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Edito : Il faut que les gouvernements européens annoncent, sans retard, l'effacement de toutes les procédures UMTS

Il ne fait aucun doute que le mode d'attribution des licences UMTS décidé par les principaux gouvernements européens, les montants exorbitants atteints lors des enchères britanniques ou allemandes et les sommes peu raisonnables demandées par le gouvernement français lors du « concours de beauté », ont joué un rôle déterminant dans le déclenchement d'un processus qui a provoqué l'effondrement des valeurs télécoms. Mais ces graves erreurs politiques et financières ne sont pas seules responsables de l'effondrement des valeurs télécoms. Il y a deux autres causes : technologique et culturelle qui, sur le fond, jouent un rôle tout aussi fondamental. Au niveau technologique tout d'abord. Le succès du GSM a été si foudroyant et si ample sur l'ensemble de l'Europe que beaucoup de techniciens se sont laissé emporter par l'euphorie technologique des années 1998 et 1999. Ils ont laissé croire aux responsables des grandes compagnies, en tête desquelles nous retrouvons Ericsson et Nokia, leaders du marché GSM qui, eux-mêmes, ont « transmis » leurs convictions aux responsables politiques de la Commission de Bruxelles et aux leaders politiques européens, que la technologie UMTS, en ouvrant la voie à l'accès large débit et mobile à Internet, allait permettre à l'Europe de distancer définitivement les Etats-Unis dans le domaine des Télécommunications. Malheureusement, lors du passage de la théorie à la pratique, les techniciens ont constaté qu'il serait très difficile de tenir, dans des temps très courts, toutes les promesses qui avaient été faites au niveau des prouesses technologiques. Ainsi, au fur et à mesure qu'avancent les développements des prototypes, les dates opérationnelles de parfait fonctionnement sont sans cesse reportées. Il est maintenant plus réaliste de dire qu'il faudra au moins 5 ans avant que l'UMTS soit technologiquement accessible à Monsieur Toutlemonde et que le déploiement des réseaux pour couvrir l'ensemble du territoire européen sera beaucoup plus onéreux que celui qui était prévu à l'origine dans les plans d'affaires. Mais si les valeurs de télécommunications s'effondrent, il faut aussi en chercher la raison dans le domaine culturel et relationnel. Les opérateurs et les équipementiers oublient trop souvent qu'il est nécessaire, pour qu'une nouvelle technologie s'impose, que ses usages soient volontairement et spontanément acquis par ses utilisateurs potentiels. En Europe, beaucoup de décideurs ont cru, en définissant le modèle économique (aberrant) de l'UMTS, que cette nouvelle génération de communication mobile connaîtrait le même succès que le GSM et qu'ils pourraient même demander plus de 500 Francs par mois à chaque usager ! C'était aller un peu vite en besogne. En effet, de façon simpliste, comment pouvons-nous expliquer le succès du GSM ? Le portable GSM a eu comme principale vertu de donner à tous les usagers du téléphone, et plus particulièrement aux Jeunes, une sensation de liberté en coupant le fil de notre vieux téléphone qui, depuis des décennies, était lié à un lieu précis à notre domicile ou notre lieu de travail. Mais au niveau des usages, nous n'avons fait que transférer en mobile ce que nos parents et nous-mêmes avions l'habitude de faire depuis des décennies en fixe : avoir des conversations téléphoniques. Les spécialistes marketing des grands opérateurs de télécommunications auraient dû avoir leur attention attirée quand ils ont constaté que le premier usage qui n'était pas du vocal sur le GSM, je veux parler du Wap, a été un échec. Pour que l'UMTS soit sur la voie de la réussite, il faudrait d'abord qu'une large majorité d'européens aient déjà acquis l'habitude de naviguer sur Internet sur leur ordinateur, à leur domicile. Or, tous les chiffres sont cohérents : l'Europe et plus particulièrement les pays latins, dont malheureusement la France, accusent un vrai retard pour entrer dans ce nouveau monde. Il faudrait ensuite, si nous voulons que le plus grand nombre navigue avec plaisir et efficacité sur Internet en utilisant son « mobile UMTS », que