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Edito : Le téléphone sur Internet va bouleverser l'économie numérique

La téléphonie fixe, déjà concurrencée par la téléphonie mobile, doit à présent affronter celle des appels bon marché, voire gratuits, via Internet et cela va contraindre les opérateurs télécoms à changer leur modèle économique.

Il est vrai que la voix sur l'Internet Protocol - ou Voip- permet la conversion des conversations téléphoniques en paquets des données numériques qui peuvent être transmis, via le Web, de la même façon que les courriels ou les fichiers musicaux. L'IP rend les appels téléphoniques très bon marché, puisqu'il suffit de régler son abonnement auprès de son fournisseur d'accès pour pouvoir ensuite téléphoner à volonté dans le monde entier. Avec IP, un appel d'une heure à un ami à l'autre bout de monde coûte la même chose qu'un simple appel local de 3 minutes dans le même quartier.

"Je ne peux pas imaginer qu'un opérateur puisse facturer des appels téléphoniques dans le futur", assure Niklas Zennstrom qui oeuvre pour Skype. Cette société londonienne propose gratuitement un logiciel permettant de téléphoner, sans bourse délier, via deux ordinateurs connectés à Internet. "La partie sera terminée quand les gens utiliseront Internet pour téléphoner". Skype propose déjà des bureaux virtuels sur le Net qui utilisent IP. Ainsi si vous dites quelque chose, tous vos collègues branchés sur le même bureau l'entendront.

Si appeler gratuitement avec Skype n'est pas encore une sinécure, le logiciel n'en a pas moins été téléchargé plus de 6,5 millions de fois depuis le lancement de sa première version test en septembre 2003, et sans aucune publicité. La société revendique 2,4 millions d'utilisateurs réguliers. Zennstrom prédit que les téléphones fixes disparaîtront comme les fax ont cédé la place aux messageries électroniques.

Si le Voice over Internet Protocol (VoIP), la technologie qui permet de téléphoner via Internet, est née il y a une dizaine d'années, elle n'offre des appels de qualité acceptable que depuis peu de temps. La forte croissance du haut débit aux Etats-Unis, en Europe et dans certains pays asiatiques, qui permet une connexion permanente pour un forfait mensuel fixe, sert également le développement du VoIP.

"Nous pensons que le VoIP représente la transition finale vers un environnement de communication dominé par l'Internet Protocol (IP). C'est très important parce que cela signifie la mort du système téléphonique tel que nous le connaissons", explique Uberto Ferrari, analyste chez UBS. "La manière dont les opérateurs de télécoms travaillent va probablement radicalement changer." Les cyber-joueurs du monde entier peuvent déjà communiquer, via l'IP, en connectant sur le Net la Playstation de Sony ou la Xbox de Microsoft. Au Japon, Yahoo a intégré Voip dans avec son service à bande large et a maintenant plus de 3 millions d'utilisateurs qui téléphonent sur le Net. Ce phénomène commence à inquiéter sérieusement le géant NTT et se développe si vite que le Japon a assigné au Voip son propre indicatif régional (050) et lui a assigné plus de huit millions de numéros.

Mike Valliant, de la société 3Com, souligne pour sa part que près de 30 % du trafic téléphonique américain d'entreprises transite déjà par l'Internet Protocol et la barre des 50 % pourrait être dépassée dès 2006. "Depuis qu'il n'est pas plus compliqué de transporter des voix sur le Web que d'envoyer un courrier électronique, les opérateurs ne peuvent plus facturer chaque appel, mais doivent se concentrer sur la vente des accès au réseau", poursuit-il.

Les sociétés américaines Vonage et 8x8 offrent des appels illimités via le VoIP vers les Etats-Unis et le Canada pour 20 à 35 dollars (16 à 27,5 euros) par mois. Ils facturent une somme mensuelle parce qu'à la différence de Skype, tous les numéros de téléphone peuvent être joints. Skype fera également payer les appels passés d'un ordinateur vers un numéro de téléphone fixe ou mobile quand il proposera cette option dans le courant du premier semestre, précise Zennstrom. Les économies de coûts substantielles générées par cette technologie séduisent les entreprises disposant de représentations dans différents pays. Ainsi, Volvo Cars ou le laboratoire AstraZeneca prévoient-ils de migrer leurs appels téléphoniques sur Internet.

