RTFlash

Edito : la première greffe totale du visage ouvre une nouvelle ère médicale

En 1997, un film américain « Volte face » imaginait qu'un agent secret, incarné par John Travolta, parvenait à prendre l'identité d'un dangereux terroriste grâce à une opération chirurgicale permettant de lui greffer le visage de ce criminel. 13 ans après ce film à succès, la réalité a rejoint la fiction !

Le 27 juin dernier, l'équipe du Pr Laurent Lantieri du CHU Henri-Mondor de Créteil, a en effet réussi un véritable exploit médical : la première greffe totale du visage sur un homme de 35 ans atteint d'une maladie génétique qui lui déformait le visage. «Nous sommes les seuls à ce jour à avoir transplanté un visage en entier avec les paupières et tout le système lacrymal. Je suis fier car c'est en France que cela s'est réalisé», a affirmé le chirurgien.

L'hôpital Vall d'Hebron avait annoncé en avril dernier qu'un jeune homme défiguré par un accident avait reçu lors d'une opération de 24 heures pratiquée fin mars un nouveau visage, avec la peau, les mâchoires, le menton, le nez, les joues, les paupières et les muscles. Si les experts du Royal Free Hospital de Londres avaient qualifié l'intervention espagnole de greffe du visage "la plus complexe jamais réalisée au monde à ce jour", ils s'étaient refusés à parler de première greffe intégrale du visage.

La première partie de l'opération a consisté à récupérer l'ensemble du visage d'une personne récemment décédée - quelques heures - dont la couleur de la peau et le groupe sanguin coïncidaient avec ceux de Jérôme : 7 heures de travail. Le seconde partie était la transplantation à proprement parler et la reconnexion des veines et des muscles du visage greffé à ceux du patient : 12 heures.

Si la greffe semble avoir pris (de la barbe aurait déjà repoussé sur le nouveau visage) et que, désormais, le patient «marche, mange, parle», le risque de rejet ou d'infection demeure et, Jérôme sera également suivi toute sa vie par un psychologue.

L'opération a mobilisé moins d'une dizaine de personnes. C'est beaucoup moins que les fois précédentes, ce qui montre que ce type d'intervention commence à être bien rodé par l'équipe. Pour le Pr Lantieri cette greffe sera vraiment une réussite quand le patient sera sorti de l'hôpital, quand il sera réintégré dans la société et il faudra attendre six mois pour que les nerfs repoussent et que l'on puisse voir ses expressions.Le chirurgien, qui a une autorisation pour cinq autres greffes souhaite maintenant consacrer ce savoir aux grands brûlés qui posent encore des problèmes techniques.

La question de la capacité des patients à s'approprier une nouvelle apparence reste également au coeur de ce type d'opération mais on sait aujourd'hui que le nouveau visage prend les formes de l'ossature du receveur et qu'il n'y a aucun risque de confusion avec la personne décédée.

La maîtrise technique de ces greffes totales de visage va permettre la réinsertion socio-professionnelle de nombreuses personnes défigurées à la suite d'accidents ou de malformations et, en cela, il s'agit bien d'un progrès médical majeur incontestable.

Il reste que le visage humain est inséparable de l'identité et de la personnalité et que la banalisation de ce type d'intervention, même si le receveur ne prend pas le visage du donneur, ne va pas sans soulever des interrogations éthiques et philosophiques.

Plus que jamais, les fantastiques avancés de la médecine doivent s'accompagner d'une réflexion sociale et d'un débat démocratique afin que ces progrès fascinants restent au service de l'homme et respectent sa dignité et son humanité.

René Trégouët

Sénateur honoraire

Fondateur du Groupe de Prospective du Sénat

Noter cet article :

 

Recommander cet article :

back-to-top