RTFlash

RTFlash a besoin de vous pour continuer à exister !

Propulsé par HelloAsso

Edito : Les MOOCs bouleversent l’accès au savoir

Le 6 avril dernier, à l’occasion de la conférence annuelle de la «Clinton Global Initiative University», l’ancien Président américain Bill Clinton a fait une intervention remarquée dans laquelle il a notamment affirmé « Vous allez assister à un changement de grande ampleur dans l’enseignement supérieur » (Voir Times Higher Education).

Pour Bill Clinton, ce changement pourrait passer par une certification des cours en ligne, car, selon lui, « Cette certification  permettrait de rendre le système moins coûteux, seule solution durable à l’explosion de la dette étudiante ».

L’ancien Président américain a rappelé que la dette étudiante aux Etats-Unis a progressé de 58 % durant les sept dernières années. «On ne peut simplement pas continuer de voir le coût des université doubler tous les dix ans alors que les salaires stagnent et que les programmes de bourses ne s’améliorent pas !», a-t-il souligné.

Alors que l’ancien Président américain prononçait ce discours, la Californie s’apprêtait à reconnaître, par la  Loi, les cours en ligne, ce qui constituerait une première aux États-Unis.

Le Massachusetts Institute of Technology a été l’un des premiers établissements à mettre à disposition gratuitement en ligne en 2001 l’ensemble de ses publications  éducatives (MIT-OCW). Depuis, un grand nombre d’universités américaines ont emboîté le pas au prestigieux MIT, dont Stanford, en 2008.

Le terme de MOOCs (Cours ouverts en ligne pour tous) est apparu en 2008 mais le véritable décollage des MOOCs a eu lieu fin 2011, quand Sebastian Thrun, professeur d’informatique à Stanford et fondateur de Google X (le laboratoire de recherche de Google), décida de proposer gratuitement en ligne son cours sur l’intelligence artificielle. Au cours des trois mois qui suivirent, près de 200 000 personnes se sont inscrites à ce cours en ligne !

23 000 d’entre elles obtiendront quelques mois plus tard leur examen. Le New York Times titre alors « 2012, année des MOOCs ».

En avril 2012, les MOOCs franchisent une nouvelle étape avec l’arrivée de Coursera, qui regroupe près de 3,7 millions d’inscrits pour 70 partenaires proposant plus de 370 cours.

Contrairement aux premiers MOOCs, Coursera ne produit pas lui-même ses cours, et se fonde d’emblée sur un ensemble d’accords et de partenariats avec de grandes universités américaines. Autre nouveauté, Coursera diffuse des cours dans toutes les disciplines, sciences humaines, sciences physiques, biologie ou philosophie.

Au cours de ces derniers mois, les MOOCs ont connu une véritable explosion aux Etats-Unis et la Californie a notamment décidé d'étendre cet outil d'enseignement à distance à l’ensemble de ses universités.

Dans l'Université d'État de San José par exemple, l’enseignement à distance, mis en place dans le cadre d'un partenariat avec edX (une plate-forme développée conjointement par l'Université d'Harvard et le MIT), permet aux étudiants de suivre leurs cours de manière virtuelle, en utilisant différents terminaux numériques, portable, smartphone ou tablette.

Depuis la rentrée 2012, les étudiants peuvent suivre des cours d'électronique sous forme de modules multimédias (blended learning), disponibles en ligne à tout moment et associant vidéos, documents textuels, exercices interactifs. Ce mode d'enseignement à distance permet également des échanges en direct ou en différé avec les enseignants et les discussions entre étudiants.

Les premiers résultats  de ce téléenseignement ont été très encourageants puisque le taux de réussite aux examens de ces étudiants d’un nouveau genre a atteint 91 %, contre 55 % pour ceux qui ont suivi des cours classiques.

D'ici un an, la moitié des 23 campus qui constituent les universités de Californie devraient proposer à leurs étudiants ce type d'enseignement.

La Californie a d’ailleurs adopté un nouveau cadre législatif  novateur qui oblige les établissements publics à délivrer des «crédits» universitaires aux étudiants qui suivent certains cours en ligne, préalablement agréés par l’université.

Une autre université américaine prestigieuse, Yale, qui propose déjà depuis 7 ans une partie de ses cours en ligne, via sa propre plate-forme, va proposer à partir de 2014 des cours gratuits, via la plate-forme Coursera.

