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Autisme : deux formes distinctes de la maladie ?
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Ces dernières années, les demandes de reconnaissance du spectre autistique explosent, mais la compréhension fine de cette condition reste partielle. Malgré une définition clinique partagée, les trajectoires individuelles divergent profondément. Pourquoi certains enfants sont-ils diagnostiqués à trois ans, quand d’autres le sont à vingt ? Une étude internationale, pilotée par l’université de Cambridge en collaboration avec des chercheurs aux États-Unis, en Australie et au Danemark, apporte un éclairage inédit. En combinant données comportementales et profils génétiques de plus de 45 000 personnes, les auteurs montrent que l’âge au diagnostic correspond à des formes d’autisme distinctes sur le plan biologique. Publiée dans la revue Nature, cette recherche remet en cause l’idée d’un trouble unique et appelle à repenser nos approches du diagnostic et de l’accompagnement.
La récente étude s’appuie sur des données issues de plus de 45 000 personnes autistes provenant de plusieurs cohortes nationales, notamment SPARK (États-Unis), iPSYCH (Danemark) et des études longitudinales britanniques et australiennes. En analysant l’évolution du comportement des enfants autistes entre 5 et 17 ans à l’aide du Strengths and Difficulties Questionnaire (SDQ), les chercheurs ont identifié deux trajectoires comportementales distinctes. La première trajectoire, qualifiée de "précoce", concerne les enfants dont les difficultés émotionnelles et sociales apparaissent dès les premières années de vie. Et elles restent relativement stables dans le temps. Ces enfants sont en général diagnostiqués avant l’âge de 6 ans. Ils présentent souvent des signes clairs dès la petite enfance : retard de langage, difficultés d’interaction sociale, retards moteurs comme l’acquisition de la marche ou l’interprétation des gestes.
La seconde trajectoire, dite "émergente tardive", se caractérise par un début de développement apparemment typique. Mais s’en suit une augmentation progressive des difficultés sociales, émotionnelles et comportementales durant l’enfance ou l’adolescence. Ce groupe se voit diagnostiqué plus tard, souvent après 10 ans. Leurs signes sont moins visibles au départ, rendant le repérage précoce difficile. La distinction entre ces deux trajectoires n’est pas liée au sexe, au statut socio-économique ou au niveau cognitif. Selon les chercheurs, ces trajectoires reflètent des différences réelles dans le développement, et non de simples retards de diagnostic. Le modèle utilisé a permis d’expliquer jusqu’à 30 % de la variance dans l’âge du diagnostic. Bien au-delà des 5 % expliqués par les facteurs socio-démographiques.
L’analyse génétique approfondie a révélé que l’âge au diagnostic de l’autisme est partiellement héritable, avec une héritabilité estimée à environ 11 %. Pour établir cela, les chercheurs ont réalisé une étude d’association pangénomique (GWAS) sur deux larges échantillons : la cohorte iPSYCH (18 965 personnes au Danemark) et SPARK (28 165 participants aux États-Unis). En d’autres termes, les chercheurs ont analysé l’ensemble du génome pour identifier des variantes génétiques liées à l’autisme. Ils ont alors détecté une différence significative entre les profils génétiques des personnes diagnostiquées tôt et celles diagnostiquées plus tard.
L’ancienne hypothèse dite "unitaire" considérait qu’un même ensemble de gènes expliquait toutes les formes d’autisme. Or, ici les données soutiennent un modèle développemental, dans lequel différents ensembles de gènes sont impliqués selon l’âge de diagnostic. L’équipe de Warrier a notamment identifié deux facteurs polygéniques distincts. Le premier est associé aux diagnostics précoces et aux traits autistiques classiques, le second, lié aux diagnostics plus tardifs. Ce dernier se voit fortement corrélé génétiquement à des troubles comme le TDAH, la dépression, le stress post-traumatique ou les antécédents de maltraitance.
Ainsi, l’âge au diagnostic ne reflète pas simplement une gravité différente ou un accès inégal aux soins, mais aussi des différences biologiques fondamentales. Ces résultats incitent à ne plus considérer l’autisme comme un trouble homogène. Mais il s’agirait d’un regroupement de phénotypes liés par certains traits, mais distincts dans leurs bases génétiques. Les personnes diagnostiquées tardivement présentent des profils psychologiques et cliniques plus complexes, avec une fréquence plus élevée de troubles psychiatriques associés. Selon l’étude, les adolescents diagnostiqués après 10 ans ont davantage de difficultés dans les interactions sociales, une plus forte instabilité émotionnelle et une exposition accrue à l’anxiété, la dépression et le risque d’isolement social. Les résultats de l’étude révèlent donc un lien clair entre diagnostic tardif et co-occurrence de troubles mentaux, appuyé par les données génétiques : les gènes impliqués dans les formes tardives d’autisme sont plus proches de ceux de la dépression ou du TDAH que de ceux des diagnostics précoces.
Nature : https://www.nature.com/articles/s41586-025-09542-6
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- Publié dans : Neurosciences & Sciences cognitives
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