TeliaSonera pour sa part a lancé son propre service VoIP la semaine dernière, à un prix inférieur à celui de ses forfaits de téléphonie fixe. "Il devrait devenir aussi important dans le futur que la téléphonie traditionnelle aujourd'hui", assure Tomas Holmstrom, patron de la téléphonie fixe et des activités VoIP de l'opérateur suédois. Deux autres acteurs importants du secteur des télécoms, Light Reading et le consortium IPCC (International Packet Communications Consortium) viennent de s'allier pour créer un annuaire des logiciels VOIP. Enfin, il faut souligner que PRIMUS Telecommunications, premier fournisseur VOIP au niveau mondial, vient d'annoncer le lancement de services VOIP globaux destinés aux entreprises, revendeurs et clients résidentiels.

Alors que la téléphonie sur le Net poursuit son irrésistible ascension et inquiète de plus en plus les opérateurs de télécoms, la commission fédérale des communications (FCC), autorité de régulation des médias et des télécommunications aux Etats-Unis, a décidé de n'imposer pour l'instant aucune réglementation nationale aux services de téléphonie par l'Internet, une activité en plein développement. Ces services sous VoIP (Voice over Internet Protocol) "ne sont en aucun cas différents des courriels et des applications P2P qui fleurissent sur l'Internet", a estimé le président de la FCC, Michael Powell.

Cette décision de la FCC pourrait avoir un effet décisif pour l'avenir des communications par Protocole Internet aux Etats-Unis. "Si particuliers et professionnels peuvent converser sans utiliser les réseaux téléphoniques traditionnels, il n'y a pas de raison qu'eux ou l'Internet lui-même soient assujettis aux règles complexes et de moins en moins pertinentes régissant ce réseau national", a souligné notamment la puissante association de l'industrie informatique et des communications.

La France n'échappe pa

s à cette montée en puissance irrésistible de la téléphonie sur Internet. Le fournisseur d'accès Free propose à présent de nouveaux services grand public, à commencer par les services de téléphonie sur IP sur lignes DSL dégroupées. Le service téléphonie de Free se veut aussi simple que le service analogique traditionnel. L'utilisateur branche son téléphone sur la "Freebox", le modem DSL fourni gratuitement par Free et bénéficie alors de fonctionnalités évoluées, comme la configuration de sa ligne et de ses renvois via une interface Web, la présentation du nom de l'appelant, le signal d'appel, le transfert, la conférence à trois, la messagerie vocale, etc.

On voit donc bien que, dans ce nouveau cadre techno-économique qui émerge autour de la convergence accélérée du téléphone, de la vidéo et de l'Internet haut débit, les opérateurs télécoms vont devoir offrir, pour survivre, de véritables bouquets de services, comprenant la téléphonie fixe et mobile, l'Internet bien sur mais aussi la télévision et la vidéo à la demande via l'Internet haut débit. Nous pouvons déjà imaginer ce que sera d'ici 5 ans le nouveau paysage numérique : chaque foyer sera abonné à un bouquet "de base" et recevra une seule facture regroupant, sous forme de forfait mensuel, le téléphone fixe et mobile, l'Internet haut débit et la télévision numérique via le Net ou le câble. Le montant de ce forfait sera volontairement très attractif pour l'utilisateur mais celui-ci se verra également proposer de multiples services complémentaires à forte valeur ajoutée, facturés, eux, au prix fort (vidéo à la demande, informations personnalisées, jeux virtuels en ligne etc....). En absorbant plus vite que prévu les télécoms, le multimédia et la télévision, l'Internet va donc provoquer l'émergence d'un nouveau paysage numérique profondément bouleversé d'ici 2010.

René TRÉGOUËT

Sénateur du Rhône

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