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L'Amérique a fait de la recherche une machine de guerre

Les ressources financières consacrées à la recherche et au développement dans les universités et les collèges américains ont dépassé 30 milliards de dollars en 2001. Selon une étude de la Warwick University, sur les 1 200 scientifiques les plus réputés dans le monde, plus de 700 se trouvent aujourd'hui aux Etats-Unis. Ils enseignent dans les établissements privés les plus prestigieux comme le Massachusetts Institute of Technology (MIT), Caltech, Princeton, Harvard, ou Stanford, mais aussi dans des universités publiques comme celles de Californie à Los Angeles et Berkeley, du Minnesota à Minneapolis et du Michigan à Ann Arbor. Plus de 500 000 étudiants et enseignants étrangers fréquentent chaque année les universités américaines ; sur ce nombre, 175 000 travaillent dans des disciplines scientifiques et technologiques. Un million de ces diplômés indiens, chinois, russes, britanniques, allemands et français sont restés sur place dans les années 1990. Il existe à la Maison Blanche une équipe dont la mission consiste à définir et coordonner la stratégie du pays en matière de recherche. Conserver et augmenter la supériorité technologique des Etats-Unis est un objectif affirmé de l'administration pour des raisons stratégiques, militaires et économiques. Les budgets militaires "traditionnels" de recherche et développement ont sensiblement augmenté. Ils devraient atteindre 53,9 milliards de dollars en 2004, un chiffre à comparer aux 122,5 milliards de dollars que le gouvernement Bush consacrera au secteur "recherche et développement". Et sur ces 53,9 milliards de dollars, 9,9 milliards seront attribués aux "programmes scientifiques et technologiques du Pentagone". Il s'agit de recherches théoriques et appliquées en physique, chimie, mathématiques, informatique, électronique, science des matériaux, biologie, études des océans et de l'atmosphère, sciences cognitives... Mais les Etats-Unis viennent juste de créer un grand ministère de la sécurité intérieure. Ils l'ont discrètement doté d'un bureau scientifique dont la mission consistera aussi à lancer des programmes de recherche sur les technologies liées à la sécurité. Une somme évaluée à plus de 2 milliards de dollars lui est attribuée en 2003, et les principaux bénéficiaires devraient être, à en croire les parlementaires, encore Harvard, le MIT et Caltech. Dans la même logique, les sénateurs ont l'intention de créer une nouvelle agence fédérale, la Sarpa (Security Advanced Research Projects Agency), qui disposera de 200 à 500 millions de dollars pour financer rapidement les entreprises et les universités sur des projets innovants contre le terrorisme. Cette agence s'inspire de la Darpa (Defense Advanced Research Projects Agency), devenue célèbre, entre autres, pour avoir permis la naissance d'Internet. Le MIT symbolise à lui seul la suprématie des universités scientifiques américaines. Il vient par exemple de se voir confier un projet sur l'utilisation des nanotechnologies afin de créer pour les soldats un uniforme "intelligent". "Nous allons développer un nouveau type de camouflage. Les vêtements seront dotés de senseurs et capables de se fondre dans leur environnement quel qu'il soit", explique Ned Thomas, qui dirige le projet et une équipe pluridisciplinaire de 35 professeurs. L'uniforme pourrait aussi intégrer des matériaux capables de se durcir en cas de fracture ou de détecter dans l'atmosphère des produits chimiques ou biologiques dangereux et d'activer des défenses. Il s'agit peut-être de science-fiction, mais pour financer ses recherches le MIT a déjà obtenu 50 millions de dollars de l'armée sur cinq ans et 40 millions du spécialiste de l'armement Raytheon et du groupe chimique et textile DuPont.

Le Monde : http://www.lemonde.fr/article/0,5987,3244--313367-,00.html

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