l'interface vocale homme machine soit totalement opérationnelle et fiable. En effet, qui pourrait croire que les internautes seraient nombreux à utiliser cet outil s'il fallait encore se servir de claviers ou même de stylets, fort peu pratiques en usage totalement mobile, pour aller de page en page visiter les sites ! Pendant que nous nous « égosillons » par de vains discours, en Europe, à parler des « chances » de l'UMTS, les principales autres plaques continentales, et plus particulièrement l'Amérique du Nord, continuent imperturbablement à faire acquérir à leurs habitants les usages d'Internet en utilisant de plus en plus largement les hauts débits. Nous devrions nous poser des questions quand nous constatons le retard pris par l'Europe et plus particulièrement la France : à la fin de l'an 2000, on comptait 18 millions de personnes en Amérique du Nord raccordées à un réseau fixe Internet à haut débit alors que l'Europe n'en comptait que 5 millions, dont seulement 190.000 en France. Si nous prenions ces seuls éléments pour comparer notre Pays aux USA, la France ne pèserait plus que le centième des Etats-Unis ! Aussi, il est très urgent que les gouvernements des principaux pays européens prennent sans retard conscience qu'il leur faut changer de cap pour entrer dans le futur, dans ce monde si vital des télécommunications de l'avenir, sinon notre navire va très vite toucher les récifs. Je vous laisse imaginer la vague d'optimisme retrouvée qui toucherait avec bonheur, dans le contexte chargé actuel, l'ensemble de l'Europe si, dans une communication pleine de grandeur mais aussi d'humilité, les responsables politiques des principaux pays européens, au plus haut niveau, reconnaissaient d'une même voix qu'ils se sont trompés et annonçaient l'effacement de toutes les procédures UMTS depuis leur origine, en s'engageant même à rembourser les sommes déjà perçues et permettant à tous les opérateurs et équipementiers de remettre tous les compteurs à zéro. Il est vrai que l'équilibre des budgets nationaux qui sera difficile à atteindre en 2002 sera rendu, provisoirement, encore plus instable mais je vous laisse imaginer l'ambiance de reprise que pourraient donner ces 2000 milliards de francs actuellement bloqués de façon stérile pour développer une technologie qui n'existe pas encore. C'est toute l'économie européenne qui disposerait ainsi d'une bouffée d'air qui lui serait particulièrement précieuse dans le pessimisme qui semble s'installer. Pour tirer les leçons de cette erreur, les responsables européens devraient ensuite, ensemble et solennellement, dégager avec clarté une ligne d'horizon. Pour atteindre cet avenir radieux, il faut s'appuyer sur des technologies déjà éprouvées, tout en ayant les capacités de supporter les contraintes du futur. Or, après avoir observé les expériences essentielles et les développements majeurs menés à bien aux quatre coins de notre petite planète, et plus particulièrement aux Etats-Unis, je pense que l'avenir passe plus par le photon que l'électron et que seule la fibre optique a la capacité de supporter toutes les exigences que nous pouvons avoir pour les télécommunications du futur. Ceci ne veut pas dire que des technologies relais ou complémentaires, telles que les XDSL ou la radio (BLR ou UMTS) n'ont pas d'avenir mais elles n'ont pas, physiquement parlant, les capacités de supporter les progressions géométriques que seule l'optique pourra encaisser. Dans un programme ambitieux qui pourrait donner une nouvelle dimension à l'Europe, il nous faut mailler l'ensemble de notre continent d'un réseau optique très dense. Des technologies relais telles que l'ADSL ou appropriées à l'aménagement du territoire, telles que la radio, permettraient de compléter ce réseau jusqu'à l'usager. Si tous les gouvernements européens, avec humilité, reconnaissaient leur erreur d'avoir voulu imposer avec des prélèvements publics aberrants une technologie non encore mature et arrêtaient un plan porteur d'avenir pour équiper tout notre continent en haut débit, je porte en moi l'intime conviction que c'est le destin même de toute l'Europe qui serait ainsi changé.

René TRÉGOUËT

Sénateur du Rhône

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