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Edito : Messagerie internet : pourquoi ai-je moins de plaisir qu'il y a 10 ans ?

Depuis 10 ans, je passe en moyenne 2 heures chaque jour (ou plutôt chaque nuit !) sur Internet. En 1994, nous étions encore à la préhistoire de la Toile. En toute liberté, nous allions cueillir des fleurs rares dans l'immense forêt vierge. Nous n'avions alors qu'une seule règle à respecter : la Netiquette... Toutes nos visites, je dirais même plus, toutes nos aventures se réalisaient incognito : personne ne nous demandait notre nom, nous n'avions aucun password à fournir. C'était la liberté...

Et puis un jour, un petit « malin » est venu nous dire que nous perdions trop de temps dans cette immense forêt, que trop souvent nous nous égarions sur cette toile immense. Il a alors élevé des portails pour que l'internaute de base les voit de loin, se repère et ne se perde plus. Il a même ajouté que, gratuitement, il se proposait de nous rapporter tous les objets que nous désirions en lançant des robots qu'il avait prénommés « push » au lieu de perdre notre temps en vaines recherches. Il a posé une condition, une seule, pour assouvir notre soif de mondes nouveaux. Il lui fallait notre nom et notre adresse pour qu'il puisse nous livrer les objets que pour nous ses limiers informatiques auraient découverts. Nous trouvions que c'était si peu cher pour une telle manne d'informations que nous avons tous spontanément accepté. C'est de ce jour que viennent tous nos problèmes : d'internaute libre nous venions de nous transformer en client ! Depuis, ce qui devait arriver est arrivé. Les marchands de toute nature se sont emparés du réseau et chaque jour maintenant envahissent nos boîtes à lettres. Voilà pourquoi je suis moins heureux aujourd'hui d'ouvrir ma boîte aux lettres qu'il y a dix ans ; il me faut souvent passer de longues minutes à éliminer chaque jour les dizaines, sinon les centaines de « spams » qui la polluent. Ceci est intolérable et ne peut plus continuer.

Si aujourd'hui on me proposait, pour quelques euros par mois, de trier, dans la confidentialité, mes messages, en prenant l'engagement que je ne recevrais plus aucun spam : j'accepterais. Certes, je serais encore plus « client » qu'hier mais au moins pourrais-je me plaindre en ayant des chances d'être écouté puisque, dorénavant, je paierais le service rendu. Mes propos surprendront certainement les « bizuth » de l'Internet récemment arrivés sur la Toile qui ont toujours connu la pollution des spams. Mais tous ceux qui, comme moi, en une décennie, sont passés de l'ère préhistorique à la soi-disant modernité d'Internet, peuvent mesurer la différence. Il ne faudrait surtout pas penser qu'une dérive si considérable en quelques années n'est que secondaire et même anecdotique. Au-delà du légitime souci de protection de notre vie privée que semblent violer chaque jour ces nombreux messages non désirés, n'oublions pas que le bien le plus précieux sur cette terre n'est plus l'argent mais bien le temps. Or, les « spams » nous font perdre chaque jour un temps précieux. C'est en quoi ils sont dangereux pour l'avenir d'Internet.

René TRÉGOUËT

Sénateur Honoraire

Fondateur du Groupe de Prospective du Sénat

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