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Edito : Qui l'aurait cru, il y a peu encore : le recyclage propre des emballages est enfin à notre portée ?

Avec mes voeux les meilleurs pour 2020 : En ces premiers jours de 2020, je vous présente mes voeux les meilleurs et les plus sincères. C'est grâce à votre confiance que RT Flash a encore les moyens de paraître tout au long de cette année nouvelle. J'espère que les 3 membres (Monique, Mark et moi-même) de notre toute petite équipe sauront toujours recueillir votre attention et vous permettront, semaine après semaine, de découvrir toutes les innovations qui changent de plus en plus rapidement notre Monde.

Sachez surtout rester en bonne santé car à l'encontre des idées les plus répandues, il y a encore peu, ce n'est pas le Destin qui décide de l'essentiel de notre santé mais bien nous, par nos projets, notre respect de règles fondamentales d'alimentation et d'activité physique, loin de tout stress, qui, jour après jour, construisons notre Avenir.

Mais OUI, l'année 2020 sera une belle année. Ce sera celle de mes 80 ans...

Bien Cordialement

René TREGOUET

EDITORIAL :

Je reviens cette semaine sur une question qui agite à nouveau l’actualité technologique, mais également politique, celle du recyclage et de la valorisation des emballages, à commencer évidemment par les plastiques. L’Humanité a déjà produit 8,5 milliards de tonnes de plastiques depuis 1950 et, chaque année, chaque humain produit à présent l’équivalent de son propre poids en matières plastiques, soit plus 360 millions de tonnes en 2018. La quasi-totalité de ce plastique – plus de 90 % - n’est pas recyclé, 12 % de ce plastique est incinéré et les reste, environ 80 %, finit dans des décharges ou surtout dans la nature, soit parce qu’il est impossible à recycler, soit qu’il n’y a aucun débouché économiquement viable.

Dans la méthode actuelle, dite de recyclage mécanique, le plastique sert de matériau pour fabriquer de nouveaux produits. Par le biais de la collecte sélective, on récolte les différents plastiques, qu’il faut ensuite trier selon le type de résine, puis par opacité ou par couleur, avant de les faire fondre pour leur donner une nouvelle forme. Résultat, la plupart des plastiques sont recyclés en produits de moindre valeur, comme les bouteilles transparentes qui sont transformées en fibres synthétiques pour l’industrie du textile ou des tapis. Et, en général, cette deuxième vie des plastiques n’est elle-même pas recyclable.

Jusqu’en 2018, les pays développés expédiaient sans états d’âme la majorité de leurs déchets plastiques en Asie. Mais depuis deux ans, les principaux pays asiatiques, Chine, mais également Indonésie, Philippines, Vietnam et récemment Malaisie, ont durci de manière draconienne leurs conditions d’accueil de ces déchets plastiques, ce qui oblige l’Europe et l’Amérique du Nord à prendre enfin à bras le corps ce défi du recyclage des matières plastiques.

Mais le recyclage de ces énormes quantités de plastiques est un véritable casse-tête économique et technologique car les principales méthodes mécaniques, thermiques ou chimiques développées pour l’instant à grande échelle sont gourmandes en énergie, émettrices de gaz à effet de serre et ne permettent pas d’envisager un recyclage complet et durable de ces plastiques.

Heureusement, certaines ruptures scientifiques et techniques récentes vont peut-être changer la donne. Des chercheurs américains du laboratoire national Lawrence Berkeley (Voir Nature) ont par exemple mis au point un matériau qui pourrait se recycler à l'infini tout en conservant ses qualités. Baptisé polydiketoenamine (PDK), concrètement, il suffit de le plonger dans l'acide pendant 12 heures pour briser les liaisons et séparer les monomères (des composés constitués de molécules simples). Comme de véritables Lego, il est ensuite possible de réassembler les composants dans différentes formes, couleurs et textures... Un processus qui pourrait être ensuite répété à l'infini, selon les chercheurs.