Mais il est intéressant de souligner que les entreprises ont également compris tous les bénéfices qu’elles pouvaient tirer de ces technologies d’apprentissage à distance et notamment d’une forme d’apprentissage qui est en train de s’imposer, l’apprentissage mixte.

L’apprentissage mixte ou composite repose sur une combinaison de contenus apportés en présentiel et à distance pendant plusieurs semaines, ce qui permet de cumuler les avantages réciproques de l’enseignement « physique » et de l’enseignement « virtuel ».

Ce mode d’enseignement et d’apprentissage séduit également un nombre croissant d’entreprises qui cherchent à proposer à leurs collaborateurs un panel de plus en plus large de formations de haut niveau.

La vague des MOOCs et de l’apprentissage mixte, après avoir déferlé sur les Etats-Unis, atteint l’Europe où fleurissent une multitude d’universités en ligne et de cours virtuels. C’est ainsi que six écoles (Audencia, l’IAE, l’Université de Maastricht University, l’EADA de Barcelone, l'université Kozminski à Varsovie et l'HHL à Leipzig), se sont regroupées pour proposer un « Euro MBA ».

Ce programme mélange lui aussi les cours en ligne et six séminaires, à raison d'un par école, tous les quatre mois. Les étudiants se retrouvent sur Internet pour travailler de manière collaborative et ont également des devoirs à rendre. Pour compenser les contacts physiques, plus rares, les échanges entre élèves et entre élèves et enseignants se sont fortement intensifiés, y compris le week-end !

Bien entendu, ces nouvelles formes d’enseignement suivent les évolutions technologiques et intègrent les échanges électroniques de notes et documents qui s’enrichissent avec l’intégration croissante de la voix et de la vidéo.

L’Institut suisse Glion par exemple propose à présent un MBA spécialisé en hôtellerie qui ne comporte plus aucun cours ou séminaire présentiel et utilise le système WebEx, qui combine de manière très simple pour l’utilisateur, le partage de fichiers et de présentations avec voix et vidéo HD.

Mais cette révolution technologique s’accompagne également d’innovations pédagogiques très intéressantes. Au Collège Sainte-Anne-de-Lachine, David Chartrand, Professeur de mathématiques a mis en place le concept de « classe inversée ».

Dans ce type de classe, le professeur dispense le volet magistral de son cours à l’aide des différents outils numériques. Il peut ainsi consacrer la durée de la classe au travail collaboratif, au débat et aux ateliers d’apprentissage. Grâce à ce modèle pédagogique original, l’enseignant se rend plus disponible et peut adapter d’une manière beaucoup plus souple et personnalisée ses cours aux différents rythmes des élèves.

Récemment, le premier colloque français consacré au cours pour tous ouvert en ligne a été l’occasion d’une réflexion très intéressante sur les perspectives d’utilisation éducative de plus en plus large de ces outils en pleine mutation technologique.

Au cours de cette rencontre, un consensus s’est dégagé pour souligner que ce nouveau type d’enseignement est appelé à une très grande diversification, notamment en direction des applications mobiles. Les participants ont également insisté sur l’importance de la mixité entre présentiel et virtuel et de la dimension collaborative de ces nouveaux outils pédagogiques.

En France, le site du Zero a résolument prit le pari de ce principe collaboratif (voir Site du Zero).

Ce site compte 570 000 utilisateurs pour 15 000 pages de cours mais son originalité tient dans le mode de production des contenus. Ceux-ci sont  produits et diffusés par des professeurs diplômés et compétents, mais les utilisateurs sont  activement invités à participer à l'enrichissement des cours en proposant leur contribution, dans le cadre d’un modèle ouvert (Open source).

On remarquera au passage le contraste entre le succès de ce site pionnier et le déclin du CNED, qui n’a pas su s’adapter à l’évolution des outils technologiques et de la demande des utilisateurs et a perdu la moitié de ses élèves depuis 15 ans.

Heureusement, de nombreuses initiatives se développent en France en matière d’enseignement en ligne. L’Ecole Polytechnique et l’Ecole Centrale de Lille ont ainsi récemment annoncé le lancement de leur premier MOOC. Le Gouvernement a pour sa part, lancé en début d’année le plan « France Université numérique » mais on peut se demander si l’objectif affiché  - mettre en ligne 20 % des cours dispensés par les universités d’ici 2017- a bien pris la mesure des enjeux de cette « virtualisation » de l’accès à la connaissance et n’est pas déjà dépassé.

