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Les pays émergents misent sur les nouvelles technologies de l'information

Un salaire mensuel de 700 à 800 dollars, moins de 5.000 francs. C'est ce qu'il en coûte en Inde pour recruter un chef de projet informatique ayant une bonne formation universitaire et cinq ans d'expérience. Et encore les salaires ont-ils beaucoup augmenté au cours des dernières années, obligeant les sociétés informatiques locales à pratiquer une véritable surenchère pour embaucher des ingénieurs. Car il faut satisfaire la demande des clients occidentaux : avec le passage à l'euro et le fameux " bug " de l'an 2000, l'Inde est devenue un des premiers fournisseurs mondiaux de solutions pour les grandes entreprises. Mais surtout, alors que pendant des années les informaticiens indiens ont fait de " l'abattage ", réécrivant au kilomètre de vieux programmes informatiques pour les mettre au goût du jour, aujourd'hui l'industrie informatique indienne apparaît de moins en moins comme un sous-traitant offrant une faible valeur ajoutée. Au contraire, on considère maintenant qu'elle est source de forte innovation technologique. Des sociétés indiennes comme Infosys ou Infotech, cotées au Nasdaq, ont acquis leurs lettres de noblesse et peuvent rivaliser avec les grands éditeurs occidentaux. Début octobre, les sociétés indiennes de logiciels présentaient pour la plupart des résultats semestriels enthousiasmants, en progression de 60 à 70 %. Et les analystes financiers estiment qu'une telle croissance devrait se maintenir pendant plusieurs années. On estime même qu'un tassement de la croissance aux Etats-Unis, qui reçoivent 70 % des exportations de logiciels indiens, aurait un effet positif pour l'industrie locale. Cela conduirait en effet les sociétés outre-Atlantique à réduire leurs dépenses informatiques en recourant plus massivement encore à l'externalisation et à la délocalisation. Du coup, Narayana Murthy, président d'Infosys, reste serein : " Je crois que les exportations de logiciels indiens vont demeurer excellentes, en dépit d'un possible ralentissement de l'activité économique dans les pays développés. " Quant à Infotech, il travaille avec Merrill Lynch, Reuters, Abbey National Bank... Des clients qui lui assurent un flux de commandes conséquent et régulier. Les transferts de technologie et le caractère mondial des marchés de pointe risquent ainsi d'écorner quelques certitudes sur la répartition Nord-Sud du travail et des marchés. Depuis plus de vingt ans, les économies développées lâchent des pans industriels entiers, comme le textile, estimant que dans la compétition internationale la maîtrise des technologies leur permettra de préserver un avantage concurrentiel en créant des marchés à forte valeur ajoutée. La semaine dernière, Jean-Jacques Rosa, économiste et professeur à Sciences Po, résumait ce point de vue en expliquant dans une tribune parue dans la presse que " plutôt que de produire un peu de tout avec une efficacité médiocre, il vaut mieux en effet se spécialiser dans la production dans laquelle on excelle, en important en échange les produits pour lesquels d'autres pays font mieux que nous ". Mais cette spécialisation internationale semble prendre une nouvelle tournure, les industries technologiques n'étant plus l'apanage des seules économies développées. Et le phénomène pourrait s'accélérer, pense Michel Fouquin, directeur adjoint du Cepii, Centre d'études prospectives d'informations internationales. " La Corée en offre un bon exemple. Partie du bas de l'échelle, elle est devenue aujourd'hui le leader mondial dans les mémoires. " Et les transferts de technologies en direction des pays émergents ne peuvent que s'intensifier, " beaucoup de personnes qui étudient aux Etats-Unis puis travaillent dans la Silicon Valley retournent dans leurs pays d'origine après cinq à dix ans de vie professionnelle. Ils sont bien adaptés aux pays occidentaux, disposent d'un fort réseau de relations et connaissent les règles du jeu ". Bref, l'Inde pourrait selon lui être la Corée de demain. Une perspective prise au sérieux par les observateurs internationaux. Ainsi pour Bénédicte Callan, analyste à l'OCDE qui étudie la globalisation des marchés technologiques, des mutations de grande ampleur pourraient intervenir. " Un fait important pour les Etats-Unis est de savoir jusqu'à quel point les économies en développement peuvent devenir des concurrents dans certains domaines de haute technologie. Alors que des pays comme la Chine, la Russie, le Brésil et la Pologne deviennent de plus en plus aguerris d'un point de vue technologique, on se demande d'abord si des transferts d'activités de R&D à destination de tels pays sont possibles et d'autre part s'ils vont devenir des concurrents sur les marchés de pointe. "

(La Tribune/29/10/98)

http://www.latribune.fr/tribjour/indextri.html

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