l'immobilisme et espérer bien sagement que les choses ne tournent pas au désastre pour l’humanité?

    Je n''en crois rien et crois au contraire que nous avons le devoir d'agir immédiatement, à partir des connaissances toujours incomplètes que nous avons.

    Je suis convaincu, comme une immense majorité de scientifiques et comme la majorité de la population que nous en savons déjà assez pour essayer d'agir au lieu de nous réfugier dans le déni ou dans la théorie du "complot"

    Enfin, dernier point qui semble échapper à ce lecteur: si le réchauffement climatique peut à court terme présenter quelques avantages dans certaines régions, il risque d'avoir des conséquences majeures et catastrophiques en Afrique et en Asie et de fragiliser des pays déjà confrontés à d’immenses problèmes de développement.

    Si l’Europe n'a pas connu (et c'est tant mieux) de canicule depuis 2003, il n 'en demeure pas moins vrai que les dix dernières années comptent, au niveau mondial, parmi les plus chaudes depuis 100 ans et que de vastes régions, en Afrique (Sahel), en Asie, en Russie ou en Australie connaissent depuis des années les pires sécheresse de leur histoire!

    Les arguments de ce lecteur ne tiennent pas et ne résistent pas à une mise en perspective historique et mondiale sérieuse de la question de l’évolution climatique;

    Le lecteur précédent devrait cesser de se focaliser sur la question des "experts" qui semble l'obséder et observer les signes nombreux et incontestables que nous envoie la nature et le climat partout dans le monde pour admettre que nous devons agir et réduire massivement et durablement nos émissions de GES.

    Toutes les études montrent que l'homme émet à présent deux fois plus de CO2 que ce que la Terre peut absorber (dans les mers, les sols et le forets) et que ce carbone excédentaire va augmenter la concentration de CO2 dans l'atmosphère: nous en sommes à 395 parts par million, contre 280, il y a 150 ans, ce qui représente plus de 40 % de hausse!

    On peut bien sur continuer à nier ce fait ou nous expliquer qu'il n'est pour rien dans l'évolution du climat mais cette position et celle qui consiste à justifier l'inaction au prétexte que nos connaissances sont incomplètes, me semble de plus en plus intenable.

    CB

  • jjmm

    23/05/2012

    Non, je ne suis pas un expert en climatologie et je ne le prétend mais je remarque une fois de plus que l'on nous sort des chiffres qui veulent tout dire et surtout n'importe quoi. Quand le printemps est trop chaud (cf 2011), c'est le réchauffement qui est en cause, quand le printemps est pourri (cf 2010/2012), c'est aussi la faute du réchauffement climatique; quand il y a des sècheresses, c'est encore la faute du réchauffement climatique et quand il y a des inondations, c'est toujours pareil.
    Que le climat se réchauffe est une chose, que seul l'homme en soit responsable est discutable mais pourquoi pas (il faudrait aussi ajouter la forêt amazonienne pour 2005 si vous avez lu attentivement l'article plus haut) mais que l'on arrête de nous envoyer des chiffres qui ne veulent rien dire. Vous admettez vous mêmes que les experts ne sont pas fiables et pourtant vous n'hésiter pas à citer des chiffres précis. Sérieusement, je vous pose la question, comment pouvez vous estimer la quantité de CO2 que peux emmagasiner la terre?, comment pouvez vous savoir la concentration de CO2 dans l'atmosphère en 1850 (ou aucune mesure n'existait à l'époque bien sûr) et la concentration exacte de nos jours? Vous le savez très bien, tous ces chiffres reposent sur des modèles mathématiques et ne peuvent refléter que très partiellement la réalité. Et c'est à partir de ces données que l'on essaie de prédire l'avenir à cent ans!
    Maintenant, je reste persuadé que l'homme saura s'adapter aux circonstances (il le fait déjà) et que ce changement climatique offre de nouvelles opportunités de développement (durable ou pas, à voir).
    Il me semble que faire peur aux gens en égrainant les catastrophes à venir ne soit pas la meilleure solution mais je vous l'accorde c'est sans doute la plus simple.

    Cordialement.

  • oldepa

    6/09/2012

    On est sur un bateau. On fait des trous dans la coque et l'eau s'infiltre de façon inquiétante. Un groupe de gens raisonnables et compétents mettent en garde : Arrêtons de percer la coque et tâchons plutôt de colmater les trous existants. Il nous font part de leurs calculs et de leurs prévisions quand à la quantité d'eau qui alourdi et risque de faire couler le navire.
    Mais voilà jjmm qui s'insurge : Mais enfin, vous n'allez quand même pas croire à des chiffres!
    laissez nous percer encore, quoi qu'il arrive on pourra toujours apprendre à nager le moment voulu, non?

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