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Japon : les robots de compagnie trouvent leur place

Sachiko Ebahi n'en revient pas. Quand Sony lui a livré son serviteur SDR-7X, la vieille dame a d'abord esquissé la jonction des mains puis s'est retenue face à ce robot expressif qui déjà baissait la tête devant elle. Il est vrai que du haut de ses 120 cm, l'androïde que Sachiko (littéralement « Grand bonheur ») allait bientôt prénommer Ryo (« L'Excellent ») lui donnait l'impression d'un enfant. Mais Sachiko, 109 ans, encore très alerte, s'est très vite rendue compte que Ryo avait tout du travailleur discipliné, dévoué, robuste et... gentil.

En 2012 au Japon, l'industrie du robot émotionnel dit d'assistance a parfaitement tenu les promesses annoncées dès 1999 : le petit chien Aibo de Sony qui remuait la queue, se levait, se couchait, coûtait à l'époque 2 500 $ (1 800 ?). Aujourd'hui, les robots émotionnels Sony (dont un drone étonnant, mélange de chat et de belette inspiré d'un manga) se laissent adopter pour quelque 300 ou 500 ?, ou se louent pour 5 à 10 ? par jour. Moyennant un prix d'achat de 10 000 ? (sur lesquels l'État prend 25 % à sa charge), Ryo va assurer les courses de sa « maîtresse », veiller à sa sécurité, répondre au téléphone, lui lire des romans, tondre le carré de pelouse et assurer chaque semaine les analyses biologiques de sa « patronne ».

Les 22 000 centenaires - à 85 % des dames - que compte l'Archipel nippon constituent bien le marché qu'avait anticipé l'Exposition universelle d'Aichi il y 7 ans, en 2005, dans le droit fil du plan Humanoid Robot Project. Au pays de l'animisme et du shintoisme, un robot, comme un arbre ou même un rocher, participent de la même nature dans laquelle l'homme trouve sa place. D'où la suprématie des Sony, Toyota et Honda, (dont l'Asimo coûtait 300 000 ? en 2004), autant de firmes auxquelles les androïdes et autres « animoïdes » rapportent des milliards d'euros.

Mais aux États-Unis - où les « robots killers » sévissent au nom de la Bible encore régulièrement - ou au coeur de la vieille Europe, le robot androïde ou animaliforme crée encore un « mélange de fascination et de trouble », selon le mot de Fred Kaplan, spécialiste de l'intelligence artificielle. En 2010, la Japan Robot Association estimait le marché de la « robot technology » à 23 milliards d'euros, et confirmait sa projection à près de 70 milliards en 2025.

Quant à l'intelligence apparente de nos amis électronico-métalliques, « même si certains accomplissent une tâche spécifique 1 000 fois mieux qu'un humain », constate Daniel Ichbiah, journaliste et écrivain spécialiste des robots, ils ne sont pas prêts de s'éveiller à la conscience... « Des robots ressemblant en tout point à l'homme ne seront pas réalisables économiquement avant 20 ou 30 ans ».

EM

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