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Toute ma vie est sur le Web !

Imaginez que votre site web personnel ne contienne pas, comme aujourd'hui, trois ou quatre photos de vacances, une image scannée de votre chat ou du petit dernier et des liens plus ou moins directs vers vos sites préférés, mais un million de pages web, générées automatiquement à chacune de vos actions par les milliers d'ordinateurs minuscules intégrés dans les milliers d'objets qui vous entourent: vous achetez quelque chose, vous entrez dans un immeuble, vous rédigez un document, déplacez vos clés, remplissez le frigo. Tout est là, accessible: votre vie, vos goûts, ce que vous possédez, votre travail et vos loisirs. Il existe un site web pour toute action réalisée, tout ce qui a jamais été fabriqué a son petit site, une page pour le décrire. Vos clés ne seront plus jamais perdues, vos comptes seront faits instantanément, un article ou un livre lus ne seront jamais oubliés, vous ne manquerez jamais de lait dans le frigo. Vous serez toujours quelque part à proximité d'une microcaméra ou d'un minicapteur. Voilà, à quoi ressemblera l'Internet du futur selon le laboratoire d'informatique du MIT: un réseau aussi omniprésent, bon marché, indispensable et invisible que l'air que nous respirons ou, au moins, l'électricité que nous consommons. Le nouvel univers que sont ainsi en train de dessiner les chercheurs du MIT est de fait le successeur du monde aujourd'hui dominé par Bill Gates et son entreprise: cet "Internet post-PC", selon la formule de David Clark, l'un des principaux responsable du LCS et l'un des architectes de l'Internet tel qu'il fonctionne aujourd'hui, renvoie à la préhistoire le modèle actuel centré sur l'ordinateur individuel. Il s'agit, de mettre en réseau et de faire communiquer, non plus, comme avec l'Internet d'aujourd'hui, les 150 millions d'ordinateurs et de serveurs vendus chaque année dans le monde, mais les 8 milliards de processeurs présents dans les milliers d'objets de notre quotidien (du réveil sur la table de nuit au thermostat de la chaudière en passant par la radio de la voiture ou la montre-bracelet. Ce nouvel effort débouchera sur le troisième âge de l'informatique: après l'ère des gros ordinateurs et leurs dizaines de terminaux (un ordinateur pour plusieurs personnes), puis celle du PC (un ordinateur personnel), l'ère nouvelle sera celle de dizaines, voire de milliers d'ordinateurs par personne, des objets communicants de taille et de puissance variables. Les effets sur toutes les activités économiques seront considérables. "Nous croyons que la productivité humaine sera multipliée par 300 au cours du XXIe siècle, soit l'équivalent des gains réalisés pendant la deuxième révolution industrielle", affirme Michael Dertouzos, patron du Laboratory for Computer Science. Le Web n'est donc qu'une première indication "artisanale" de la direction future. "Le Web d'aujourd'hui n'est pas encore ce vrai marché de l'information où les gens pourront automatiser un travail répétitif, collaborer aisément, accéder efficacement à la connaissance, et expérimenter à la fois facilité d'utilisation et gain de productivité." A quoi ressemblera le nouveau monde? "Dans dix ans, qu'aurez-vous dans chaque pièce de votre maison? Ce ne sera pas un téléphone; ce sera un "quelque chose". Ça sera sur l'Internet. Ça pourra probablement parler et écouter. Ça aura un écran et probablement pas de clavier. Ça sera partout et vous l'utiliserez pour téléphoner mais aussi pour écouter de la musique. Cet Internet du futur fonctionnera à plusieurs vitesses: David Clark estime par exemple que des réseaux à grande vitesse et large capacité, plus chers que les autres mais essentiels par exemple pour la transmission de la vidéo, cohabiteront avec d'autres réseaux très bon marché qui permettront aux interrupteurs des lampes ou aux thermostats des radiateurs de communiquer entre eux. Pour David Clark, le moteur essentiel de ce mouvement sera économique. Selon lui, il sera plus rentable, par exemple, de concevoir un four micro-ondes dont les fonctions seront téléchargées sur le réseau que de les intégrer en usine: "Si tous les ordinateurs intégrés dans les objets manufacturés sont connectés à un réseau, vous pouvez les traiter de deux façons: soit vous vous déplacez vers eux physiquement, soit vous vous adressez à eux dans le cyberespace."

Libération http://www.liberation.com/multi/cahier/articles/sem99.23/cah990604a.html

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