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Edito : Le coup de semonce

Peut-on traiter d'assassin quelqu'un qui tire en l'air pour attirer l'attention sur les dangers qui semblent l'assaillir ? Oui, si par un hasard malheureux, la balle, en ricochant, va tuer l'un des voisins. Cet acte devient terrible si ce voisin était le shérif ... Voici, réécrite pour un western, la scène à laquelle nous avons tous assisté, sinon participé, dimanche dernier.

Mais comment diable a t-on pu en arriver là ? Comme dans tout bon " thriller ", il faut réunir un ensemble d'éléments pour que la scène dramatique atteigne une telle intensité. Tout au long de la campagne électorale, les médias télévisés, en développant longuement certains faits divers, ont fait se renforcer un sentiment d'insécurité qui ne demandait qu'à émerger chez de nombreux Français.

Comme les deux principaux candidats, constamment désignés comme finalistes par les instituts de sondages, ont donné l'impression que ce thème de l'insécurité était au coeur de leurs préoccupations, une certaine psychose collective a commencé à émerger. La presse locale, en parfaite phase avec les médias nationaux pendant cette période, a fortement relayé toutes les infos de proximité qui ont confirmé, auprès de nombreux Français, que ce sentiment d'insécurité n'était pas virtuel, et seulement réservé aux banlieues des villes, mais se rapprochait de plus en plus d'eux dans le centre des villes et même dans le coeur des villages de France.

Ce sentiment devenait de plus en plus fort pendant ces deux derniers mois... Qui ne se souvient des nombreuses discussions avec la famille ou des amis pour commenter le vol dans la villa d'un voisin ou la disparition de la voiture du fils, un matin sur le parking... Dans les dernières heures de la campagne, dans une ambiance digne de Zola, les Français ont pu voir et revoir la présentation, maintes fois rediffusée sur toutes les télévisions du Pays, d'une scène dramatique montrant un pauvre petit pépé, couvert de bleus, tant il avait été frappé par deux jeunes voyous qui l'avaient attaqué pour lui demander de l'argent. Comble du drame : ce vieillard au visage surnaturel de tristesse visitait les restes fumant de sa maison, qu'il avait construit de ses propres mains, et à laquelle les voyous, par dépit, avait mis le feu . Cette scène, comme celle de Cosette battue par les Thénardier dans " Les Misérables ", donne toute son intensité à l'ensemble d'un drame.

Venant s'ajouter aux nombreux autres motifs de mécontentement accumulés depuis plusieurs années, par de nombreuses couches sociales, souvent parmi les plus démunis ou du moins parmi les plus faibles, les Français ont été nombreux, comme dans un spasme, à être submergés par une vague de " ras le bol ", et ont décidé de tirer un coup de semonce pour avertir ceux qui exercent le Pouvoir, qu'ils soient de Droite ou de Gauche, qu'ils se sentaient en danger, et surtout qu'ils n'étaient pas écoutés. Dans les mêmes temps, mais parallèlement, se déroulait un enchaînement d'évènements qui allait donner toute son intensité à la scène ultime de ce drame.

A l'encontre de ce qui se passe dans de nombreux autres Pays, les Français accordent souvent une confiance aveugle aux sondages. Or, pendant toute cette campagne électorale du premier tour, tous les instituts de sondages ont constamment prévus que Jacques Chirac et Lionel Jospin se retrouveraient en finale. A aucun moment, sauf par de timides murmures de dernières heures, l'un des instituts de sondage n'a solennellement attiré l'attention des Français sur la possibilité de retrouver Jean-Marie Le Pen pour le deuxième tour... Alors qu'ont fait les nombreux Français lors de ce premier tour, submergés par cette vague de " ras le bol " pour se faire entendre ? Soit ils se sont réfugiés dans une abstention-sanction ou dans un vote pour les extrêmes. Cette vague de décharge, qui est si singulière à la France et qui surprend toutes les autres Démocraties, met en évidence que les moyens conventionnels dont disposent les Français pour se faire entendre, sont, soit inopérants, soit inexistants.

Depuis de nombreuses années, je dis avec force, dans ces éditos et dans mes ouvrages, que la France va vers la catastrophe si les Pouvoirs, quels qu'ils soient, ne savent pas quitter leurs pyramides pour se mettre en réseaux. Nous sommes entrés dans le siècle de l'interactivité où chaque citoyen n'est plus un sujet passif, mais un noeud actif et intelligent dans un réseau diablement puissant. Le sort des Français ne doit plus se décider dans des cabinets secrets, mais bien au su et au vu de chacun. Il nous faut donner à chaque Français, et maintenant les technologies le permettent, la possibilité de s'exprimer et surtout d'être écouté sinon entendu. Il en va du destin de notre Démocratie. Comme sur une cocotte minute, Dimanche dernier, le clapet de sécurité, qui retient les fortes attentes des Français, a sauté. Mais ceci ne veut pas dire que la marmite a explosé. Toutefois, si rien n'était fait, toute affaire cessante, cela pourrait fort bien arriver.

La vie publique locale, régionale et nationale doit profondément être réorganisée pour que le citoyen ait la conviction qu'il est enfin écouté. Pourquoi ne pas réorganiser en profondeur le débat national, pour faire de chaque citoyen une force de proposition, et non plus un sujet de mécontentement. Si nous en avions la volonté, les technologies actuelles de communication nous permettraient, en quelques courtes années, de créer cette immense agora qui ferait de la France un lieu de création à nul autre pareil.

Pour conclure, j'aimerais vous délivrer un message d'espoir. Il n'est pas vrai que près de 60 % des Français soient devenus des assassins, dimanche dernier, en tirant un coup de semonce, soit en s'abstenant, soit en votant pour les extrêmes. Il serait stérile d'affirmer qu'un Français sur cinq est fasciste, xénophobe et porté par la haine. Ils sont structurellement 3 à 5 % ce qui est déjà beaucoup...

Je porte la certitude, ayant la conviction que maintenant ils ont été entendus, que lors des prochaines consultations, du 5 Mai et de Juin pour les Législatives, ils vont être, à nouveau, très nombreux, à utiliser, avec sagesse et bon sens, leur pouvoir de citoyen, tant ils ont été surpris de la puissance de leur bulletin de vote.

René TRÉGOUËT

Sénateur du Rhône

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