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Les métastases pourraient se développer avant la tumeur primaire…

La théorie dominante est que les métastases apparaissent longtemps après le cancer primaire. Or, il semble que cela puisse en fait se produire bien avant que le cancer soit diagnostiqué. Des travaux récents menés par Christina Curtis (Stanford University School of Medicine, Etats-Unis) et son équipe viennent de montrer que, dans le cas du cancer colorectal, ces métastases semblent apparaître avant la tumeur primaire.

« Cette découverte est assez surprenante », constate Christina Curtis, professeure de médecine et de génétique à Stanford. « Dans la majorité des cas de cancer colorectal métastatique analysés dans cette étude, les cellules cancéreuses s'étaient déjà propagées et avaient commencé à croître bien avant que la tumeur primaire ne soit cliniquement détectable. Cela indique que la compétence métastatique a été atteinte très tôt après la naissance du cancer. Cela va à l'encontre de l'hypothèse prédominante selon laquelle la métastase se produit tardivement ».

L'équipe californienne a montré que la colonisation métastatique est un événement très précoce qui peut survenir des années avant la détection de la tumeur primaire. « Chez 80 % des patients souffrant d'un cancer colorectal métastatique, nous avons constaté que la colonisation de sites métastatiques se produit extrêmement précocement, avant même que la tumeur primaire ne soit cliniquement détectable » a expliqué Christina Curtis.

Dans cette présente étude, la chercheuse et ses collègues ont voulu comprendre pourquoi et comment certaines tumeurs sont à l'origine de métastases létales. Ils ont analysé des biopsies issues de 23 patients, dont le cancer colorectal avait métastasé dans le foie ou le cerveau, par séquençage de l'exome [ensemble des exons, parties codantes de l’ARNm] de différentes cellules de la tumeur primaire et de métastases. Ils ont découvert que la divergence génomique entre les sites primaire et métastatique était faible.

Ils ont ensuite eu recours à un modèle informatique pour simuler la croissance spatiale de tumeurs « virtuelles » composées jusqu'à 10 9 cellules (ce qui équivaut à une tumeur de 10 cm3 maximum). Ils ont comparé les tumeurs virtuelles et les données issues des patients pour déterminer la taille de la tumeur primaire quand l'essaimage des métastases avait débuté.

Pour la majorité des patients étudiés, ils ont découvert que la dissémination métastatique s'était produite avant que la tumeur primaire ne soit cliniquement détectable (104-108 cellules, soit 0,0001-1cm3) et souvent seulement 105 cellules.

« Ces résultats suggèrent qu'il y a une longue période entre la "naissance" d'un clone malin et le diagnostic de la tumeur primaire » a-t-elle indiqué. « Peut-être de l'ordre de trois ans ». Aussi y aurait-il une fenêtre d'opportunité au cours de laquelle la tumeur naissante pourrait être interceptée.

Cette remarquable étude montre que les métastases observées sur une image de tomographie (CT scan) reflètent un processus qui s'est déroulé des années auparavant. Ces travaux montrent également qu'il est possible d'élaborer des stratégies thérapeutiques pour empêcher la survenue des métastases.

Article rédigé par Georges Simmonds pour RT Flash

Nature

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