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La kétamine va-t-elle bouleverser la prise en charge de la dépression sévère ?

Synthétisée pour la première fois en 1962, la kétamine est une amine dissociative, psychotrope, utilisée comme anesthésique général en médecine humaine et vétérinaire. Elle est également utilisée comme analgésique pour traiter les douleurs chroniques.

Contrairement aux traitements actuels, la kétamine se fixe sur des récepteurs neuronaux particuliers, les récepteurs NMDA au glutamate. De ce fait, cette molécule agit beaucoup plus vite que n’importe quel antidépresseur classique - en quelques heures contre quatre à six semaines -, mais elle se révèle aussi efficace chez des personnes souffrant de dépression résistante, c’est-à-dire insensibles à deux traitements ou plus menés pendant au moins six semaines.

En 2015, les Docteurs Caoimhe Coyle et Keith Laws, de l'Université d'Hertfordshire, ont réalisé une vaste méta-analyse, en passant au crible 21 études de référence, afin de déterminer si la kétamine avait effectivement un effet antidépresseur immédiat et si cet effet était prolongé dans le temps. Après analyse de ces essais, qui ont concerné 437 patients souffrant d'épisode dépressif majeur lié ou non à un trouble bipolaire, les auteurs ont pu confirmer que la kétamine réduisait de façon importante les symptômes dépressifs lors d'évaluations réalisées de la 4e heure jusqu'àu 14 ème jour après une perfusion unique ou répétée.

Les dernières  études disponibles sont encouragantes ; elles montrent que la kétamine est efficace dans 70 à 80 % des cas. L’une d’elles, menée en 2006 auprès de 18 patients, a montré que le traitement fonctionnait chez plus de 70 % - contre environ 30 % pour les antidépresseurs classiques - des participants dès 24 heures après l’injection. La molécule a aussi l’avantage d’être bien tolérée par les patients.

Pour l'instant, la kétamine n'est pas autorisée dans le traitement de la dépression. Pour évaluer l'intérêt thérapeutique de la kétamine contre la dépression sévère, un protocole de recherche en double aveugle contre placebo est actuellement en cours à l’hôpital Sainte-Anne sous la direction du Docteur de Maricourt. Tous les participants à l’étude reçoivent un antidépresseur standard, afin d’éviter que certains n’aient pas de traitement du tout. Pour le moment, une cinquantaine de personnes ont reçu de la kétamine à l’hôpital Sainte-Anne, « à des doses cinq à dix fois plus faibles que celles utilisées en anesthésie », précise le Docteur de Maricourt.

Pour le moment, les médecins cherchent à déterminer le mode de traitement le plus efficace. « La piste la plus explorée consiste à répéter les administrations de kétamine pendant plusieurs semaines, avant d’espacer progressivement les prises », indique le Docteur de Maricourt.

Article rédigé par Georges Simmonds pour RT Flash

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