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Edito : Les vaccins restent une arme irremplaçable en matière de santé publique

A l'occasion de la Semaine européenne de la Vaccination, qui se déroule du 26 avril au 2 mai, l'Association nationale des Puéricultrices diplômées et des étudiantes (ANPDE) vient de rappeler avec raison que les vaccins sont indispensables pour faire reculer les maladies mortelles. Entre 2000 et 2008 en effet, le nombre de décès dus à la rougeole a diminué de 78 % dans notre pays. Mais depuis quelques années, la maladie revient en force. A tel point que les autorités parlent d'épidémie : 604 cas en 2008, plus de 5 000 en 2010 mais 3 800 sur les deux premiers mois de 2011 ! Au total, 5 enfants sont déjà morts d'une maladie qui devrait avoir disparu d'Europe...

Selon la Direction générale de la Santé, 41 % des enfants de deux ans et 44 % des enfants de six ans ont reçu les deux doses du vaccin ROR (rougeole-oreillons-rubéole) nécessaires à une bonne immunisation. Or, l'objectif de couverture vaccinale nécessaire pour éliminer la rougeole est de 95 %. "Nous sommes bien en pleine épidémie de rougeole qui peut être une maladie grave chez les adolescents et les jeunes adultes", a déclaré le directeur général de la Santé, Didier Houssin. Aujourd'hui, on estime à 1,5 million le nombre de personnes qui auraient dû être vaccinées et qui ne le sont pas.

La secrétaire d'Etat à la Santé, Nora Berra, a pour sa part souligné un autre point préoccupant : la progression de l'épidémie d'hépatite B, avec 2.500 à 3.000 nouvelles contaminations par an. L'objectif de couverture vaccinale est là aussi de 95 %. La vaccination des enfants est passée de 30 % en 2007 à 70 % en 2009, mais la couverture est encore insuffisante. Or il existe un vaccin très efficace contre l'hépatite B depuis 1982.

L'intérêt de la vaccination du nourrisson est dû à l'excellente tolérance du vaccin, une efficacité supérieure à 95 %, et une durée de protection supérieure à 15 ans. L'expérience de Taiwan a montré qu'après 10 ans de vaccination des nourrissons, on constatait réduction de plus de 80 % du taux de portage du virus chez les enfants, et de 75 % du cancer du foie. Eliminer l'hépatite B nécessite un niveau élevé de vaccination des enfants. C'est pourquoi l'Organisation Mondiale de la Santé a recommandé en 1992 la vaccination universelle des nourrissons et des préadolescents.

Au niveau mondial, l'efficacité des vaccins n'est plus à démontrer. Une étude du Center for Disease Control and Prevention d’Atlanta, aux Etats-Unis vient de montrer l’intérêt de la vaccination des nourrissons contre les diarrhées à rotavirus qui tuent chaque année 500.000 enfants dans le monde. Au Brésil, cette vaccination a permis d'éviter 1 500 décès et 130 000 diarrhées nécessitant une hospitalisation entre 2007 et 2009. Mais une telle vaccination est également efficace en France : entre 2007 et 2009, la moitié des nourrissons de la Bretagne a été immunisée contre les rotavirus. Résultat, le nombre d’hospitalisations pour diarrhées a été divisé par deux dans l’ensemble de la population infantile !

Grâce à la vaccination, la variole a été totalement éradiquée et aucun cas n'a été enregistré depuis 1975. Autre exemple, la polio. Dans les années 70, 300.000 enfants se retrouvaient paralysés suite à cette maladie, contre 3000 aujourd’hui et cette maladie pourrait bien être la deuxième dans l'histoire de l'humanité à être totalement éradiquée grâce à une vaccination généralisée, financée en grande partie par la fondation de Bill Gates.

Enfin, dernier exemple, la paludisme qui tue plus de 900.000 personnes chaque année, dont une majorité d’enfants en Afrique subsaharienne. Depuis 10 ans, le laboratoire GlaxoSmithKline a mené des essais de vaccins sur 12.000 enfants dans sept pays : Tanzanie, Burkina Faso, Gabon, Malawi, Ghana, Kenya et Mozambique. La phase 3 des essais cliniques permet d’obtenir 50 % de réussite dans la protection contre la maladie pendant une période d’un an. Si ces résultats sont confirmés, une autorisation de mise sur le marché pourrait intervenir vers 2012 et des campagnes massives de vaccination pourraient être envisageables à l’horizon 2015.

Bien entendu, les vaccins, comme tout traitement médical, peuvent présenter chez certains sujets sensibles des effets secondaires, le plus souvent bénins mais dans de rares cas plus graves. Mais, sans entretenir des polémiques stériles, il faut dénoncer sereinement mais fermement certaines rumeurs et discours irrationnels qui, depuis quelques années, dénigrent systématiquement le principe même de la vaccination et revenir à la réalité des faits : dans tous les pays où, pour différentes raisons, la couverture vaccinale a baissé, on a pu constater mécaniquement un retour en force de certaines maladies que l'on croyait disparues et une hausse des décès liés à ces affections. Si l'on considère le rapport bénéfices-risques de la vaccination depuis deux siècles, on ne peut que constater que les vaccins ont permis, et permettent encore, d'immenses avancées dans la prévention et le traitement d'un grand nombre de maladies graves.

Demain, grâce à une recherche médicale en pleine effervescence, de nouveaux vaccins, encore plus sûrs, permettront de prévenir ou de combattre d'autres fléaux redoutables, comme certains cancers, le SIDA ou la maladie d'Alzheimer. Pour relever ces défis scientifiques et médicaux qui nous attendent, nous devons nous mobiliser pour que la France reste en pointe au niveau mondial mais aussi pour que chacun puisse bénéficier de ces avancées médicales majeures.

René Trégouët

Sénateur Honoraire

Fondateur du Groupe de Prospective du Sénat

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