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Des gencives saines pour éviter une rupture d'anévrysme

Avoir des gencives qui saignent est non seulement douloureux, mais aussi très mauvais pour les artères. Il faut aller régulièrement chez le dentiste et ne jamais laisser une inflammation des gencives évoluer. C'est la conclusion pratique des travaux de chercheurs de l'Inserm (U698) en collaboration avec des chirurgiens vasculaires (hôpitaux Bichat et Georges-Pompidou) et des équipes de parodontologie (hôpital Rothschild à Paris et à Rennes). Ils montrent en effet un lien fort entre les parodontites - inflammations du tissu de soutien des dents - et le développement d'anévrysmes de l'aorte abdominale. Leurs résultats viennent d'être publiés dans la revue PloS One.

De très nombreuses bactéries sont naturellement présentes dans notre bouche. Sans provoquer de dommages. Les problèmes surviennent quand elles passent dans la circulation sanguine, à l'occasion d'une inflammation des gencives (une gingivite, qui peut évoluer en parodontite). "Une de ces bactéries prédomine, c'est Porphyromonas gingivalis", explique Olivier Meilhac, qui a coordonné ces travaux. "Les parodontites provoquent alors une inflammation générale ; et comme l'inflammation est un facteur de risque de pathologies cardiovasculaires, entre autres, nous avons recherché la présence de ces bactéries dans la paroi des vaisseaux et, notamment, dans des échantillons d'aortes provenant de patients ayant présenté un anévrysme."

Le mode de formation de l'anévrysme de l'aorte abdominale est bien connu : tout commence par la formation d'un caillot de sang qui, pour ne pas être chassé par la circulation sanguine, s'accroche à la paroi du vaisseau au niveau de lésions dues à l'athérosclérose et y creuse une sorte de niche. "Normalement, quand un caillot se forme sur une blessure, il est progressivement digéré au cours de la cicatrisation" explique le chercheur. "Mais en présence de P. gingivalis, ce n'est pas le cas. Il y a en permanence des cellules immunitaires appelées neutrophiles, chargées de défendre l'organisme, dont l'activation entraîne la libération d'élastase, une enzyme qui va dégrader peu à peu la paroi de l'aorte." Ce qui peut aboutir à la redoutable rupture d'anévrysme, responsable du décès de 1 à 2 % des hommes âgés de plus de 65 ans.

Depuis quelques années, des travaux ont montré que la prise d'un antibiotique, la doxycycline, réduisait la croissance des anévrysmes de l'aorte abdominale. Mais cet effet était attribué au fait que ce médicament, doté de différentes propriétés, empêchait le recrutement de cellules immunitaires. L'équipe d'Olivier Meilhac a travaillé sur la composante infectieuse de l'anévrysme. Chez le rat, elle a démontré que la taille de ce dernier était plus importante après injection de P. gingivalis et, surtout, que l'absence de cicatrisation était similaire à celle observée chez l'homme. Preuve que le recrutement de ces cellules neutrophiles pourrait être dû à des infections bactériennes à bas bruit, mais récurrentes d'origine buccale. "On devrait donc pouvoir ralentir et même stopper la progression des anévrysmes de l'aorte abdominale en traitant la maladie parodontale localement ainsi qu'en utilisant des antibiotiques adaptés", conclut Olivier Meilhac.

Le Point

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