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La bouche, avant-poste de la santé ?

Les maladies des dents augmentent le risque de maladies cardio-vasculaires, d'affections pulmonaires ou de diabète.

«Une étude a montré récemment que les maladies parodontales, en favorisant les maladies cardio-vasculaires, pourraient être à l'origine de 14 000 décès en France chaque année», indique le Professeur Henri Tenenbaum, responsable du département de parodontologie de la faculté de chirurgie dentaire de Strasbourg. La visite annuelle chez le dentiste permet donc de protéger ses dents mais pourrait également protéger le corps tout entier en diminuant le risque de maladies cardio-vasculaires, d'affections pulmonaires ou encore de diabète.

En 1998, une équipe américaine dirigée par Marc Herzberg avait démontré pour la première fois qu'une bactérie présente dans la plaque dentaire avait la capacité de migrer jusque dans les artères et d'y favoriser la formation de caillots. Depuis, de nombreuses études ont établi un lien entre diverses maladies systémiques et une mauvaise hygiène bucco-dentaire. Le risque d'infarctus est doublé chez les personnes atteintes de parodontites, qui ont un risque accru de 30 % pour l'ensemble des maladies cardio-vasculaires.

  • Interactions

Gingivites et parodontites favorisent également les affections pulmonaires, retardent le temps de conception chez la femme et augmentent le risque d'accouchement prématuré. La relation est à double sens pour le diabète : si ce dernier favorise l'apparition de gingivites, les diabétologues savent depuis longtemps que la glycémie des diabétiques est plus facile à équilibrer s'ils n'ont pas de maladie parodontale.

«Les bactéries de la plaque dentaire peuvent jouer un rôle pour certaines de ces affections, mais la composante inflammatoire est sans doute également au cœur de ces interactions», souligne le Docteur Pierre Barthet, responsable du service d'odontologie complexe de la faculté de chirurgie dentaire de Toulouse, qui rappelle qu'un lien a également été identifié avec la polyarthrite rhumatoïde, caractérisée par une réaction inflammatoire excessive. La présence continuelle de bactéries dans la bouche réactive en permanence la réponse inflammatoire qui conduit à la libération de substances actives comme les cytokines, capables de modifier profondément le comportement de nombreuses cellules. Ces molécules peuvent être transportées par le sang dans l'ensemble de l'organisme et déclencher des réactions de type inflammatoire dans des organes distants, même lorsque aucune inflammation n'y est véritablement présente.

  • Tabac

Par ailleurs, certaines de ces maladies sont favorisées par les mêmes facteurs de risque : tabac, stress ou encore obésité. «Le tabac favorise la maladie parodontale et réduit significativement l'efficacité des traitements», précise le Professeur Tenenbaum. Certains traitements chirurgicaux des parodontites ne peuvent pas être utilisés chez des patients fumeurs, car leur efficacité serait remise en question par le tabac.

Les conséquences sur la santé globale des maladies parodontales posent désormais la question d'une meilleure prise en charge de ces affections, dont aucun traitement spécifique n'est actuellement remboursé par la Sécurité sociale, avec un objectif de prévention et de santé publique.

Le Figaro

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