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Les bébés parlent aussi avec les mains !

Les babillages que les bébés commencent à émettre vers l'âge de sept mois émerveillent toujours leurs parents. Ils fascinent et intéressent aussi ceux qui essaient de percer les mystères du langage humain. En 1991, Laura-Ann Petitto, une célèbre psychologue spécialiste des neurosciences de l'université américaine de Darmouth (New Hampshire), avait montré que des enfants ayant des parents sourds et utilisant le langage des signes, babillent aussi avec les mains. A l'époque, cette découverte avait fait sensation car elle remettait en cause le dogme selon lequel les fonctions du langage - en l'occurrence le prélangage - sont exclusivement réservées aux sons et aux paroles. Un peu plus tard, elle avait définitivement tordu le cou à cette croyance en montrant que la langue des signes et la langue parlée activent exactement la même zone cérébrale que la chercheuse n'hésite pas à définir comme « l'organe du langage dans le cerveau ». Laura-Ann Petitto publie aujourd'hui une étude où elle revient sur la signification de ce babillage gestuel. Peut-on vraiment dire que ces jeux de mains sont en relation directe avec le langage ? Ou bien, au contraire, est-on en présence de mouvements ou de gestes automatiques n'ayant rien à voir avec cette faculté ? Pour répondre à ces questions, elle a filmé les gestes de six bébés auxquels de toutes petites lampes avaient été fixées sur les mains. Les enfants ont été soumis à trois séances d'enregistrement au cours desquelles ils jouaient et manipulaient des objets, à l'âge de 6, 10 et 12 mois. Ces bébés sont tous entendants mais trois d'entre eux ont des parents sourds utilisant le langage des signes. Les trois autres ont des parents qui parlent anglais. En décortiquant l'enregistre-ment des gestes en 3D à l'aide d'un gros ordinateur - la vitesse, la direction et l'ampleur des déplacements des lampes apparaissent avec une extrême précision sur un fond d'écran noir -, Laura-Ann Petitto s'est aperçue qu'à certains moments, les trois bébés de parents sourds bougent les mains de façon très inhabituelle. « Au cours de ces séquences, le rythme de leurs gestes se ralentit, explique-t-elle dans un français parfait. Ce qui est frappant de constater, c'est qu'ils limitent alors le déplacement de leurs mains juste au-devant du corps et qu'ils les écartent très peu. » En dehors de ces périodes, ils ont les mêmes gestes désordonnés, rapides et saccadés que les enfants issus de famille où les échanges ont lieu par la parole. Autrement dit, il est clair pour la chercheuse que les moments où les mains du bébé se mettent à tricoter lentement dans l'espace correspondant au « areu » et autres « bah » émis par leurs petits congénères. Ils babillent et jouent eux aussi avec leurs mains comme d'autres avec les sons. L'expérience est magnifique. Des extraits devraient bientôt être mis en ligne sur Internet. Les enseignements qu'elle en tire font partie du débat actuel sur la nature et la spécificité du langage humain. Pour Laura-Ann Petitto, qui parle l'italien, l'anglais et le français, et pratique couramment les langues des signes américaine et française, le babillage des mains se caractérise par son rythme très particulier. Or, le rythme est la caractéristique principale du langage humain, qu'il soit parlé ou gestuel. C'est même ce qui le définit. Jacques Mehler, directeur du laboratoire parisien de sciences cognitives et psycholinguistiques (Ehess/CNRS), a ainsi montré que les syllabes jouent un rôle crucial dans le langage parlé comme l'alternance consonne/voyelle ou celle des syllabes accentuées. Et ce rythme se retrouve aussi dans la langue des signes. Ces recherches confirment que le babillage est un apprentissage ludique du rythme du langage, quelle que soit la langue « parlée . Au Québec, de nombreuses expériences ont montré que des enfants appartenant à des familles parlant exclusivement le français apprennent l'anglais en quelques semaines s'ils vont dans une crèche ou une maternelle où l'on ne parle que la langue de Shakespeare. Les mêmes performances ont été observées avec la langue des signes. Preuve de l'extraordinaire plasticité du cerveau des bébés.

Figaro :

http://www.lefigaro.fr/cgi-bin/gx.cgi/AppLogic+FTContentServer?

Nature : http://www.nature.com/nsu/010906/010906-16.html

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