Le PDK est obtenu par polymérisation de la diketoenamine, une molécule constituée d’une unité composée de trois cétones, liée à une amine aromatique ou aliphatique. Grand avantage de ce procédé : cette polymérisation est facilement réversible en plongeant le PDK dans une solution hautement acide pendant douze heures. En outre, cette technique permet de casser, puis de réassembler les molécules en conservant toutes les propriétés mécaniques, thermiques et chimiques du matériau obtenu, un progrès décisif pour passer au stade industriel. Selon Peter Christensen, le principal auteur de l’étude, « La facilité avec laquelle les PDK peuvent être fabriqués, utilisés, recyclés et réutilisés - sans perdre de valeur - fournissent de nouvelles orientations pour la conception de polymères durables ayant un impact minimal sur l’environnement ». Ces chercheurs veulent à présent développer des plastiques PDK présentant différentes propriétés thermiques et mécaniques pour les marchés du textile, de l’impression 3D ou encore des matériaux expansés. Ces scientifiques espèrent que leur nouveau plastique pourra remplacer ceux, non recyclables, qui sont utilisés aujourd'hui.

Au Québec, Loop Industries a pour sa part développé une méthode qui combine l’utilisation d’un solvant et d’un catalyseur pour découper la structure chimique du PET, Polytéréphtalate d'éthylène, principal type de plastique utilisé dans le monde pour la fabrication de bouteilles, flacons, pots, films et feuilles pour purifier les deux monomères, qui peuvent ensuite être assemblés à nouveau pour fabriquer du PET. Le procédé permet de recycler des plastiques moins bien triés ou encore ceux qui contiennent des colorants. La dépolymérisation brise la chaîne entre les deux monomères et permet d’extraire les contaminants, les additifs et les colorants.

Les géants comme Coke, Danone et Pepsi, qui utilisent des millions de tonnes de plastique par année, ont signé des ententes d’achat avec Loop Industries. Et même si la première usine n’en produira que 40 000 tonnes par année, Loop y voit un premier pas prometteur et, surtout, une formidable occasion de croissance.

Non loin de Montréal, l'entreprise Pyrowave utilise un autre outil pour ramener le plastique sous forme de monomères : un micro-ondes géant ! L’entreprise l’utilise pour faire chauffer très rapidement un mélange de polystyrène très difficile à recycler. En s’appuyant sur le principe d’économie circulaire, cette entreprise crée en effet, à partir de déchets de polystyrène, une matière recyclée et recyclable à l’infini destinée à réintégrer la fabrication de polystyrène, voire d’autres plastiques. La technologie utilisée, dite de dépolymérisation catalytique par micro-ondes, consiste à chauffer rapidement et à haute température le polystyrène préalablement densifié, déchiqueté et dissout. Cette méthode permet de briser les chaînes de polymères qui constituent le polystyrène et d’obtenir un liquide composé de monomères de styrène : une fois purifié, celui-ci possède les mêmes caractéristiques que la résine vierge. Selon Pyrowave, ce procédé permet d’obtenir un rendement d’environ 95 % de monomères sous forme liquide. Autre avantage : l’utilisation de cette résine recyclée dans la fabrication de polystyrène nécessite quinze fois moins d’énergie et émet trois fois moins de GES, comparée à l’utilisation de matière fossile vierge.

En France, le recyclage du plastique reste également un défi à ce jour non résolu : on estime que seuls 26 % des plastiques sont recyclés en France. Sur 4,6 millions de tonnes de déchets plastiques, 3,7 millions partent encore dans les décharges sauvages et les océans. La France se situe bien en dessous de la moyenne de l'Union européenne, qui s'élève à 40,8 % de plastiques recyclés.

La « loi relative à la transition énergétique pour une croissance verte » (LTECV) de 2015 réclame pourtant une diminution de 50 % du volume des déchets mis en décharge en 2025. Cet objectif passe notamment par une obligation de recyclage de 100 % des plastiques PET à la même échéance. Pour y parvenir, il faut donc impérativement trouver de nouvelles méthodes de recyclage et de valorisation du déchet plastique.

Le projet de loi sur l’économie circulaire qui vient d'être examiné par l'Assemblée nationale, prévoit le recours au système de consigne pour les bouteilles plastiques. Le principe : faire payer au consommateur un surcoût de l’ordre de quelques centimes lorsqu’il achète un produit emballé, par exemple une boisson dans une bouteille en plastique. Ces quelques centimes lui sont rendus s’il dépose dans un point de tri l’emballage du produit consommé, soit en l’occurrence, la bouteille en plastique vide.

