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Plan environnement-santé : la Commission d'orientation remet son rapport au Gouvernement

Le "Rapport de la commission d'orientation du plan national santé environnement" qui vient d'être publié est une des sommes les plus complètes jamais réalisées en France sur les conséquences sanitaires de la pollution. Sous une présentation austère et distanciée, il est en même temps un appel pressant à agir. Le document doit servir d'ossature à un "plan santé-environnement", demandé en janvier 2003, à Nantes, par le président de la République, et annoncé pour le mois de juin de cette année. Il se réfère au premier article de la charte de l'environnement, qui doit être prochainement adossée à la Constitution : "Chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et favorable à la santé."

Au bout de cinq mois de travail, vingt et un experts ont répertorié les acquis mais également les lacunes dans la perception des risques liés à l'environnement. Ils concluent à leur sous-évaluation scientifique. Dégradation de l'eau et de l'air, dommages aux sols, bruit, nuisances agricoles ou industrielles, contamination des aliments, dangers chimiques ou radioactifs, sur les lieux de travail, dans les intérieurs, dans les écoles ou dans les hôpitaux sont patiemment recensés. Avec, à chaque fois, ce que l'on sait, ce que l'on suppose et ce que l'on ignore.

"Ces questions posent en effet des défis majeurs sur le plan de la connaissance. Notre pays n'a pas, dans ces domaines, su prendre sa part de l'effort collectif de la communauté scientifique interna tionale. Cette faible contribution réduit notre aptitude à gérer intelligemment ces risques environnementaux", estime les rédacteurs, qui ajoutent que même "le corps médical et les professionnels de santé sont peu au fait des questions de santé environnementale". "Il est urgent de combler le déficit d'experts", estime le rapport, qui recense sans peine les maigres programmes engagés sur ce thème.

Les scientifiques - réunis sous la coprésidence d'Isabelle Momas, professeur de santé publique et présidente du Conseil supérieur d'hygiène publique de France, de Jean-François Caillard, professeur de médecine du travail au CHU de Rouen, et de Benoît Lesaffre, directeur général du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) - notent pourtant que "l'environnement et les dangers qu'il fait courir à la santé et au bien-être sont passés au premier plan des préoccupations de beaucoup de citoyens".Loin de moquer cette "perception exacerbée de la menace", ils estiment qu'elle "connaît hélas de bonnes raisons".

L'augmentation des cancers, "qui ont crû de 35 % en vingt ans, à âge égal", et ce malgré les progrès de la prévention et de la thérapie, interpelle ainsi les auteurs du texte. "La diffusion de certains polluants dans nos milieux de vie et leur accumulation dans certains vecteurs d'exposition (l'alimentation, notamment), du fait des activités industrielles, de leur présence dans de nombreux produits de consommation courante ou des pratiques agricoles de culture intensive, ne constitueraient-elles pas une des causes de cette inquiétante évolution ?", s'interrogent-ils. Les mêmes constatent que la production mondiale de substances chimiques est passée de 1 million de tonnes en 1930 à 400 millions de tonnes aujourd'hui. "Certaines d'entre elles sont connues pour être potentiellement toxiques."

De même des maladies allergiques : "La vente d'antihistaminiques croît de 5 % à 10 % tous les ans, depuis vingt ans." "La qualité chimique de l'air, dans l'habitat et en milieu ouvert urbain, est aujourd'hui considérée comme une des causes possibles de l'augmentation forte du nombre de jeunes personnes asthmatiques constatée depuis trente ans", énoncent les auteurs, qui plaident notamment pour une limitation des émissions polluantes des véhicules.

Les experts distinguent plusieurs effets : les décès brutaux, comme ceux liés à la prolifération des légionelles ou à un épisode de canicule ; les "pathologies chroniques invalidantes, parfois mortelles", comme les cancers ou les maladies neurotoxiques, respiratoires ou de reproduction ; les risques sanitaires, dus au bruit ou à la qualité de l'eau, par exemple, dont les manifestations "ne mettent pas en jeu le pronostic vital mais couvrent une large gamme d'effets, toxiques, infectieux, allergisants et psychopathologiques".

Le manque de connaissances en ce domaine ne doit pas être un frein à une politique volontariste, selon les experts, qui militent pour l'application du principe de précaution quand les soupçons sont suffisants. Constatant "la très forte implication des administrations des ministères en charge de la santé, de l'environnement, du travail et de la recherche", le texte souhaite en revanche un plus fort engagement "de ceux en charge des transports, de l'industrie, de l'agriculture, de l'urbanisme et de l'habitat, de l'aménagement du territoire, de l'éducation...".

La commission d'orientation adresse plusieurs recommandations au gouvernement. Elles s'articulent autour d'une meilleure préservation des milieux, une meilleure prévention des risques et une rationalisation de l'information.La commission a mis tout particulièrement l'accent dans les conclusions de son rapport sur 14 priorités ordonnées autours de trois axes principaux :

1- les actions de prévention (8 recommandations)

prévenir les décès liés à des infections/intoxications aiguës, à des conditions climatiques extrêmes et aux effets de la pollution atmosphérique urbaine,

la commission préconise de diminuer les émissions polluantes de différents types de véhicules (par ex : la généralisation des filtres à particules des moteurs diesel), de développer les transports en commun et de renforcer l'alerte des populations les plus vulnérables en cas de pollution ou d'évènement climatique exceptionnel et d'améliorer leur prise en charge.

préserver et améliorer la qualité de nos ressources (eau, air, sol) afin de prévenir les cancers en relation avec des expositions environnementales (benzène, métaux lourds, hydrocarbures, particules, rayonnements, etc.)

prévenir les maladies allergiques respiratoires en relation avec des expositions environnementales,

prévenir les risques reprotoxiques liés aux expositions environnementales, en réduisant les expositions à certains produits phytosanitaires ou chimiques et en accentuant les évaluations d'autres produits,

prévenir les risques neurotoxiques liés aux expositions environnementales (plomb, aluminium, solvants, etc),

prévenir les risques liés au bruit,

prévenir les risques liés à l'eau, en protégeant mieux les captages, en réduisant les rejets de polluants et en fiabilisant la production d'eau potable.

· prévenir les risques liés aux expositions dans l'habitat et les autres bâtiments ouvert au public

2- l'amélioration de la connaissance

Au-delà des actions de prévention immédiatement envisageables, les progrès à venir de la « santé-environnement » passent par une meilleure connaissance et une meilleure expertise des problèmes, rationaliser les systèmes d'information en santé environnementale,

développer et systématiser l'évaluation des risques sanitaires liés aux nuisances environnementales et professionnelles,

développer la recherche,

développer l'expertise en santé environnementale.

3- le développement d'une culture de santé environnementale

Cette dernière est indispensable pour l'amélioration des actions de prévention et de traitement, elle nécessite de :

sensibiliser et former les professionnels de santé, les différentes parties directement prenantes et le grand public ;

développer une discipline spécialisée en santé environnementale.

Le Premier ministre a demandé aux ministres chargés de la santé, de l'écologie et du travail d'élaborer conjointement un plan d'actions ambitieux et volontariste sur la base des propositions de la commission d'orientation pour juin 2004 : le plan français doit se situer au plus haut niveau de ce qui existe déjà au plan international. Les acteurs socio-économiques et associatifs seront consultés et associés à l'élaboration de ce plan. Il doit répondre de façon très concrète à une attente forte de nos concitoyens. Le plan sera doté d'objectifs et d'indicateurs rendus public périodiquement.

Premier Ministre :

http://www.premier-ministre.gouv.fr/fr/p.cfm?ref=42327

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