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Edito : Démographie, retraites, protection sociale : la terrible équation

Le nombre des humains a doublé depuis 1960, atteignant 6,1 milliards et la population du monde augmentera de 50 %, passant de 6,1 milliards au milieu de 2001 à 9,3 milliards en 2050. Depuis 1950, l'espérance de vie moyenne mondiale a gagné près de 20 ans, passant de 46 ans à 66 ans. Mais la baisse simultanée de la fécondité et de la mortalité va se traduire par un vieillissement spectaculaire de la population de notre planète. La proportion des personnes âgées de 60 ans et plus passera de 10 % de la population mondiale en 1995 à 30 % en 2050. D'ici à 2050, un cinquième des personnes âgées auront 80 ans ou plus. En 1950, il y avait 12 personnes d'âge actif par personne âgée de 65 ans ou plus ; en 2000, ce chiffre était de 9 personnes ; en 2050, il devrait n'être plus que de 4 personnes d'âge actif par personne âgée de 65 ans ou plus. A cette date, le nombre de personnes âgées dans le monde dépassera celui des jeunes, et ce, pour la première fois dans l'histoire du genre humain. Au niveau mondial, sur le plan économique, le vieillissement de la population conjugué à l'allongement de l'espérance de vie et à l'évolution des taux d'activité, entraînera une baisse du nombre d'années que les individus passent en activité. Si aucun ajustement ne se produit sur le marché du travail, la durée d'activité des hommes ne sera plus que de 33 ans en 2030 alors qu'elle atteignait 50 ans en 1950. Selon une étude de l'OCDE, la diminution du revenu par habitant sur la période 1998-2050 pourrait être de l'ordre de 10 % aux États-Unis, de 18% dans les pays de l'Union européenne et de 23 % au Japon
([http://www.observateurocde.org/news/fullstory.php/aid/21.html->http://www.observateurocde.org/news/fullstory.php/aid/21.html]). Au cours des années 1990, la population des Etats-Unis a augmenté de 23 millions, celle de l'Europe de 12 millions et celle du Japon de 4 millions d'habitants ! Selon les dernières projections du bureau de recensement américain, la population des USA pourrait atteindre 377 millions d'habitants en 2040, contre 280 en 2002, et dépasser alors celle de l'Europe de l'Ouest (368 millions en 2050 selon Eurostat). On mesure mieux le déclin démographique de l'Europe et la vitalité américaine quand on sait qu'en 1950 l'Europe de l'Ouest était 2 fois plus peuplée que les Etats-Unis (304 millions contre 152). Le contraste est saisissant entre cette vitalité démographique américaine et l'inexorable déclin de L'Europe. Notre vieux continent qui représentait 25 % de la population mondiale en 1900 ne constituait plus que 12 % des 6,1 milliards d'habitants de notre planète en 2000 et devrait descendre à 5,4 % en 2100, avec à peine 513 millions d'habitants. Le dynamisme démographique américain est soutenu par une forte immigration: les Etats-Unis sont le premier pôle d'attraction mondial et 10 % de leur population, soit 28 millions de personnes, est née à l'étranger. Selon les prévisions américaines, de 2000 à 2050, 72 % des 77,6 millions de nouveaux immigrants vers l'Occident iront aux Etats-Unis. Si ces tendances se confirment, notre continent deviendra vraiment "la vieille Europe" et l'âge moyen d'un européen passera d'ici 2050 de 37,7 à 52 ans alors que cet âge moyen passera de 35,5 à 36 ans aux USA. Michel Godet souligne avec raison que le caractère endogène du développement ne doit pas être sous-estimé, avec notamment le rôle clé du facteur humain. Il y a un lien entre dynamique démographique, dynamique économique et création d'emplois. Entre 1975 et 1995, la population des Etats-Unis a augmenté de 50 millions (+ 24 %) et l'emploi de 39 millions (+ 45%). Dans le même temps, en Europe, la population a augmenté de 17 millions (+ 17 %) et l'emploi de 3 millions (+ 3 %). D'ici 2025, la population américaine devrait augmenter de 63 millions, et la population européenne de 4 millions. Face à cette évolution, seule une gestion politique pragmatique et intelligente des flux migratoires, avec des quotas évolutifs déterminés par pays et niveau de compétences, pourra permettre de compenser l'inexorable vieillissement de notre population et d'éviter à l'horizon 2030 un choc démographique aux conséquences sociales et économiques redoutables. Et que deviendra la France dans cet ensemble européen ? La population de la France métropolitaine s'élève à 60,7 millions d'habitants au 1er janvier 2002 (62,4 avec les DOM-TOM), ce qui la place au vingt-et-unième rang mondial et au troisième rang de l'Union européenne. Avec un excédent annuel supérieur à 200.000, la France est actuellement à l'origine des deux tiers de la croissance naturelle dans l'Union européenne, alors qu'elle ne représente que 16% de sa population. Le vieillissement de la population française est encore appelé à s'accentuer. Si l'on s'en tient à un scénario correspondant à une prolongation des tendances, la