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Edito : Grippe aviaire : cela pourrait être grave

Le 25 avril 2003, dans mon éditorial de la lettre 240 intitulé "La pneumonie atypique : nouveau défi médical et scientifique mondial" (http://www.tregouet.org/lettres/rtflashtxt.asp?theLettre=271&EditoOnly=1), j'écrivais que l'épidémie de SRAS qui déferlait alors sur l'Asie ne devait pas être l'arbre qui cache la forêt et ne devait pas nous conduire à négliger ou à minimiser les dangers, potentiellement beaucoup plus grands pour l'homme, de la grippe aviaire qui sévissait alors aux Pays-Bas, décimant les élevages de poulets néerlandais (15 millions de volatiles abattus).

L'actuelle et la très préoccupante extension de l'épizootie de grippe aviaire en Chine et en Asie du Sud-Est, qui a déjà fait 14 morts dans cette région, nous montre que mes inquiétudes d'alors étaient malheureusement fondées. Trois organisations internationales, dont l'OMS, viennent en effet d'appeler, mardi dernier à Genève à venir en aide aux nations touchées par l'épidémie qualifiée de "grave menace mondiale pour la santé humaine" et de "catastrophe pour la production agricole".

Il y a un an, le virus en cause, "un virus aviaire influenza A/H7N7", responsable de la peste aviaire classique, n'avait provoqué que des symptômes bénins, essentiellement des conjonctivites. Mais nous savons que les contacts entre virus humain et aviaire de grippe peuvent favoriser, par le biais d'échanges et recombinaisons génétiques, l'émergence d'une nouvelle souche susceptible de provoquer une nouvelle pandémie, comme la "grippe de HongKong" de 1968 ou pire la "grippe espagnole" de 1918-1919.

C'est peut-être ce qui est en train de se passer en Asie avec l'épizootie de grippe aviaire sans précédent qui se répand dans cette région du Monde. Les scientifiques redoutent qu'elle ne se transforme en épidémie humaine à grande échelle à l'instar de la grippe espagnole qui fit plusieurs dizaines de millions de morts au début du XXème siècle. "C'est une épidémie sans précédent. On n'a jamais vu ça", souligne Bernard Vallat, de l'Office international des épizooties (OIE), basé à Paris. "Sa très forte capacité de diffusion, rapide, est très préoccupante", a-t-il poursuivi.

Les virus de la grippe aviaire des groupes H5 (c'est un virus H5N1 hautement pathogène de ce groupe prédominant actuellement), H7, H9 comportent des agents pathogènes que l'on distingue par des tests d'inoculation aux poussins ou par séquençage (analyse de leur matériel génétique). Les spécialistes redoutent une transmission d'homme à homme. Une capacité que pourrait acquérir le virus par des réassortiments génétiques avec le virus de la grippe humaine. Plus le virus des oiseaux a de contacts avec des hommes, plus ce risque d'adaptation est grand.

Si l'épidémie animale n'est pas éradiquée, les virus des oiseaux pourraient réussir à franchir efficacement les barrières d'espèces et engendrer une redoutable épidémie à la dimension de la grippe espagnole de 1918, qui fit au moins 20 millions de morts. Les virus influenza aviaires (de type A) sont excrétés par les oiseaux infectés au niveau respiratoire et digestif. Les plumes souillées par les fientes et les poussières contaminées par des particules de fèces sont donc des sources potentielles de virus pouvant contaminer l'homme par inhalation.

"Sur le plan de la santé publique humaine, il s'agit de tout faire pour éviter que le virus aviaire et le virus de la grippe humaine ne soient hébergés dans un même organisme, où le virus des oiseaux pourrait grâce à ce contact devenir un virus méchant", a rappelé Bernard Vallat. "La stratégie consiste à faire le vide en éliminant la volaille de la zone infectée", à bloquer les mouvements des animaux et à désinfecter. "Mais l'éparpillement des élevages familiaux avec des oiseaux (poulets, canards, dindons...) rend difficile et complique la maîtrise de l'épidémie", a relevé M. Vallat. "Ils favorisent aussi la dissimulation des animaux malades", a-t-il ajouté.