Dans les pays voisins où ce système est en place, notamment en Allemagne, les points de tri se trouvent la plupart du temps dans les grandes surfaces. Ce sont donc les entreprises de la grande distribution qui se chargent de la gestion des déchets. En France, la gestion des déchets est l’affaire des collectivités territoriales — communes et intercommunalités, qui ont réalisé des investissements très importants dans ce domaine au cours de ces dernières années. Concrètement, la collecte et le traitement (comprendre le réemploi, le recyclage, l’incinération ou la mise en décharge) des déchets d’emballage sont assurés par les collectivités locales. Elles sont financées par un éco-organisme, Citéo, qui est chargé de collecter auprès des producteurs leurs « éco-contributions », une taxe obligatoire sur chaque produit d’emballage mis sur le marché. Ce mécanisme de financement est appelé « responsabilité élargie des producteurs » (REP).

Mais le système de consigne proposé initialement par le gouvernement a créé une légitime inquiétude auprès des collectivités locales et des recycleurs. Ces acteurs du recyclage font valoir, non sans arguments solides, qu’une transition brusque vers un système de consigne intégrale risque de déstabiliser le modèle économique laborieusement mis en place entre les collectivités et les industriels. En outre, sur le plan environnemental, il n’est pas certain que les émissions de gaz à effet de serre dues au transport des déchets jusqu’aux points de collecte rendent le bilan carbone de la consigne intéressant.

Les collectivités locales proposent donc de mettre en place un système de collecte étendu aux emballages ménagers consommés hors foyer, dans les lieux publics (gares, parcs, centres commerciaux…), ce qui permettrait d’augmenter la performance de la filière. Le Gouvernement, pour sa part, a proposé il y a quelques semaines, dans le cadre du débat parlementaire sur le projet de loi concernant l'économie circulaire,  un système de « consigne mixte », combinant recyclage des bouteilles en plastique et réemploi des bouteilles en verre. Il a également eu la sagesse d’accepter une période d’expérimentation jusqu’en 2023 de ce nouveau système dans les territoires volontaires, avant d’envisager son éventuelle généralisation.

Il faut également souligner que le principe de la consigne peut s’appliquer à l’ensemble des emballages et pas uniquement aux bouteilles plastiques. Dans les pays qui y ont recours, les opérateurs de gestion des déchets récoltent, trient et convoient des emballages en plastique, en verre, en aluminium, etc. A terme l’idée est de pouvoir récolter en un même lieu, non seulement les bouteilles en plastique, pour favoriser leur recyclage, mais également les emballages en verre ou en aluminium. Grâce à ce système, la Norvège a par exemple atteint, en 2018, un taux de recyclage supérieur à 90 % pour toutes les bouteilles en plastique, soit 1,2 milliard d’unités et 80 % de plastique recyclé entrent désormais dans la fabrication des bouteilles norvégiennes.

En France, une PME, Carbios, s’est distinguée en mettant au point un procédé biochimique unique an monde permettant de « casser » de manière propre et rapide les chaînes moléculaires qui forment le PET, principal plastique produit par l’industrie. Installée en Auvergne, près de Clermont-Ferrand, Carbios s'est donnée comme objectif il y a huit ans de développer une enzyme permettant de déconstruire les polymères composant le plastique, afin de rendre celui-ci biodégradable. Dès l'origine, la société s'est fixée pour ambition de réutiliser les monomères issus de cette décomposition pour produire de nouveaux objets 100 % bio recyclés.

Soutenue par différents fonds d'investissement, par l’Ademe et la BPI, l'entreprise s'est associée en 2012 au monde académique (CNRS, Inra,…) pour trouver, parmi des milliers de candidats, l'enzyme capable de digérer le plastique afin qu'il se décompose rapidement. En février dernier, Carbios a créé l'événement en présentant sa première bouteille PET 100 % bio recyclée. « Grâce à ce processus de déconstruction de polymères, nous pouvons reproduire à partir d'une bouteille recyclée une nouvelle bouteille de même qualité. Ce recyclage se fait avec quasiment aucune perte de matière première », déclare Jean-Claude Lumaret, directeur général de Carbios.

Le PET est un polymère composé seulement de deux éléments, de l'acide téréphtalique et du monoéthylène glycol. Les enzymes identifiées et améliorées par Carbios agissent comme de véritables ciseaux moléculaires : elles coupent les liaisons et séparent en moins d’une journée ces deux composants. Ce procédé biologique a ceci d’unique qu’il fonctionne à seulement 60 degrés, sans additifs chimiques, et permet pour la première fois de re-synthétiser du PET identique à la matière d’origine, sans altérations des propriétés mécaniques, ce qui ouvre enfin la voie, à l’horizon 2025, à un recyclage à l'infini à l’échelle industrielle du plastique, sous réserve toutefois, de disposer d’un système de collecte en amont plus complet et plus efficace qu’aujourd’hui, ce qui est tout l’enjeu de l’actuel projet de loi sur l’économie circulaire et du débat autour de la généralisation du système de consigne.