part des 60 ans et plus devrait atteindre les 31,1 % en 2030 (contre 20,6 % en 2000) dans une France métropolitaine forte de 64 millions d'habitants (contre 60,7 millions en 2000), selon l'ouvrage "Données sociales, la société française" publié le 14-11-2002 par l'INSEE. Selon l'INSEE, La France devrait compter 64 millions d'habitants en 2050, soit cinq millions de plus qu'en 2000. Cette augmentation se traduira par un vieillissement considérable de la population. Dans un demi-siècle, 35 % de la population totale (plus de une personne sur trois !) sera âgée de plus de soixante ans, contre 20 % aujourd'hui ! L'INSEE précise que le nombre d'habitants augmentera jusqu'en 2040, pour atteindre un maximum de 64,5 millions de personnes. Ensuite, la population diminuera, le solde migratoire ne suffisant plus à compenser l'excédent des décès sur les naissances. Il faut aussi souligner l'extraordinaire et constante augmentation de l'espérance de vie dans notre pays qui est passée de 65 ans en 1950 à 78 ans en 2001, soit 13 ans de plus en un demi-siècle, c'est-à-dire un an d'espérance de vie supplémentaire tous les 4 ans ! Dans une problématique aussi complexe, comment résoudre le problème des Retraites ? L'INSEE souligne que même dans le cas de figure d'une retraite à 65 ans, le rapport "personnes âgées/population en âge de travailler" doublera en cinquante ans, passant de 274 pour 1000 à 575 pour 1000. Le problème capital du financement futur des retraites vient encore d'être confirmé il y a 3 jours, le 17 décembre, par un rapport alarmant de la Commission européenne. Dans ce rapport, la Commission préconise notamment d'augmenter l'âge moyen de départ effectif à la retraite qui se situe en France à 58 ans, "l'un des plus bas de l'Union européenne". Elle souligne que la France "sera en 2007 l'un des premiers pays de l'UE à affronter le problème du vieillissement de sa population, même si les conséquences financières ne se feront pas sentir avant 2010".([http://europa.eu.int/comm/employment_social/news/2002/dec/joint_pensions_report->http://europa.eu.int/comm/employment_social/news/2002/dec/joint_pensions_report]). "Un enjeu crucial sera d'assurer le traitement équitable des affiliés des différents régimes, en particulier les salariés du public et du privé", souligne la Commission. Sans réforme, selon les calculs repris par la Commission, le système français des retraites qui est actuellement excédentaire d'un montant équivalent à 0,6 % du produit intérieur brut (PIB) glissera progressivement dans le rouge pour atteindre un déficit de 1,8 % du PIB en 2020 et de 3,8 % en 2040.Nous voyons donc qu'en seulement 2 générations, notre pays va être confronté, du fait du vieillissement de sa population, à la plus importante mutation socio-économique de son histoire. Il faut savoir par exemple que pour le régime de retraite de l'Etat, le rapport entre cotisants et retraités passera de 1,9 actuellement à 1,1 en 2020 et à 0,9 en 2040. Compte tenu de cette évolution démographique, si aucune réforme n'est entreprise, la masse des pensions publiques, en milliards d'euros constants, passerait de 32 milliards en 2003 à 60 milliards en 2020 (+ 28 milliards d'euros) puis 96 milliards en 2040 (+ 64 milliards d'euros). Cette évolution démographique va aussi avoir des conséquences considérables sur notre système de protection sociale. Selon l'ONU, le coût moyen global des soins médicaux liés au vieillissement devrait à lui seul augmenter de 48 % pour les pays développés. L'OCDE prévoit une hausse d'environ 6 % du PIB des dépenses publiques liées aux personnes âgées (retraites et soins de santé) entre aujourd'hui et 2050. L'impact du vieillissement de la population sur les dépenses de santé est telle que selon une étude du gouvernement anglais qui vient d'être publiée, la prise en charge médicale des seniors de 80 ans risque de coûter plus cher que les pensions dans les années futures. Une chose est certaine : si nous vivons plus longtemps, il est inévitable que nous devrons travailler plus longtemps. Nous devons agir sur plusieurs fronts et nous affranchir des frontières traditionnelles de l'économique, du financier et du social. Les réponses devront donc surtout se focaliser sur les moyens d'augmenter le nombre moyen d'années que les individus passent dans la population active. Dans le même temps, les sources de revenu des retraités devraient être diversifiées pour associer des systèmes de prélèvements et de transferts, des systèmes capitalisés et l'épargne privée. Nous devons savoir que la société dans laquelle vivront nos enfants en 2050 dépend largement des choix décisifs que nous ferons très prochainement. N'oublions jamais que près de la moitié des enfants qui naissent aujourd'hui verra l'aube du XXIIème siècle et que nous avons le devoir de penser le monde dans lequel ils vivront pour que ce monde soit supportable et reste humain et solidaire.

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