L'OIE recommande dans les élevages mixtes l'abattage des cochons au contact des poulets malades, chose qui n'a "pas" été faite au Vietnam, ce qui constitue un sérieux risque, selon les experts: "On risque d'avoir un virus H5N1 adapté aux mammifères tout en ayant en surface des antigènes contre lesquels l'Homme n'a pas de défense", a souligné l'Institut Pasteur de Paris.

Trois organisations internationales, l'OMS, la FAO et l'OIE, ont lancé un appel en faveur des pays d'Asie frappés par la grippe aviaire, suggérant de compenser les pertes des éleveurs forcés d'abattre leurs volailles afin d'enrayer cette "grave menace mondiale". L'Organisation mondiale de la santé (OMS), l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et l'Office international des épizooties (OIE) ont demandé à la communauté internationale de fournir des fonds et une assistance technique aux pays touchés afin de faire face à une véritable "catastrophe" pour la production agricole.

Mardi, la Chine s'est dite à son tour touchée par le virus qui touche désormais dix pays d'Asie. L'épidémie a fait au moins huit morts au total, au Vietnam et en Thaïlande. "Il s'agit d'une grave menace mondiale pour la santé humaine", a souligné le directeur général de l'OMS, à la veille d'une rencontre à Bangkok entre les représentants des pays concernés. La grippe aviaire a le potentiel de tuer des millions de personnes si la souche la plus dangereuse aujourd'hui en pleine expansion en Asie se combine avec une forme de grippe humaine qui se déplace actuellement vers le continent, a indiqué le Dr. Shigeru Omi, directeur de l'OMS pour le Pacifique-Ouest.

Au siège de l'OMS à Genève, le Dr Klaus Stoehr, l'un des principaux experts de la grippe, a estimé que la contamination annoncée par la Chine dans la région du Guangxi (sud-ouest) "ajoute une nouvelle dimension" à l'épidémie, de par la taille du pays. Le Dr Stoehr s'est dit surpris d'apprendre que des canards avaient succombé au virus, ces volatiles étant en général de simples vecteurs de la grippe, à laquelle ils ne succombent pas.

Moins d'un an après l'épidémie de SRAS, la gravité et la rapidité d'expansion de cette nouvelle épizootie de grippe aviaire nous montre une nouvelle fois, et de manière très inquiétante, que nous risquons de devoir faire face, au cours de ces prochaines années, à des épidémies de plus en plus dangereuses pour l'homme qui auront en commun, comme je l'écrivais en avril 2003, d'avoir été provoquées par des virus issus d'animaux d'élevage (porcs et poulets) ayant probablement muté jusqu'à franchir la barrière interspécifique et à devenir pathogènes, à des degrés divers, pour l'homme. Il semble pourtant qu'en dépit des alertes que représentaient les épidémies de SRAS et de grippe aviaire de 2003, nous n'ayons pas tiré toutes les leçons de ces avertissements qui pourraient annoncer une catastrophe sanitaire majeure sur le plan mondial.

Comme je l'écrivais la semaine dernière à propos de la lutte contre le réchauffement climatique, je crois que cette nouvelle épidémie nous montre à quel point il est devenu urgent de réfléchir sur la mise en place d'une véritable gouvernance mondiale qui, dans les domaines essentiels pour l'avenir de l'Humanité, comme la santé, l'énergie, ou l'éducation, pourrait prolonger et compléter le rôle et l'action des Etats en disposant de larges compétences et de moyens politiques, financiers et juridiques accrus. L'idée peut sembler naïve ou utopique à beaucoup mais je suis pourtant convaincu que, face à la nature et à l'ampleur inédite dans l'histoire des nouveaux défis qui attendent l'espèce humaine au cours de ce siècle, nous ne pourrons pas faire l'économie d'une autorité politique planétaire qui agisse au nom de l'intérêt supérieur de l'Humanité.

René TRÉGOUËT

Sénateur du Rhône

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