À cet égard, la dernière note du Conseil d’Analyse Economique est riche d’enseignements. Elle révèle qu’en France 17 % des 15-29 ans ne sont ni dans l’emploi, ni en formation, ni scolarisés, soit 1.9 million de jeunes. Parmi eux, 900 000 ont quitté le système scolaire sans aucun diplôme et auront très peu de chances de trouver un emploi.

Or, le niveau d’étude est déterminant pour l’insertion professionnelle. En effet, 80 % des jeunes ayant fait des études supérieures trouvent un emploi dans les 3 ans suivant leur sortie du système éducatif, contre 30 % seulement pour ceux sortant après le collège. (Voir  note du CAE).

Le Conseil d’Analyse Economique souligne à juste titre que ce faible taux d’emploi des jeunes peu qualifiés en France a une cause principale : ces jeunes ne parviennent pas à acquérir des compétences nécessaires à l’insertion dans une société complexe, dominée par les technologies numériques et ne sont pas capables de s’adapter aux besoins des entreprises.

Cette note confirme, s’il en était besoin, que l’enseignement professionnel et l’apprentissage, en dépit des moyens considérables qui y sont consacrés, sont aujourd’hui inadaptés dans notre Pays aux jeunes ayant un faible niveau d’éducation et de qualification.

Quant à l’intégration des nouvelles technologies numériques dans le système général d’éducation, elle n’est toujours pas pleinement réalisée dans notre pays après 25 ans d’efforts et une douzaine de plans numériques successifs.

Comme le souligne Jean-Loup Bourrissoux, un ancien enseignant à présent consultant auprès des collectivités locales en matière de technologies numériques dédiées à l’éducation,  « Un tiers des collectivités territoriales a des établissements équipés où ça fonctionne. Le second  tiers a juste besoin de la petite étincelle pour que ça démarre. Et le dernier tiers, lui, a trop de soucis financiers pour y penser ».

Ce spécialiste reconnu rappelle quelques vérités de bon sens. Il souligne notamment que, pour que les enseignants puissent s’approprier ces nouveaux outils numériques, trois conditions sont nécessaires : installer un tableau numérique dans sa classe, fournir à cet enseignant un portable et lui proposer immédiatement une formation de qualité pour l’aider à utiliser ces nouvelles technologies.

Malheureusement sur le terrain, si les deux premières conditions sont assez souvent réunies, il n’en va pas toujours de même pour la troisième et il n’est pas rare que les enseignants attendent plusieurs mois avant de pouvoir disposer d’une formation qui leur permette d’utiliser efficacement ces nouveaux outils.

Il faut également souligner que nos écoles sont à présent globalement correctement équipées en matériel informatique mais on note de très grandes disparités, à la fois géographiques et par niveau d’enseignement, dans la répartition de ces outils.

En outre, l’intégration de ces nouveaux outils numériques à tous les niveaux du système éducatif remet en cause les frontières disciplinaires séculaires et la structure verticale et pyramidale de l’enseignement, ce qui n’est pas facile à admettre pour les différents acteurs du système éducatif et suppose une véritable « révolution culturelle », loin d’être achevée.

Ces différents freins culturels et institutionnels expliquent notamment pourquoi notre pays n’est que 21e sur 28 dans le classement international « School Net » pour l’usage des ordinateurs dans les classes !

Pourtant, un sondage Ipsos réalisé par Microsoft en 2011 rappelle par ailleurs que 56 % des enseignants seraient favorables à ce que les élèves apportent en cours leur ordinateur personnel ! La même étude révèle que 86 % des collégiens considèrent que les outils numériques développent la motivation et 83 % pensent que ces technologies améliorent la compréhension des cours.

Michel Serres a coutume de dire qu’après l’invention de l’écriture, il y a un peu plus de 5000 ans et l’invention de l’imprimerie, il y a cinq siècles et demi, nous sommes en train de vivre, avec l’avènement de l'Internet, des technologies numériques et de l’enseignement virtuel, la troisième grande révolution de civilisation, celle qui doit nous mener à la « société cognitive ».

Mais, comme le montrent les chiffres implacables révélés par l’étude du CAE, le défi n’est plus seulement éducatif ; il est également social et politique car il n’est pas tolérable, à l’heure de l’Internet à haut débit, de l’ultra mobilité et de l’enseignement virtuel, de laisser près de 2 millions de jeunes, c’est-à-dire quasiment le cinquième d’une classe d’âge, en perdition  avec toutes les conséquences désastreuses que cela entraîne pour eux-mêmes mais également pour la collectivité.

