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Nanosciences : l'Europe doit tripler ses efforts pour rester dans la course

Au cours de notre mission, nous avons souvent été pris de vertige : en travaillant sur la matière à l'échelle de l'atome, de l'infiniment petit, l'homme est en train de créer un nouveau monde, de devenir Dieu.» En présentant, hier à la presse, leur rapport intitulé «Nanosciences et progrès médical», les sénateurs Jean-Louis Lorrain (UMP, Haut-Rhin) et Daniel Raoul (PS, Maine-et-Loire), membres de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst), ont trouvé les mots justes pour dépeindre la révolution scientifique actuellement à l'oeuvre dans le monde. «Une révolution d'une ampleur comparable à l'invention de la diode ou du transistor», ajoute Daniel Raoul qui est aussi physicien. Grâce aux progrès de la microscopie électronique, les scientifiques sont capables aujourd'hui de créer et de fabriquer de toutes pièces des objets minuscules, de la taille d'un groupe d'atomes ou d'une molécule, ne mesurant pas plus d'une centaine de milliardièmes de mètre ou nanomètres. D'où le terme de nanoscience ou nanotechnologie utilisé pour désigner cette nouvelle discipline. Dans le domaine médical, auquel se sont plus particulièrement intéressés les deux parlementaires, les retombées attendues sont considérables. Qu'il s'agisse de «mieux voir, c'est-à-dire mieux diagnostiquer, de mieux soigner ou de mieux compenser les déficits acquis ou congénitaux». Jean-Louis Lorrain et Daniel Raoul citent notamment l'exemple de cette capsule, de conception israélienne, équipée d'une microcaméra, de diodes et de batteries minuscules que le patient ingère comme une gélule pour effectuer une endoscopie de l'ensemble de son tube digestif pendant une dizaine d'heures. La «vectorisation» des médicaments est une autre piste explorée par les chercheurs. Il s'agit d'enfermer le principe actif dans des nanosphères lui permettant d'atteindre l'organe - voire la cellule - cible avec un maximum d'efficacité sans déperdition en cours de route. La société toulousaine Nanobiotix utilise, notamment, cette technique pour acheminer les médicaments vers les cellules tumorales. Troisième volet : plusieurs équipes dans le monde travaillent à la réalisation de neuroprothèses destinées à restaurer des connexions nerveuses endommagées à la suite d'un accident ou d'une maladie. Enfin, l'ingénierie tissulaire qui consiste à utiliser des cellules vivantes et des biomatériaux «nanostructurés» pour réparer des organes défaillants (peau, cornée, vaisseaux sanguins, os, cartilage, vessie, foie, pancréas, valvules cardiaques, etc.) est elle aussi promise à un grand avenir. Son marché actuel est déjà estimé à 5 milliards d'euros par an. Comme le constatent Jean-Louis Lorrain et Daniel Raoul, «les nanobiotechnologies commencent à quitter le cercle des laboratoires de recherche pour entrer dans la phase de développement industriel». Or la France et l'Europe sont en passe d'être distancées par les États-Unis et le Japon qui investissent des sommes considérables dans la recherche sur ce domaine clef. «Avec 216 millions d'euros par an pendant les quatre prochaines années, le budget européen consacré aux nanotechnologies dans le cadre du sixième PCRD (2) restera presque trois fois inférieur à celui des États-Unis sur la même période», notent les deux sénateurs. Pour combler ce retard, ils proposent qu'une loi soit soumise au Parlement et périodiquement réexaminée afin «d'affirmer le caractère stratégique des nanotechnologies (...) et de définir les orientations de recherche et de soutien (financiers et industriels) à court et à long terme». Jean-Louis Lorrain et Daniel Raoul suggèrent également la création, sur le modèle des États-Unis, d'un grand programme interministériel baptisé NanoTech et soutiennent la proposition formulée récemment par l'Académie des Sciences et l'Académie des Technologies de créer une agence chargée de «distribuer sur projets les fonds aux laboratoires partenaires du programme Nanotech». Des fonds qui, selon les deux parlementaires, devraient au moins doubler, voire tripler, par rapport à leur volume actuel pour que notre pays reste dans la course.

Figaro http://www.lefigaro.fr/sciences/20040507.FIG0355.html

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