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De la mine aux nanotechnologies

Elle s'appelle Pseudomonas stutzeri AG259 et pourrait rapidement devenir une fidèle alliée des spécialistes des nanotechnologies. Cette bactérie, isolée pour la première fois en 1984 dans une mine d'argent, vient en effet de dévoiler la façon dont elle résiste à la toxicité du métal. D'après les travaux de chercheurs suédois publiés dans le dernier numéro des Proceedings of the National Academy of Science (Etats-Unis), elle forme des cristaux d'argent dans sa paroi et évite ainsi la propagation des atomes mortels dans le reste de sa cellule. Et les quatre scientifiques de voir en elle un possible précurseur pour la déposition de films métalliques sur des pièces d'électronique ou d'optique. L'argent est un métal noble hautement toxique pour la plupart des micro-organismes. Il peut d'ailleurs être utilisé comme agent antimicrobien. Toutefois, plusieurs souches de bactéries montrent une forte capacité de résistance et déploient des trésors d'ingéniosité pour le rendre inoffensif. Diffraction électronique, microscopie par transmission électronique, analyse par rayons X à énergie dispersive... L'équipe de l'université d'Upssala (Suède) dirigée par Tanja Klaus ne lui a rien épargné. Mais ses efforts ont payé. Cultivée dans un milieu riche en nitrate d'argent, la souche AG259 de P. stutzeri fabrique des particules cristallines d'une taille pouvant excéder les deux cents nanomètres. Situées entre les membranes externe et plasmique, elles s'accumulent surtout aux pôles de la cellule. Quel intérêt peut présenter P. stutzeri AG259 ? En fait, l'industrie pourrait très vite lui faire les yeux doux. "Nos travaux indiquent une nouvelle voie pour élaborer des nanomatériaux incorporant des particules à base de cristaux d'argent", s'enthousiasment les scientifiques suédois. Les techniques employées aujourd'hui, comme la condensation de gaz ou l'irradiation par ultraviolets ou rayons gamma, coûtent cher et restent peu productives. Quant aux processus de déposition chimique, ils ne permettent pas la fabrication de particules d'une taille inférieure à quelques microns. Avec ses compositions nanométriques, P. stutzeri AG259 a donc tout pour devenir une pièce maîtresse dans l'électronique et l'optique de demain. En particulier pour la production de films métalliques ou pour le revêtement de surfaces. "Nous supposons que la tolérance de la bactérie vis à vis des ions d'argent et la formation des cristaux dépend de paramètres de croissance physiques et chimiques, indiquent les auteurs. La taille des particules et leur morphologie pourraient relever du pH, du temps d'incubation, de la lumière ou de la composition du milieu de culture." Contrôler ces paramètres semble donc une condition sine qua none à l'utilisation future de P. stutzeri AG259. Mais une fois ces détails réglés, la petite bactérie pourrait bien remonter de la mine à l'appel des hautes technologies.

Infosciences : http://www.infoscience.fr/

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