Or, au risque de paraître un peu provocateur, je voudrais rappeler que ce n’est pas dans les meilleurs établissements que les élèves ont le plus besoin d’utiliser et de maîtriser ces nouvelles technologies éducatives car ces enfants bénéficient d’un milieu familial et culturel qui leur permettra, pour la plupart d’entre eux, de réussir de toute façon leur formation intellectuelle et leur insertion socioprofessionnelle.

Tel n’est malheureusement pas le cas pour ces deux millions de jeunes en déshérence qui ne sont ni à l’école, ni en formation ni au travail.

Comment ne pas voir que c’est à ces jeunes en priorité qu’il faut proposer un accès facile à toutes les ressources cognitives nouvelles que permettent les nouvelles technologies éducatives. Il y a quelques années, en Grande-Bretagne, on s’est aperçu que certains jeunes issus de milieux défavorisés, qui ne lisaient pratiquement jamais de livres et n’étaient pas inscrit dans une bibliothèque, s’étaient mis à dévorer des romans de Dickens qui leur étaient proposés gratuitement, sous forme de feuilletons, sur leur mobile…

Nous touchons là au cœur du problème et nous devons appliquer le précepte chinois qui dit « Peu importe que le chat soit noir ou blanc, pourvu qu’il attrape les souris ». L’important en effet n’est-il pas de permettre à des jeunes ne possédant pas le socle culturel et intellectuel minimal de pouvoir accéder à un métier et de s’insérer dans la société, en ayant accès à des connaissances et des formations sous une forme qui corresponde à leur culture et à leurs habitudes de vie.

Si la collectivité voulait faire un grand pari sur l’avenir, elle dégagerait les moyens pour mettre en place un « contrat numérique d’insertion » auprès de chacun de ces jeunes, en leur proposant un tutorat adapté à leur situation et la mise à disposition (sous une forme qui reste à définir), d’outils numériques leur permettant d’accéder en permanence à des formations professionnelles en ligne à finalités qualifiantes.

Ces jeunes pourraient être intégrés dans ce que je propose d’appeler des « Communautés éducatives virtuelles ». Ces communautés  pourraient les encadrer et les accompagner dans leur parcours et combineraient de la manière la plus adaptée à leur situation, enseignement et apprentissage présentiels et virtuels.

Je suis persuadé que le coût pour la collectivité de ces contrats numériques d’insertion et de ces communautés  éducatives virtuelles serait dérisoire au regard des résultats en matière d’insertion socioprofessionnelle et d’épanouissement intellectuel et culturel pour ces jeunes.

Souhaitons que notre société ose faire ce pari et cet investissement indispensable pour que chacun puisse bénéficier de cette révolution de l’intelligence et de la connaissance que nous sommes en train de vivre.

René TRÉGOUËT

Sénateur Honoraire

Fondateur du Groupe de Prospective du Sénat

Noter cet article :

 

Vous serez certainement intéressé par ces articles :

Recommander cet article :

  • zelectron

    14/06/2013

    Pour ce qui nous préoccupe, cette situation est l'aboutissement à la fois du système principalement de l'enseignement publique qui est pratiquement toujours aux mains de la gauche, avec de surcroît quelques dinosaures de l'époque soviétique dont l'incitation principale est le nivellement par le bas et d'autre part (mais tout est lié) du fait des sommes vertigineuses que l'état a déboursé pendant des décennies pour alimenter une administration pléthorique ne laissant plus de place à des budgets convenables pour recruter des enseignants dignes de ce nom avec des moyens tels que livres et matériels pédagogiques/laboratoires sans oublier informatiques le tout encore aujourd'hui bien insuffisants. L'industrie manufacturière ainsi qu'agri-agroalimentaire étant dans un état pitoyables de nos jours elles ne peuvent plus recruter ces jeunes pour des situations d'avenir. Vous oubliez (ou tout du moins faites semblant) que la majorité de ces "laissés pour compte" n'a pas les mêmes schèmes en général que la majorité de la population "standard" leurs milieux familiaux ne les prédisposant pas à rejoindre les différents milieux du travail. Seule une toute petite fraction réussit et est donnée en exemple sur nos chaînes nationales de télévision. Le danger d'explosion de cette jeunesse qui malgré tout croyait à un avenir plus ou moins serein, par déception cruelle, devient de plus en plus malheureusement certain à moins qu'un "deus ex-machina" n'y mette bon ordre.

  • back-to-top