Mais un nombre croissant de scientifiques, d’industriels et d’élus, sont à présent conscients du fait que quels que soient les progrès en matière de recyclage des plastiques, ils ne suffiront pas à régler ce gigantesque problème de société, si nous ne parvenons simultanément pas à réduire à la source nos besoins en matières plastiques, et plus largement nos consommations d'emballages de toute nature. Dans cette perspective, Carrefour et l'américain TerraCycle ont annoncé récemment le lancement d'une plate-forme de commerce électronique visant à réduire les emballages à usage unique, alors que la lutte contre le gaspillage et l'utilisation du plastique constitue un défi pour les distributeurs et les industriels de l'agroalimentaire.

C'est en région parisienne que le distributeur français et le spécialiste américain du recyclage des déchets ont ouvert Loop, le premier site livrant à domicile, sans supplément de prix, plus de 300 produits, parmi lesquels des eaux minérales, huiles, soupes, confitures et miels, mais également des crèmes glacées ou des shampoings ou savons liquides dans des contenants durables et consignés. Plus de 25 fabricants, grands industriels comme Danone, Unilever ou Procter & Gamble, ou petites entreprises comme la Biscuiterie de Provence, se sont associés à ce projet-pilote, observé de près par l’ensemble du secteur de la distribution.

Les produits, consignés, sont livrés à domicile et la consigne est remboursée lorsque ces conteneurs sont restitués par le client après avoir été récupérés gratuitement à son domicile. En aval, Loop se charge du nettoyage et de la stérilisation afin que l’ensemble de ces conteneurs puissent être réutilisés. Carrefour, pour sa part, s’occupe de la plate-forme logistique. Carrefour s'est fixé pour objectif de vendre 100 % de ses marques propres dans des matériaux recyclables, réutilisables ou compostables d'ici à 2025. Mais l’aspect le plus novateur de ce nouveau mode de distribution est que TerraCycle s'engage également à récupérer et recycler aussi les produits pour lesquels il n'existe pas de solution de réutilisation, comme les couches, les lames de rasoirs ou les brosses à dents, qui pourront être renvoyés dans des boîtes spécifiques. Pour Tom Skazy, fondateur et patron de Terracycle, « Les produits et emballages non recyclables ou réutilisables appartiennent au passé et d’ici cinq ans, plus un consommateur n’en voudra ».

Un autre géant de l’agro-alimentaire, Danone, s'est engagé à produire d'ici à 2025 des bouteilles d'Evian en plastique recyclé à 100 %. Quant à la firme l'Oréal, un des leaders mondiaux des cosmétiques, elle a signé, comme Nestlé ou Pepsi cola, un accord de partenariat avec Carbios pour pouvoir exploiter sa technologie unique au monde de recyclage biologique du plastique.

On voit donc que, bien plus rapidement qu’on aurait pu l’imaginer il y a encore quelques années, une nouvelle économie circulaire globale est en train de se mettre en place, grâce à l’action conjuguée des responsables politiques, mais également des industriels et des scientifiques, sans oublier le rôle décisif des consommateurs, de plus en soucieux de réduire leur impact sur l'environnement et de contribuer à la lutte contre le réchauffement climatique. Ce n’est d’ailleurs pas par hasard si le 11 décembre dernier, la nouvelle Présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé, dans le cadre de son « Green Deal », d’une part, que l’ensemble des emballages devront être intégralement recyclables dans l’Union européenne, d’ici 2030 et, d’autre part, que l’ensemble des produits durables vendus dans l’UE devront être conçus, à la même échéance, de manière à pouvoir être réparés.

On le voit bien, un tournant décisif est en train d'être pris par notre société, et je fais le pari que les enfants qui naissent aujourd’hui auront sans doute de la peine à croire, lorsqu’ils auront dix ans, qu’en 2019, leurs parents achetaient encore des produits qui n’étaient pas conçu pour être totalement recyclables ou réutilisables…

René TRÉGOUËT

Sénateur honoraire

Fondateur du Groupe de Prospective du Sénat

e-mail : tregouet@gmail.com

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