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Apprentissage de la langue maternelle : un processus universel ?

Comment les enfants appartenant à des sociétés et cultures très différentes apprennent-ils leur langue maternelle aussi facilement ? Pour tenter de répondre à cette question complexe, des chercheurs du Laboratoire de sciences cognitives et psycholinguistique (CNRS/ENS/EHESS) et des spécialistes du développement du langage chez l'enfant se sont intéressés à une population traditionnelle de l'Amazonie bolivienne, les Chimane, en lien avec des bio-anthropologues de l'Université Toulouse 1 Capitole et de celle de Californie - Santa Barbara.

Leur étude montre que la durée moyenne des paroles adressées aux enfants de moins de quatre ans est inférieure à une minute par heure. C'est jusqu'à dix fois moins que pour les enfants du même âge dans les pays industrialisés. Ce constat invite à multiplier ce genre d'étude dans des cultures diverses afin de vérifier si l'apprentissage de la langue maternelle suit un processus universel.

Dans toutes les cultures humaines, les enfants apprennent avec peu d'efforts la langue parlée par ceux qui les entourent. Pourtant, ce processus remarquable reste mal compris. La plupart des théories reposent sur l'étude d'un nombre réduit de cultures, principalement dans les pays industrialisés comme les États-Unis ou la France, où la scolarité est répandue et la taille des familles plutôt réduite.

Cette étude présente donc l'originalité de concerner une population de chasseurs-horticulteurs de l'Amazonie bolivienne, les Chimane. Grâce à une collaboration avec des anthropologues spécialistes de cette ethnie, ils ont noté ce que chaque personne présente faisait, et avec qui.

Sur la base de ces observations, les spécialistes du développement du langage ont constaté que, tous interlocuteurs confondus, le temps consacré à parler à un enfant de moins de quatre ans était de moins d'une minute par heure. C'est quatre fois moins que les estimations faites auprès des personnes plus âgées présentes au même moment et au même endroit. Et jusqu'à dix fois moins que pour les jeunes enfants de pays occidentaux, d'après les estimations de précédentes études.

Si, comme chez nous, la mère est le locuteur principal de l'enfant, la fréquence avec laquelle elle parle au nourrisson est bien moindre. Après l'âge de 3 ans, la majorité des paroles adressées aux jeunes enfants proviennent d'autres enfants, généralement leurs frères et sœurs (les Chimane en ont en moyenne cinq, contre un pour les enfants français et américains).

Ces résultats révèlent donc une grande variation interculturelle dans les expériences linguistiques des jeunes enfants. Or, dans les pays industrialisés, le développement du langage chez l'enfant est corrélé aux paroles qui lui sont adressées directement par des adultes, et non aux autres paroles entendues. Cette corrélation est-elle universelle ?

Les enfants chimane évoluent dans un monde social riche : à tout moment, ils sont entourés par huit personnes en moyenne. Est-ce que les échanges qu'ils entendent, et qui représentent environ dix minutes par heure, contribuent à leur apprentissage ? Toutes ces questions sont loin d'être tranchées et devront faire l'objet d'autres études dans d'autres sociétés.

Article rédigé par Georges Simmonds pour RT Flash

CNRS

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